RCA : l’ONU s’insurge des exactions commises par les rebelles et le groupe paramilitaire russe Wagner

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RCA : l’ONU s’insurge des exactions commises par les rebelles et le groupe paramilitaire russe Wagner

 

Onu – 30 mars 2022

Droits de l’homme

Alors que de multiples groupes armés rebelles continuent de commettre « de graves violations des droits de l’homme » en République centrafricaine, la Cheffe des droits de l’homme de l’ONU et un Expert indépendant onusien ont critiqué, mercredi, les forces nationales centrafricaines, ainsi que leurs soutiens étrangers, faisant référence au groupe paramilitaire russe Wagner.

Les opérations militaires menées contre les groupes armés d’opposition par les forces de sécurité du gouvernement, soutenues par divers éléments armés et des entrepreneurs privés étrangers, auraient également donné lieu à de graves violations des droits de l’homme, a dénoncé la Haute-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet. Des meurtres, des violences sexuelles liées au conflit, ainsi que de graves violations et abus à l’encontre des enfants ont été allégués contre toutes les parties.

Au cours des trois derniers mois de 2021, la Division des droits de l’homme de la Mission des Nations Unies en RCA (MINUSCA) a documenté 363 incidents de violations des droits de l’homme, d’abus et d’infractions au droit humanitaire international – dont beaucoup sont extrêmement graves. 848 victimes ont été enregistrées.

Quelque 59% de ces incidents ont été attribués aux groupes armés signataires de l’Accord de paix de février 2019.

Les forces de sécurité nationales et leurs alliés étaient responsables de 40% des incidents – une forte augmentation par rapport aux 23% enregistrés en janvier 2021.

Les « forces bilatérales russes » accusées de racket, torture ou menace

S’exprimant devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Mme Bachelet s’est inquiétée du fait que la réponse du gouvernement aux groupes armés passe de plus en plus par des arrestations arbitraires de membres de communautés déjà vulnérables, comme les musulmans et les Peuls, qu’ils associent à des groupes armés. « Ce schéma de violations touchant les communautés minoritaires est profondément inquiétant », a-t-elle déploré.

D’une manière générale, les droits de nombreuses personnes sont violés – et la discrimination et les mauvais traitements ciblés risquent une fois de plus de « déclencher un nouveau cycle de violence le long des lignes communautaires, religieuses et ethniques ». « Les revers pour la paix et la réconciliation d’une telle évolution seraient profonds », a-t-elle fait valoir.

De son côté, l’Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme en République centrafricaine, Yao Agbetse, a indiqué avoir reçu « plusieurs témoignages concordants faisant état d’exactions commises par les forces bilatérales russes sur des populations civiles ». Il s’agit notamment « des violences sexuelles, des actes d’intimidation, des destructions d’habitations, des menaces, de racket ».

« Les forces bilatérales russes sont également accusées des actes de torture, de traitements cruels, humiliants, inhumains et dégradants, y compris sur des dépositaires locaux de l’autorité de l’Etat dans l’arrière-pays, en occurrence dans les localités de Aigbando, Bambari, Beloko, Bossangoa, Boyo, Bria et Mouka », a déclaré Yao Agbetse.

Le groupe Wagner accusé « d’entraver systématiquement le travail des enquêteurs »

Par ailleurs, l’Expert indépendant onusien a également accusé le groupe Wagner « d’entraver systématiquement le travail des enquêteurs ». « Les forces bilatérales russes font parfois obstruction à la conduite d’enquêtes dans certains endroits où des violations des droits de l’homme auraient été commises », a-t-il dit.

A ce sujet, il a rappelé que la Commission d’enquête spéciale du gouvernement centrafricain avait conclu à des violations commises par les forces bilatérales russes.

« Au regard de la nature des relations contractuelles entre la RCA, sujet de droit international, et les forces bilatérales russes, entité n’ayant pas de reconnaissance au regard du droit international, et en absence de toutes autres informations publiques relatives aux stipulations contractuelles, la responsabilité des violations documentées incombe à l’Etat centrafricain qui doit prendre diligemment toutes les mesures nécessaires pour que justice soit rendue aux victimes », a-t-il indiqué.

Dans ces conditions, il juge urgent que des mesures appropriés soient prises, « à bref délai ». Le but est de mettre un terme à ces violations des droits des populations civiles, à des tensions latentes ou ouvertes entre les alliés russes et les forces de défense et de sécurité centrafricaines, et à toutes les entraves aux opérations de la MINUSCA et du travail des humanitaires.

Sur un autre plan, la « baisse de la capacité de nuisance des groupes armés, notamment UPC, 3R, ex-seleka, anti-balaka », ne les a pas empêchés de continuer à faire peser sur la population des menaces et des exactions. Ces groupes rebelles ont ainsi poursuivi les violations des droits des populations civiles, les incursions expéditives de jour et de nuit dans les villages et les collectes illégales de taxes sur les routes.

La RCA entend faire la lumière sur toutes les allégations de violations des droits de l’homme

La délégation centrafricaine a rappelé les mesures prises par Bangui pour lutter contre l’impunité, sans se prononcer directement sur les allégations portées contre Wagner. « Des actions multiples sont en cours d’exécution afin de rendre la justice plus accessible et équitable pour tous les Centrafricains », a affirmé Arnaud Djoubaye Abazene, ministre de la Justice et des Droits de l’homme de la République centrafricaine.

Aussi, une suite judiciaire est en cours, au sujet du rapport de la Commission d’enquête spéciale à l’effet de « faire la lumière sur les allégations de violations des droits de l’homme révélées l’année dernière par la Division des droits de l’homme de la MINUSCA ». De même, Bangui a instruit l’ouverture des enquêtes judiciaires suite à de nombreux cas présumés de violations des droits de l’homme perpétrés à l’intérieur du pays.

Selon l’ONU, la conséquence directe de ces violences est que plus de 1,4 million de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer et que 3,1 millions de personnes – 63% de la population – ont besoin de protection et d’assistance humanitaire. « Jamais, au cours des cinq dernières années, il n’y a eu autant de personnes en situation de besoin aigu en République centrafricaine », a conclu la Haute-Commissaire  Michelle Bachelet.

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