Centrafrique : quand la représentante spéciale adjointe de la Minusca Denise Brown se fait protéger par les mercenaires du Groupe Wagner

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Invraisemblable, inacceptable et révoltant ! La représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres, et coordonnatrice générale des affaires humanitaires en République centrafricaine, la canadienne Denise Brown s’est fait accompagner et protéger par les mercenaires du Groupe Wagner, il y a quelques jours, dans le cadre des activités pour lesquelles elle a été nommée et accréditée. Cela s’est passé lors d’une mission officielle qu’elle a effectuée à Mobaye, chef – lieu de la préfecture de la Basse – Kotto, le 26 février 2022, aux côtés du ministre de l’économie, du plan et de la coopération internationale Félix Moloua, en même temps premier ministre.

En effet, à la tête d’une importante délégation ministérielle à laquelle se sont joints Mme Denise Brown en sa qualité du patron du PNUD, des représentants des partenaires techniques et financiers, les deux députés de la localité et les autorités locales civiles et militaires, le premier ministre Félix Moloua rehaussait ainsi de sa présence la cérémonie officielle de remise des infrastructures de l’Etat réhabilitées par l’ONG COHEB sur financement du programme des nations unies pour le développement (PNUD).

Sur les images diffusées à cette occasion par le site « Gouvernement de la Centrafrique » et celui du ministère de l’économie, du plan et de la coopération – RCA, nous pouvons apercevoir distinctement non loin de la représentante spéciale adjointe de la Minusca, dans ses mouvements, faits et gestes, des éléments en armes formellement identifiés comme des mercenaires du Groupe Wagner, en flagrante violation de la convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, adoptée par l’Onu en 1989 pour pénaliser le mercenariat, et rentrée en vigueur depuis 2001. Cette posture est aussi contraire aux dispositions de l’article 47 du Protocole 1 de 1977 additionnel aux Conventions de Genève de 1949 et de la Convention sur l’élimination du mercenariat en Afrique adoptée par l’OUA en 1977.

Après le Rapport du Groupe des experts de l’Onu du 25 juin 2021 accusant clairement les forces armées centrafricaines et leurs alliés russes, déployés en Centrafrique suite à un accord bilatéral pour combattre les rebelles de la CPC, d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dans le pays contre des populations civiles, et demandant expressément une enquête internationale, l’arrestation des auteurs de ces exactions et leurs complices et leur départ, d’une part, et au lendemain, d’autre part, de la Déclaration de l’expert indépendant de l’Onu sur la situation des droits de l’homme en République centrafricaine, Yao Agbetse, selon laquelle « plusieurs témoignages concordants font état d’exactions commises par les forces bilatérales russes sur des populations civiles, notamment des violences sexuelles, des actes d’intimidation, des destructions d’habitations, des menaces, de racket », soulignant que « les forces bilatérales russes sont également accusées des actes de torture, de traitements cruels, humiliants, inhumains et dégradants, y compris sur des dépositaires locaux de l’autorité de l’Etat dans l’arrière-pays, en occurrence dans les localités de Aigbando, Bambari, Beloko, Bossangoa, Boyo, Bria et Mouka » et concluant en révélant que « les forces bilatérales russes font parfois obstruction à la conduite d’enquêtes dans certains endroits où des violations des droits de l’homme auraient été commises », il n’y a aucune urgence qui puisse justifier une participation de la représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l’Onu à une quelconque cérémonie avec les autorités de ce pays à laquelle devraient prendre part ces forces alliées.

Face à cette situation d’une extrême gravité, sa seule préoccupation dans tous ses faits et gestes dans le cadre de sa mission en Centrafrique aurait dû être celle exprimée par Yao Agbetse : « Au regard de la nature des relations contractuelles entre la RCA, sujet de droit international, et les forces bilatérales russes, entité n’ayant pas de reconnaissance au regard du droit international, et en absence de toutes autres informations publiques relatives aux stipulations contractuelles, la responsabilité des violations documentées incombe à l’Etat centrafricain qui doit prendre diligemment toutes les mesures nécessaires pour que justice soit rendue aux victimes ». Et fort de cela, travailler à mettre un terme à ces violations des droits des populations civiles, à des tensions latentes ou ouvertes entre les alliés russes et les forces de défense et de sécurité centrafricaines, et à toutes les entraves aux opérations de la MINUSCA et du travail des humanitaires. Malheureusement, la présence de Mme Denise Brown aux côtés de ces « forces alliées » lors de cette cérémonie révèle plutôt qu’elle n’est pas prête pour cette approche, elle qui a été pourtant mise en joue quelques mois plus tôt par ces mêmes criminels à la solde de l’Imposteur de Bangui, alors qu’elle effectuait une mission humanitaire dans l’Ouham – Pendé, et forcée à écourter sa visite et regagner Bangui.

De ce fait, cette approche lève un coin de voile sur le « Double jeu » qu’entretenait  et continue d’entretenir cette communauté internationale avec le Groupe Wagner en Centrafrique. Un double jeu déjà dénoncé par le journaliste Michael Pauron dans son article intitulé « Centrafrique : entre les Casques bleus et les mercenaires russes, un flirt à haut risque », publié le 1 février 2021 dans Libération, en ces termes : « Le silence du Conseil de sécurité sur cette situation opaque, qui concerne pourtant l’une de ses missions de la paix, commence à s’effriter. «Ils se bouchent le nez et font semblant de croire qu’il s’agit d’instructeurs», juge un spécialiste des conflits armés, qui affirme que la présence des Russes permet aux autres membres du Conseil de préserver un minimum de sécurité à Bangui et une apparente stabilité politique en Centrafrique, sans s’engager eux-mêmes. «Qui les remplacerait s’ils partaient demain alors que les soldats de la paix n’ont pas les moyens de leur mission ? Cela arrange tout le monde à court terme, bien que la France aimerait bien les voir partir.»

« Dénoncer frontalement l’entrisme de Moscou ne changerait pas grand-chose, estime une source diplomatique française : les mercenaires russes resteraient de toute façon sur le terrain, sous couvert de la requête officielle de la RCA. Maintenir un semblant de mandat onusien serait donc un moindre mal, permettant aux membres du Conseil de sécurité de conserver une influence. Le 13 janvier, lors d’une réunion d’urgence organisée à huis clos le jour des attaques à Bangui, Washington a ainsi exigé le départ d’hélicoptères de combats russes, déployés en dehors de tout mandat. Les appareils, aperçus en soutien aux Casques bleus, ont été rangés dès le lendemain dans des avions-cargos Iliouchine. Ils ont été vite remplacés par des hélicoptères civils… mais pouvant être équipés d’armements. La fable continue », a – t – il conclu.

Tout naturellement, depuis ce temps – là la fable continue d’être écrite en bic rouge et avec le sang des Centrafricains, par les massacres de Aïgbado, Mouka,Yangoudroudja, Ndah, Tiringoulou et la barbarie de Boali, quelques heures seulement après le fameux Dialogue politique républicain, mais dans un contexte international marqué singulièrement par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le soutien de Touadéra et ses Faca à leurs amis russes contre l’Ukraine, l’Ue, l’OTAN et l’Onu, exprimé à travers des manifestations et des vidéos postées par des éléments des forces armées centrafricaines et de la garde présidentielle.

Gageons que cette fois – ci les Etats – Unis, la France, l’Ue et l’OTAN ordonneront leur départ définitif de ce pays tant meurtri et exsangue, et siffleront la fin de la récréation en mettant la main sur ceux qui les ont faits venir et tous leurs complices. Pour de bon !

Imhotep Imamiah Yamalet

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