Centrafrique : Situation en matière de sécurité au 13 octobre 2022, selon le secrétaire général de l’Onu

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Situation en matière de sécurité

23. La situation en matière de sécurité dans le pays reste instable. Les pénuries de
carburant dues aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale,
notamment en juin, ont limité les opérations des forces de défense et de sécurité
nationales, ainsi que de la MINUSCA. Des groupes armés ont attaqué des zones où
les forces de défense et de sécurité nationales étaient moins présentes ou totalement
absentes, profitant de la crise du carburant. Ils ont repris le contrôle de certains sites
miniers, commis des exactions contre des civils et imposé des taxes illégales. La
MINUSCA a maintenu la cadence de ses opérations dans les zones de tension en
donnant la priorité au centre et à l’est du pays, tout en empêchant les groupes armés
de prendre le contrôle d’autres zones à l’ouest.
24. Au 1er octobre, il a été enregistré une hausse du nombre de violations de
l’Accord politique, soit 431 contre 374 au cours de la période précédente. Les civils,
qui ont été la cible principale, ont fait l’objet de 312 violations et les autres violations
ont pris la forme d’activités militaires illégales (65), de restrictions de mouvement
(17) et de restrictions d’accès aux institutions étatiques, aux organisations
humanitaires ou aux organismes des Nations Unies (37). L’Unité pour la paix en
Centrafrique a perpétré le plus grand nombre de violations (133), suivie par les forces
de défense et de sécurité nationales et autres membres du personnel de sécurité (93),
le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (80), le groupe Retour,
réclamation et réhabilitation (56), les éléments anti-balaka (52) et le Mouvement
patriotique pour la Centrafrique (17).
25. La présence d’engins explosifs dans l’ouest du pays a continué de constituer une
menace pour les civils et pour la sécurité des soldats de la paix. Entre le 2 juin et le
3 octobre, huit incidents liés à des engins explosifs ont été signalés, tuant trois soldats
de la paix et blessant 11 civils et un soldat de la paix. La MINUSCA a maintenu sa
mobilité dans l’ouest malgré la présence de mines terrestres en utilisant ses équipes
de déminage récemment déployées.
26. Dans l’ouest, les éléments anti-balaka et les éléments du groupe Retour,
réclamation et réhabilitation affiliés à la Coalition des patriotes pour le changement
ont profité de la crise du carburant et de la saison des pluies pour tenter de reconquérir
leurs bastions perdus au début de 2021. Ils ont renforcé leur présence dans de
nombreuses localités et secteurs d’extraction minière, ciblant les négociants des
préfectures de Lim-Pendé, de la Mambéré-Kadéï, de l’Ouham, de l’Ouham-Fafa et de
l’Ouham-Pendé. Entre le 26 et le 28 juin, le groupe Retour, réclamation et réhabilitation
a commis des vols à main armée et a procédé à du racket dans les sites miniers d’Abba,
dans la préfecture de la Nana-Mambéré.
27. À la mi-juillet, à la faveur de l’amélioration de la situation du carburant, les
forces de défense nationale et d’autres membres du personnel de sécurité ont renforcé
leur présence dans les sites d’extraction minière des préfectures de la Mambéré-Kadéï
et de l’Ouham. Cela a donné lieu à de nombreux affrontements avec des groupes
armés, et a posé une menace majeure pour la sécurité des civils.
28. Du 15 juillet au 28 août, les forces de défense nationale et d’autres membres du
personnel de sécurité ont mené diverses opérations militaires contre les combattants
du groupe Retour, réclamation et réhabilitation et des anti-balaka pour reprendre le
contrôle des sites et localités minières dans les préfectures de la Nana-Mambéré, de
l’Ouham et de l’Ouham-Pendé. Cependant, ces groupes ont continué d’extorquer la
population civile, de lui imposer des taxes illégales et de se livrer à des violences
sexuelles dans tout l’ouest du pays. Les 25 et 26 juillet, ils ont perpétré 12 attaques
contre des civils dans les préfectures de la Mambéré-Kadéï, de la Nana-Mambéré, de
l’Ouham et de l’Ouham-Pendé. Le 3 août, des éléments anti-balaka ont attaqué un site
d’extraction à Nassoya, tuant quatre civils dont une femme. Le 7 septembre, le groupe
armé a attaqué une base des forces de défense nationale et brûlé 24 habitations civiles
dans le village de Nzamari, tuant trois civils, dont une femme, et provoquant un
déplacement de population.
29. Le 3 octobre, sur la route ralliant Koui à Bohong dans la préfecture de l’OuhamPendé, une patrouille de la MINUSCA a heurté un engin explosif, ce qui a entraîné la
mort de trois casques bleus et un blessé grave. Le 4 octobre, la MINUSCA a bouclé
la zone de l’explosion et a mené une opération de recherche ; par la suite, une équipe
de neutralisation des explosifs et munitions et une équipe d’enquête après explosion
ont été déployées par la force de la Mission.
30. Au centre du pays, des groupes armés ont continué de commettre des exactions
contre la population le long des principaux axes dans les préfectures de BaminguiBangoran, de la Basse-Kotto, de la Nana-Grébizi et de la Ouaka. D’autres membres
du personnel de sécurité ont continué de recruter des dissidents de l’Unité pour la
paix en Centrafrique démobilisés et des anti-balaka comme supplétifs pour combattre
l’Unité pour la paix en Centrafrique et d’autres groupes armés affiliés à la Coalition
des patriotes pour le changement. Ces supplétifs ont souvent eu recours à la violence
contre la population, en particulier la communauté peule, en l’accusant de collusion
avec les groupes armés.
31. Dans les préfectures de la Basse-Kotto et de la Ouaka, l’Unité pour la paix en
Centrafrique a attaqué sporadiquement des villages et isolé des positions des forces
de défense nationale. Elle a également renforcé sa présence autour de Dimbi, dans la
préfecture de la Basse-Koto, une zone stratégique riche en ressources naturelles, avec
l’intention semble-t-il de reprendre ses anciens bastions. En réponse, les forces de
défense nationale et d’autres membres du personnel de sécurité, appuyés par des
supplétifs anti-balaka, ont mené des opérations de grande envergure le 13 juin et ont
pris le contrôle de Dimbi. Le 3 juillet, l’Unité pour la paix en Centrafrique a attaqué
une position des forces de défense nationale à Dimbi, mais a été repoussée par la
MINUSCA. Les soldats des forces de défense nationale qui s’étaient retirés sont
ensuite retournés à leur base avec le soutien d’autres membres du personnel de
sécurité et de supplétifs anti-balaka.
32. En juin et juillet, des membres présumés du Front populaire pour la renaissance
de la Centrafrique ont fui Ndélé dans la préfecture de Bamingui-Bangoran suite à
l’arrivée et aux renforts successifs des forces de défense nationale et d’autres
membres du personnel de sécurité, perpétrant des actes de banditisme le long de l’axe
Tiri-Golongosso. De juin à fin août, le Front populaire pour la renaissance de la
Centrafrique, le Mouvement patriotique pour la Centrafrique et l’Unité pour la paix
en Centrafrique ont également fait preuve de prédation envers les civils à Mbrès et
dans les alentours (préfectures de la Nana-Grébizi et de la Ouaka).
33. Dans l’est du pays, la situation s’est détériorée dans les préfectures de la HauteKotto, du Mbomou et de la Vakaga : le Front populaire pour la renaissance de la
Centrafrique et l’Unité pour la paix en Centrafrique se sont mobilisés contre les
opérations menées par les forces de défense nationale et d’autres membres du
personnel de sécurité dans les secteurs d’extraction minière du triangle Ouadda-Sam
Ouandja-Ouanda Djallé et alentour ainsi que dans les périphéries de Bakouma et
Nzacko. Les combattants de l’Unité pour la paix en Centrafrique ont également
harcelé des éleveurs peuls le long de l’axe Bangassou-Rafaï-Zémio dans la préfecture
du Mbomou. Sous le commandement de Mohamed Adam (aussi connu sous le nom
de « Abou Kass »), les Misseriya arabes ont érigé des barrières à Am Kourmay sur
l’axe Birao-Am Dafock et extorqué des civils le long des routes commerciales qui
mènent au Soudan.

34. Le 16 juin, des membres présumés du Front populaire pour la renaissance de la
Centrafrique et de l’Unité pour la paix en Centrafrique ont attaqué Ouanda Djallé,
dans la préfecture de la Vakaga, déplaçant par la force des milliers de civils. Les forces
de défense nationale ont tenté de défendre la ville le jour suivant, mais se sont fait
dominer, laissant la ville sous le contrôle de groupes affiliés à la Coalition des
patriotes pour le changement. Du 26 juin au 14 août, la MINUSCA a lancé des
opérations à Ouanda Djallé et à Sam Ouandja, forçant les combattants armés à se
retirer des villes et facilitant le retour en toute sécurité des civils déplacés.
35. Le 23 juin, le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique et l’Unité
pour la paix en Centrafrique ont attaqué les positions des forces de défense nationale
à Bakouma, dans la préfecture du Mbomou. Les forces de défense nationale et
d’autres membres du personnel de sécurité ont mené des opérations à Nzacko, dans
la préfecture du Mbomou, les 24 et 25 juin, pour contraindre les groupes armés à
quitter la ville. Du 11 juillet au 10 août, la MINUSCA a déployé une force d’intervention
rapide et un groupe d’intervention à Bakouma et dans ses environs pour protéger les
civils et contribuer à rétablir la sécurité dans la région.
36. À Bangui, la situation en matière de sécurité est restée relativement calme. Le
couvre-feu national est resté en vigueur de minuit à 5 heures du matin. Les faits
criminels ont diminué, 2 583 ayant été dénombrés, contre 2 866 au cours de la période
précédente (allant du 16 février au 15 juin 2022), sur fond d’opérations de sécurité
dans la ville et ses environs.
37. Suite à des rumeurs d’infiltration de combattants armés, les forces de défense et
de sécurité nationales et d’autres membres du personnel de sécurité ont mené
conjointement des opérations de bouclage et de ratissage à Bangui de juin à
septembre. Le 22 septembre, dans le quartier PK5, les forces de défense et de sécurité
nationales ont tiré des coups de semonce et des gaz lacrymogènes pour disperser les
manifestants lorsque les protestations contre ces opérations ont pris une tournure
violente, blessant quatre civils. Les opérations ont permis de récupérer huit armes de
poing, sept AK-47 et une quantité non divulguée de grenades et de munitions. Au
total, 38 personnes ont été arrêtées, dont 16 ont été relâchées.

Source : Rapport du Secrétaire Général du 13 octobre 2022

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