LU POUR VOUS : Le « grand jeu » minier de Moscou, Pékin et Doha

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Si le nombre de groupes étrangers s’intéressant aux mines du Soudan continue de grandir, ceux-ci viennent surtout d’Asie et d’Afrique, avec une offensive très marquée de Moscou et Pékin. En Occident, l’enthousiasme pour le pays, qui avait saisi les miniers après la levée des sanctions économiques américaines en octobre 2017, semble être vite retombé.

Plus encore que leurs opérateurs miniers, cette année, ce sont les bureaux de recherche géologique russes et chinois qui étaient particulièrement visibles à la conférence du gouvernement de Khartoum, Sudan International Mining Business Forum & Exhibition (Simfe). Le russe Rosgeo, et notamment son directeur pour l’Afrique, Anton Panenko, ex de Norilsk Nickel, n’a pas quitté les officiels soudanais durant tout l’événement, où il a détaillé sa cartographie en cours des ressources minières du pays. L’activisme de Rosgeo à Khartoum, qui s’étend aussi au pétrole, doit faciliter à terme la prise de contrôle par des groupes russes de sites à fort potentiel. Moscou est par ailleurs un allié diplomatique et militaire de Khartoum, épaulant le pouvoir du président Omar el-Béchir dans la crise sociale qu’il affronte depuis plusieurs semaines. Jusque-là surtout présent dans les secteurs de la sécurité et du pétrole au Soudan, Pékin a récemment mis les bouchées doubles dans les mines pour ne pas être devancé par Moscou. Au Simfe, l’institut géologique du Shandong, province très riche en or à l’instar du Soudan, a rappelé avoir signé un accord de coopération en 2018 avec la Geological Research Authority of the Sudan, alors dirigée par Mohamed Abu Fatima, devenu depuis ministre des mines (lire ici), afin d’explorer le potentiel aurifère du pays, notamment le bloc RS13.

En parallèle du duel sino-russe, le conflit diplomatique entre le Qatar et ses voisins du Golfe a lui aussi sa transposition au Soudan, avec une longueur d’avance pour Doha. Alors que les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont actifs dans le secteur minier soudanais essentiellement via leurs sociétés de services, la société d’Etat qatarie Qatar Mining accélère quant à elle dans l’exploration de son projet de Jebel Ohier. Ayant récemment remanié la direction de sa filiale locale, QMSD Mining (AMI nº427), la firme prévoit d’analyser le potentiel économique du site, qui contient 1,09 million de tonnes de cuivre, d’ici la fin de l’année, avant d’entamer une étude de faisabilité en 2020. Les groupes du principal allié de Doha, la Turquie, sont également très en vue au Soudan, même s’ils sont pour la plupart encore en phase de prospection.

A l’inverse de la Russie, de la Chine et des pétromonarchies, qui font la course pour conquérir des gisements comme de l’influence diplomatico-économique au Soudan, les miniers occidentaux semblent se détourner du pays. En 2017 et 2018, des géants de l’or africain comme Randgold Resources (qui a fusionné le 1er janvier avec Barrick Gold Corp), Newcrest Mining et B2 Gold Corp s’étaient rendus au Soudan pour évaluer l’opportunité de s’y implanter. Cette année, outre le canadien Orca Gold, qui détient le bloc 14, et l’australien Perseus Mining, qui continue à chercher des permis, peu s’étaient déplacés au Simfe. Tant les manifestations populaires que la persistance de difficultés pour opérer des transactions bancaires depuis et vers le Soudan, malgré la fin des sanctions, semblent avoir eu raison de leur motivation.

© Copyright Africa Mining Intelligence n° 436 du 02/04/2019
SOUDAN EXPLORATION-PRODUCTION

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