REPRESSION SANGLANTE DE MANIF AU TCHAD  : La fascisation du régime en marche

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EDITORS NOTE: Graphic content / TOPSHOT - A body covered by a Chadian flag is shown by demonstrators in N’Djamena on October 20, 2022 during a protest. - Five people "died from gunshots" in clashes Thursday between police and demonstrators in the Chadian capital N'Djamena, the head doctor at the city's Union Chagoua Hospital, Joseph Ampil, told AFP. (Photo by AFP)
REPRESSION SANGLANTE DE MANIF AU TCHAD  : La fascisation du régime en marche
 

REPRESSION SANGLANTE DE MANIF AU TCHAD  : La fascisation du régime en marche

Le 20 octobre 2022, de violents heurts ont opposé à Ndjamena, la capitale tchadienne, les forces de l’ordre à de nombreux manifestants opposés à la prolongation de la transition conduite par le général Mahamat Idriss Déby, le fils du défunt président. Le bilan fait état de plusieurs morts et de nombreux blessés accueillis au sein de différentes formations sanitaires de la capitale.  A l’origine de cette poussée de fièvre, l’appel à manifester de partis politiques et d’organisations de la société civile pour lesquels la transition conduite par Deby fils manque de légitimité après l’expiration, le 20 octobre dernier, du délai des dix-huit mois qu’il s’était donnés à la mort de son père, pour le retour à l’ordre constitutionnel. Une manifestation interdite et qualifiée de « tentative d’insurrection armée » par les autorités de Ndjamena qui n’entendent pas voir remettre en cause, le mandat des deux ans supplémentaires accordé par le Dialogue national inclusif et souverain au président de la transition pour sortir le pays de l’Etat d’exception.

 

C’est une répression sanglante qui vient entacher le treillis du jeune chef de la transition

Dès lors, l’on pouvait s’attendre à ce que le pouvoir de la transition essaie de tuer le poussin dans l’œuf en se donnant les moyens de réprimer la manifestation pour éviter toute éventuelle contagion. Si tel était l’objectif, on peut se demander si cette façon de bander les muscles réussira à réfréner pour de bon, les ardeurs des croquants. On peut se demander aussi si le combat de l’opposition n’est pas un combat perdu d’avance. L’histoire le dira. En attendant, c’est une répression sanglante qui vient entacher le treillis du jeune chef de la transition, et qui a suscité une vague de condamnations à travers le monde dont celle de la France qui s’était pourtant montrée conciliante avec le fils de l’autre et qui devrait avoir aujourd’hui un cas de conscience.  En tout état de cause, c’est un mauvais signal pour la stabilité que les Tchadiens appellent de leurs vœux. En effet, après les décennies de braise de Déby père, le Tchad renoue avec les démons de la violence meurtrière sous le fils dont le baptême du feu pour le deuxième round de la transition, s’est écrit en lettres de sang sur les cadavres de ses compatriotes.  Le seul tort de ces contestataires étant leur volonté de se dresser en travers de son chemin, dans sa logique de confiscation du pouvoir. C’est dire si dans le cas d’espèce, c’est Deby fils le problème du Tchad. Non seulement il n’a pas joué franc-jeu avec les Tchadiens en s’engageant à une transition de 18 mois dont il n’a pu respecter ni le délai, ni la lettre et l’esprit, mais aussi il a travaillé à se remettre dans le jeu électoral à l’issue de la période de transition après avoir habilement manœuvré pour se tailler un bonus de deux ans.

 On semble parti pour un bras de fer qui n’augure rien de bon pour le Tchad

En tout cas, avec la violente répression de la manifestation de jeudi dernier, tout porte à croire que le fameux Dialogue national prétendument inclusif et souverain, n’était pour Deby fils, qu’une entourloupe visant à se tailler une légitimité pour se maintenir à la tête de l’Etat tchadien. On en veut pour preuve le passage en force des conclusions qui ont laissé plusieurs participants sur leur faim, quand ce Dialogue ne passe pas pour un jeu de dupes dont n’ont pas voulu se rendre complices des entités comme l’Eglise catholique et l’Eglise protestante qui ont fini par s’en désolidariser. C’est dire si les tensions sociopolitiques qui secouent le pays depuis hier, sont quelque peu la rançon de la duplicité. Le tout n’était donc pas pour Deby fils de choisir un opposant historique comme Premier ministre qui en a pris pour son grade et de mettre en place un gouvernement d’union nationale, quand le fond du débat reste la question de la perpétuation d’une dynastie à la tête de l’Etat. Et c’est cette question fondamentale que semblent poser les contempteurs du président tchadien. C’est pourquoi l’on peut se demander si les présentes manifestations de l’opposition ne visent pas à pourrir le mandat de Déby fils en vue de l’obliger à ouvrir un autre dialogue. L’histoire le dira. Toujours est-il qu’avec des groupes rebelles armés en embuscade, dont le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) qui ne se reconnaît pas dans ce dialogue national, l’on semble bien parti pour un éternel recommencement, dans ce pays où le pouvoir se conquiert plus au bout du fusil. C’est dire si l’on semble parti pour un bras de fer qui n’augure rien de bon pour le Tchad. Surtout si les choses doivent se jouer, comme bien souvent, sur le rapport de forces sur le terrain, au prix malheureusement d’innocentes vies humaines.

 « Le Pays »   

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