Centrafrique : les trois objectifs prioritaires de Touadéra qui vont enfoncer la RCA dans le chaos absolu

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A Rwandan peacekeeper of the United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in the Central African Republic (MINUSCA) (R), a private Russian security guard (C), and a member of the the presidential guard (L), stands guard while Central African Republic President Faustin Archange Touadera (not visible) is at the Barthélemy Boganda high school polling station in the 1st district in Bangui, Central African Republic (CAR), on December 27, 2020 during the country's presidential and legislative elections. - Voting began in the Central African Republic on December 27, 2020, in a key test for one of the world's most troubled nations. The polls take place after a week of turbulence, marked by accusations of an attempted coup, the brief seizure of the CAR's fourth-largest town and the dispatch of military personnel by Russia and Rwanda to help its beleaguered government. (Photo by ALEXIS HUGUET / AFP)
LES TROIS OBJECTIFS PRIORITAIRES DE TOUADÉRA QUI VONT ENFONCER LA RCA DANS LE CHAOS ABSOLU
1. Après la déflagration politique qu’a été la décision politicarde de la Cour Constitutionnelle, surnommée désormais par les Centrafricains « Cour Corruptionnelle », pour destituer anticonstitutionnellement et illégalement l’Honorable Député Abdou Karim Meckassoua, élu dans la 2ème circonscription du 3ème arrondissement de Bangui ; il convient de s’interroger sur la suite des évènements.
Vers quel type de chaos Touadéra voudrait entrainer la République centrafricaine ? Car il ne fait plus aucun doute qu’il s’est définitivement mis en tête et dans une posture de combat frontale avec celles et ceux qu’il considère, dans sa paranoïa, comme être ses ennemis affichés (à ficher ?).
2. Les objectifs prioritaires de Touadéra que l’on entrevoit sont à mon avis de trois ordres :
• L’extermination de toute opposition démocratique ;
• Le changement impératif de la Constitution pour se donner la possibilité d’un 3ème mandat ;
• La guerre ouverte avec le Tchad ;
3. Pour ce qui est d’abord de l’élimination acharnée de l’opposition démocratique, nul besoin de nous attarder sur la question, car tout le monde le constate, hélas. Tout le monde devine aisément qu’il y aura de la part du pouvoir de Bangui des tentatives de levées d’immunité de députés de l’opposition, de dislocation de la COD-2020, d’incarcération de certains hommes politiques et leaders d’opinion, de dissolution de partis politiques d’opposition et bien évidemment de chasse aux sorcières des cadres de l’opposition et de la société civile hostile à l’autoritarisme du pouvoir.
Cela est inévitable, car c’est le chemin que les décisions, discours et actes de Touadéra prédisent. Cette traque folle et furieuse ira même jusqu’au cœur de la machine MCU où les tièdes, les modérés et les suspects seront livrés à la vindicte publique.
4. En ce qui concerne le changement impératif de la Constitution, c’est le passage obligé pour Touadéra dont le 2ème mandat devrait être son dernier, vu qu’il rêve de s’éterniser au pouvoir à la manière d’un Mengistiu, d’un Béchir, d’un Ceaucescu, d’un Pinochet ou d’un Kim Jong-Un.
Le cadre idéal choisi pour rendre possible cette chimère politique est ce malheureux « dialogue prétendument républicain ». C’est certainement à la clôture de ce dialogue qu’il sera annoncé que la Constitution du 30 Mars 2016 serait inadaptée et nécessiterait d’être abandonnée pour en adopter une nouvelle.
D’ailleurs, les griots camerounais du régime de Bangui (Jules Ndjewé en tête) sur la chaine Afrique Média, qui est financièrement aux mains de Wagner, commencent déjà à siffloter la chanson du changement de la Constitution. Et le fait que la société civile et l’opposition démocratique soient présentes au « Monologue républicain » sera utilisé comme raison valable pour avaliser/crédibiliser les conclusions du Dialogue qui demanderont le changement rapide de la Constitution.
5. Enfin, en ce qui concerne la guerre de forte intensité avec le Tchad, il y a des signes qui ne trompent pas. Le 22 août 2021, les autorités tchadiennes annonçaient le retour au Tchad de la moitié des troupes déployées à Téra (sud-ouest du Niger) dans la cadre du G5 Sahel, soit 600 soldats. Interrogés par les médias, les autorités tchadiennes, par l’intermédiaire du porte-parole du gouvernement et ministre de la communication Abdéramane Koulamallah, parlent de « redéploiement stratégique…des forces aux armes lourdes peu adaptés pour ce terrain ». On comprend là en filigrane qu’il y a un danger imminent qui guette le régime tchadien.
En effet, Boko Haram a attaqué dernièrement le front ouest au niveau du lac Tchad faisant une vingtaine de morts parmi les soldats tchadiens. Au nord, à la frontière libyenne c’est en train de bouger car le journal « Toubou Média » dans son édition du 18 août 2021 nous apprend que « le Général Tahar Wodji et plusieurs dizaines officiers ont fait défection pour rejoindre le FACT ». Ce même FACT qui est soutenu et armé par les mercenaires russes de Wagner.
Et enfin, le front sud (frontière avec la République centrafricaine) est aussi à surveiller par N’djaména comme du lait sur le feu depuis que les FACA, appuyés des mercenaires russes de Wagner, ont pénétré la frontière tchadienne pour y massacrer six soldats tchadiens et profaner leur drapeau national.
6. Le 15 août 2021, le Général Mahamat « Kaka » Déby qui dirige le Conseil Militaire de Transition recevait au Palais Rose le ministre rwandais des affaires étrangères, Vincent Biruta, porteur d’un message du Président rwandais Paul Kagamé. Au-delà de la volonté de fortification de la coopération économique, les médias tchadiens comme Tchad Infos du 18 août 2021 sous la plume du journaliste Serge Djimhodoum ont relevé le fait que Paul Kagamé « souhaite collaborer avec le Tchad de manière régulière sur la question de la crise sécuritaire en Centrafrique ».
7. La défection du Général Tahar Wodji et d’un certain nombre d’officiers supérieurs aguerris pour rejoindre le FACT qui est soutenu par les Russes de Wagner, le message de Paul Kagamé (dernier soutien à Touadéra) à Mahmat Déby, le redéploiement au Tchad des 600 soldats tchadiens lourdement armés, stationnés à Téra au Niger peuvent laisser présager ou du moins craindre une attaque coordonnée et simultanée au nord (frontière avec la Libye) et au sud (frontière avec la RCA) du Tchad.
8. Il semblerait que le rêve touadérien (donc forcément fou et insensé) de soumettre militairement le Tchad avec l’aide des Russes de Wagner n’aurait pas été complètement mis de côté par le pouvoir de Bangui. Bangui reprochant à N’djaména de soutenir la CPC et N’djaména reprochant à Bangui de soutenir le FACT. A ce stade, la question cruciale qu’on serait en droit de se poser est de savoir en définitive qui de Touadéra ou de Déby fils, Paul Kagamé compte-t-il soutenir ? En Centrafrique, Kagamé est allié des Russes. A contrario, au Mozambique il y combat les Russes de Wagner qui soutiennent les djihadistes du Cabo Delgado. Mais au Tchad, que compte faire Kagamé ? On le saura bien assez vite.
9. Toujours est-il que l’avenir centrafricain est bien sombre à cause d’abord de la récession économique annoncée par la Banque Mondiale, ce qui est une très mauvaise nouvelle, mais aussi et surtout à cause des trois objectifs prioritaires du régime de Bangui (élimination de l’opposition, changement de Constitution et guerre ouverte avec le Tchad). Comment réagiront l’opposition démocratique, la société civile, les femmes, les jeunes, les groupes armés (pro-gouvernementaux comme anti-gouvernementaux) et la communauté internationale face à ces trois bombes que s’apprête à lâcher le régime de Bangui ?
Fari Tahéruka SHABAZZ

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