CENTRAFRIQUE: AMOUR DE LA CORRUPTION: LE GOUVERNEMENT ET L’ASSEMBLÉE NATIONALE SE DISPUTENT LA PREMIÈRE PLACE EN SACRIFIANT LE PEUPLE

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Au lendemain de la publication du rapport de la mission de la Commission d’enquête parlementaire sur les conséquences des activités d’exploitation minière de Bozoum, on constate une véritable scission entre le pouvoir exécutif et le parlement centrafricains au moment même où le pays cherche le bon chemin de sortie de crise. Quand la corruption est une vertu? 

Ce n’est un doute pour personne que la mission parlementaire à Bozoum et à Bossangoa met en cause la sincérité du gouvernement par rapport au problème de désastre environnemental et humain causé par les sociétés minières exploitantes. Ce qui signifie qu’il y a eu une véritable complicité entre le gouvernement représenté le Premier ministre Firmin Ngrébada qui avait accusé à tort et ce devant les députés un prêtre catholique de Bozoum (R.P Aurélio) de mensonge, de fausseté et de conflit d’intérêt, mais aussi par son ministre des Mines et de la géologie, Léopold Mboli-Fatrane qui a entretenu le flou sur la responsabilité des sociétés exploitantes face aux questions environnementales, éthiques, juridiques et sociales. Or, la mission parlementaire était inscrite dans le cadre du respect de la vie humaine tel qu’inscrit à l’Art. 3 aliéna 1 de la Constitution du pays: «Chacun a droit à la vie et à l’intégrité physique et morale. Il ne peut être dérogé à ce principe qu’en application d’une loi». 

Malheureusement, les conditions de vie des populations d’une vaste région comme celle du nord, par ailleurs la région la plus peuplée et grenier de la RCA, sont gravement menacées, à l’indifférence du gouvernement. Or, le rapport de la mission d’enquête parlementaire avait clairement exposé les risques sur la pollution et l’écosystème, du danger grave pour la vie des populations sur tous les plans. Selon le témoignage des pêcheurs par exemple, les poissons trouvés morts et consommés par certaines personnes suite à la famine qui menace la région depuis le déclenchement de la récente crise militaro-politique, allaient provoquer les conséquences à long terme dans la région. Cette même source confirme également la disparition des hippopotames dans le fleuve déjà pollué. Il fallait vraiment être sadique ou cynique pour ne pas dire et présenter les choses telles qu’elles étaient, pour sauver la vie des populations des préfectures de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé.

Lors de la mission gouvernementale, la population s’attendait à ce que le gouvernement révise son tir dans cette affaire qui ne fait que discréditer le pays aux yeux du monde, surtout que le pays est en danger de mort du fait de son sous-sol pillé et son sol pollué. Que deviendront les générations futures dans un pays sans ainsi exposé au mercure qui est un poison pour l’être humain, les animaux et les végétaux? Telle est la question que l’on est en droit de se poser au regard du comportement et des réactions d’un gouvernement irresponsable.

Il est donc facile de comprendre que malgré la densité des ressources naturelles du pays, les Centrafricains seront éternellement pauvres tant qu’il n’y a pas une véritable rupture avec un passé et un présent toujours marqués par la corruption, le népotisme, le tribalisme, la prévarication, le laisser-faire…
Et comme la honte ne tue pas en Centrafrique, le gouvernement a cherché par tous les moyens à se déculpabiliser, surtout en cette période où certains membres se lancent ouvertement à la campagne électorale en prenant le président Touadéra comme «levier de vitesse». L’heure est donc au bilan, et les uns et les autres se règlent politiquement des comptes pour plaire à l’électorat.

Le mal ici, c’est que même si le gouvernement est le premier responsable de cette situation, il faut néanmoins signaler que c’est la première fois qu’une législature déçoit les attentes des populations par la propension des députés à la corruption facile, active comme passive. Comment la mission parlementaire pourra-t-elle interpeller le gouvernement alors que dans sa propre maison, des élus de la nation sont accusés de corruption et d’escroquerie pour un montant de 40.000.000 FCFA? Qui interpelle qui et qui est bien placé pour faire la morale et/ou sanctionner l’autre?
Le gouvernement bien rusé que le parlement, est en train de diligenter une riposte en jouant au Ponce-Pilate pour embellir les choses et tout mettre sur le dos du député de Bamingui, sieur Jean-Michel Mandaba de triste mémoire, comme le seul responsable dans cette affaire. Cette fuite de responsabilité crée déjà la méfiance entre les deux pouvoirs.

Dans cette affaire de pollution des eaux de l’Ouham et de l’Ouhal-Pendé, père Aurelio Gazzera, le très populaire curé de la paroisse Saint Michel de Bozoum, est accusé par le gouvernement de se mêler à la politique au détriment de sa fonction ecclésiale. Pourtant, le missionnaire n’a fait qu’interpeller les autorités locales, régionales et nationales qui ont l’obligation juridique, morale et historique de prendre leurs responsabilités régaliennes pour assurer la protection des personnes et des biens. Certes, sa mission consiste à faire paître le troupeau de Dieu, mais il ne faut pas oublier que la nouvelle évangélisation consiste à prendre en compte toute la dimension de la vie humaine. Est-il envoyé à Bozoum évangéliser les morts ou les vivants? Telle est la question que l’on pose de nos jours aux membres du gouvernement qui tirent à boulet rouge sur ce missionnaire qui a quitté père, mère, famille et richesses pour la cause de l’évangile de Dieu dans un pays pauvre comparé à son pays d’origine, et malheur à lui s’il se détourne de cette mission en cachant la vérité pour plaire non pas à Dieu mais aux hommes qui ne sauvent pas. Et d’ailleurs, y a-t-il un passage de la bible, du coran, de la thora ou une disposition de la loi centrafricaine qui interdit aux prêtres de dénoncer tout ce qui menace la vie humaine, végétale et animalière ainsi que l’équilibre environnemental? Bien au contraire, le silence face à une telle situation est synonyme de complicité de crime.

On se souvient encore que le ministre des Mines, Léopold Mboli-Fatrane et celui de l’Environnement, Thierry Kamach, se sont insurgés contre le père Aurélio qui, selon eux, ne faisaient plus son travail de religieux. Malheureusement, ces membres du gouvernement semblent oublier que le berger est celui qui prend soin de ses brebis et les protège contre la mort.
Au regard de ce qui précède, force est de constater que la crise centrafricaine est loin d’être à son terme. Elle devient de plus en plus complexe car interinstitutionnelle, les deux premiers pouvoirs étant dans une guéguerre ouverte, avec le silence incompréhensible du Conseil national de la médiation (CNM) qui a pourtant pour mission «l’amélioration des relations entre les citoyens et l’administration, en vue de protéger et de promouvoir les droits des citoyens ». Faut-il le rappeler, le CNM est doté de pouvoirs étendus pour recevoir les réclamations des citoyens et proposer des solutions en matière de prévention, de gestion et de résolution des conflits (Art. 134 de la Constitution du 30 mars 2016).
Ainsi donc, quand deux grands corrompus se battent, ce sont les victimes et le peuple qui en souffrent.
Jacques Emmanuel Ngue
Source: MEDIAS+

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