Washington frappe au cockpit le coordinateur de Wagner, Evgueni Prigozhin

0
209

 

Les services américains ont sollicité l’appui de plusieurs capitales africaines en vue de bloquer les rotations de jets privés appartenant à l’homme d’affaire Evgueni Prigozhin, intime de Vladimir Poutine, figure centrale de la galaxie Wagner et ciblé par des sanctions américaines.

C’est une discrète circulaire estampillée “République du Tchad” et signée du DG adjoint de l’autorité de l’aviation civile tchadienne, Youssouf Abakar Alkhalil, dont le titre donne le ton : “Interdiction d’assistance à un aéronef”. Dans le document daté du 14 juillet, adressé à l’ensemble des opérateurs aériens et assistants d’escales du pays, le ministère tchadien de l’aviation civile écrit : “il est porté à votre attention qu’il est formellement interdit d’assister l’aéronef dont le numéro de série est 14501008 et appartenant à la compagnie Prigozhin. De ce fait, tous les opérateurs d’assistance en escale sont dans l’obligation de s’y conformer.”

Le “cuisinier” de Poutine

Une simple recherche Google permet très vite de retrouver l’aéronef visé par la circulaire. Il s’agit d’un jet Embraer Legacy 600 immatriculé sur l’île de Man sous l’indicatif M-SAAN. Bien identifié sur les tarmacs africains, l’appareil au fuselage blanc et bleu marine opère en réalité depuis novembre 2019 sous le matricule RA-02795. Quant à son propriétaire, il est tout aussi connu : Evgueni Prigozhin. Intime du président russe Vladimir Poutine qu’il côtoie depuis le début des années 2000, l’oligarque de 60 ans a fait fortune dans les années 1990 dans la restauration (il a longtemps été surnommé “le cuisinier de Poutine”). Depuis il accumule les casquettes, notamment en Afrique où il est considéré comme la figure centrale de la galaxie paramilitaire russe Wagner, très active en RCA, en Libye ou encore au Soudan.

Sous sanctions américaines depuis 2019 dans le cadre de l’enquête sur les interférences étrangères dans les élections intermédiaires américaines de 2018, l’oligarque est à la tête de sa propre compagnie aérienne : Autolex Transport. Installée aux Seychelles, c’est cette même société qui a acquis le jet Embraer Legacy 600 RA-02795 visé par la circulaire du ministère tchadien de l’aviation civile. L’appareil, acheté par Prigozhin en octobre 2018 au groupe turc MNG Jet Aerospace, est lui-même dans le viseur du Trésor américain et fait l’objet de sanctions.

Avion fantôme

Si l’Embraer a été soigneusement retiré de la quasi-totalité des sites de suivi d’avions type Flight Radar, – une pratique de plus en plus courante dans l’aviation d’affaire -, l’appareil enchaîne néanmoins les rotations sur le continent africain, tout particulièrement en Afrique centrale. Des va-et-vient suivis en temps réel par les services de sécurité américains. A l’instar de N’Djamena, ces derniers ont ainsi multiplié les demandes “d’entraides” avec plusieurs capitales africaines ces dernières semaines, avec un message bien rodé : toute assistance aux jets de Prigozhin pourrait être interprétée comme une forme de complicité avec l’oligarque sanctionné. Parmi les pays approchés par Washington figure notamment le Soudan, où les appareils de l’homme d’affaires originaire de Saint-Pétersbourg ont l’habitude d’effectuer des escales techniques sur l’aéroport de la ville de Nyala, capitale du Darfour Sud.

Plusieurs démarches ont également été entamées auprès de l’Asecna (Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar), dirigée depuis 2017 par le Nigérien Mohamed Moussa.

Transport du premier ministre centrafricain

Mais l’activisme de Washington ne se limite plus qu’aux Etats. Sur l’aéroport de Bangui, les services américains ont même récemment demandé à plusieurs reprises au groupe pétrolier français TotalEnergies de ne pas avitailler ce même Embraer Legacy 600 exploité par la société d’Evgueni Prigozhin (AI, 10/06/21).

Le jet de l’oligarque configuré pour le transport de personnalités VIP est aussi un précieux outil de la diplomatie privée de Prigozhin, qui n’hésite pas à le mettre gracieusement au service de hautes autorités africaines. Le 7 juin, il avait ainsi ramené à Bangui depuis Saint-Pétersbourg l’ex-chef du gouvernement centrafricain Firmin Ngrébada et deux de ses ministres venus participer au Forum économique international de Saint-Pétersbourg.

Principal relais de Moscou en RCA, Firmin Ngrébada est lui-même un familier du coordinateur de Wagner. A son retour de Saint-Pétersbourg, c’est même l’un des assistants de Prigozhin à Bangui, Dmitry Sergeevich Sytii, qui avait personnellement accueilli le premier ministre à son arrivée sur le tarmac de l’aéroport de Bangui.

Eminence grise de la diplomatie privée de Moscou en Afrique

En RCA, l’ombre de Prigozhin plane bien au-delà de Wagner. Selon le Trésor américain, il opérerait ainsi en Centrafrique, principalement à l’aide des sociétés écrans et serait notamment très actif dans le secteur minier via les entreprises M-Finans et Lovaye Invest. Pour développer ses activités dans le pays, il s’appuie sur trois associés, également sous sanctions américaines : Yevgueny Khodotov, Alexander Yuryevitch Kuzin et Dimitry Sergeevitch Sytii.

La Lettre du Continent

 

 

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here