Vers le départ de Méckassoua et la déstabilisation des institutions ?

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Depuis plusieurs mois, l’assemblée nationale est devenue le théâtre d’âpres batailles rangées entre les partisans de Touadéra, divisés en deux camps, celui de Sarandji, d’un côté, et celui de Ngrébada, de l’autre, et les légalistes acquis à la cause du député Abdoul Karim Méckassoua.

Les premiers affrontements ont commencé peu avant et au lendemain du renouvellement du bureau. Caractérisées par des actes de corruption de part et d’autre, et mieux après une convocation à Boali de tous les députés de la majorité parlementaire présidentielle, à l’issue  de laquelle tous les participants ont été bien servis en espèces sonnantes et trébuchantes, les élections relatives à ce renouvellement révéleront au grand jour la propension inouïe de nos élus de la nation à la corruption, aux compromissions et aux pots de vin.

Elles seront totalement boudées par les différents partenaires internationaux de la République centrafricaine et laisseront un goût amer dans la conscience collective de tous les pauvres qui, dans les urnes, leur ont confié la gestion de leur destinée. Les prémices de la prédisposition à la trahison étaient perceptibles, mais visibles seulement par un certain nombre très restreint d’avertis de la vie politique centrafricaine et de professionnels de médias. Ceux – ci savaient déjà que cette sixième législature n’allait pas être comme les autres où les députés avaient pour mission de voter des lois, de faire de projets de lois et surtout de contrôler l’action gouvernementale. Celle – ci s’est arrogée tout simplement, cette fois – ci, le droit d’user des pouvoirs, à leur donnés par le peuple, pour se servir, c’est- à – dire avoir des femmes, de l’argent, de l’honneur, de la gloire et de biens mobiliers et immobiliers. Et narguer le peuple se calfeutrer dans son misérabilisme légendaire et éhonté, livré et abandonné aux seigneurs de guerre et aux bandes armées qui occupent plus de 85% du territoire national ou de ce qu’il en reste.

Les deuxièmes confrontations qui se poursuivent encore aujourd’hui ont démarré, quant à elles, avec les révélations des affaires Bertin Béa, Agnés Dékono, Nadia Béa et Valerii Zakharov. Même si elles passent pour le grand public, à savoir l’opinion nationale et internationale, comme des scandales à mettre à la charge de la gestion de l’assemblée nationale par le président de l’assemblée nationale, Abdoul Karim Méckassoua, il n’en demeure pas moins cependant qu’aux yeux du petit peuple, victime de la crise pendante et celui qui détient le pouvoir souverain et qui l’exerce dans les urnes, qu’elles soient outrancièrement étrangères à ses besoins de l’heure, à sa soif naturelle de garanties à la sécurité, à son droit à la liberté d’aller et venir sur un territoire qui est le sien, vidé de tous les seigneurs de guerre et autres bandes armées.

Sur ce sujet précis, il est important de rappeler que l’assemblée nationale, soucieuse du retour définitif de la paix et du vivre ensemble entre toutes les communautés composant la République, avait pris sur elle la responsabilité de proposer au gouvernement une initiative parlementaire pour une sortie de crise. Ce document, hélas, remis à qui droit, est resté jusqu’à ce jour enfoui dans les tiroirs de certains services.

Dans le même temps et parallèlement à cette proposition, le régime de Touadéra a confié aux chefs d’état de la CEEAC la mission de proposer une feuille de route pour une rencontre, non pas avec toutes les forces vives de la nation, mais exclusivement avec les groupes armés. Comme si le président Touadéra élu par le peuple pouvait se permettre cette libéralité de négocier avec  les bourreaux de ses électeurs, de leur serrer les mains pleines du sang de centrafricains, de leur donner de l’argent du contribuable, de les nommer à des hautes fonctions de l’Etat, en flagrante violation des dispositions de l’article 28 de la constitution et de faire des selfies avec eux.

Or, en agissant de cette manière au nom de la politique de main tendue, le régime Touadéra ignore tout simplement qu’il est de son entière responsabilité d’assurer la défense de l’intégrité du territoire, la protection des biens et des personnes et la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat. Mais, au lieu d’avoir le courage de travailler, de s’assumer, d’assumer ses responsabilités et de reconnaitre ses laideurs et ses indignités avérées, comme d’autres le font sous d’autres cieux, le président Touadéra pense que son malheur vient plutôt du côté de l’assemblée nationale et de son président Abdoul Karim Méckassoua.

Alors, il lui déclare sans raison aucune une guerre sans merci par personnes et entités interposées, se laisse instrumentaliser par le camp de son premier ministre Sarandji, incarné par le 1er vice – président de l’assemblée nationale, et celui de son directeur de cabinet, qui a réussi à faire gagner à sa cause une partie non moins importante des députés de la majorité parlementaire présidentielle. Des guéguerres de positionnements et de jeux d’intérêts. Quitte à finir avec l’autre. Seulement dans ces batailles, il n’apparait nulle part la cause du peuple centrafricain, ni celle de la République, notre patrimoine commun à tous, si ce n’est la recherche de petits intérêts personnels, familiaux, égoïstes, catégoriels, terrestres et mortels.

C’est ainsi que, selon des informations dignes de foi en notre possession, lors de la rentrée parlementaire d’octobre, tout a déjà été soigneusement mis en place pour que le président de l’assemblée, Abdoul Karim Méckassoua qui incarne et demeure à ce jour le seul garant respectable et respectueux de l’équilibre national, selon les partenaires traditionnels internationaux de la République centrafricaine, soit destitué pour être remplacé par un proche des proches du royaume de Damara.

Loin de démentir ces faits, il est  tout simplement impératif pour tout centrafricain dont les vibrations intuitives ne sont pas encore corrompues par le triomphalisme ambiant, faisant suite à la signature d’un accord de coopération militaire avec la Russie, somme toute irrégulière et illégale au regard des dispositions des articles 91 et 94 de la constitution du 30 mars 2016, de reconnaitre que cette option porte en elle les germes de la déstabilisation des institutions de la République. Elle est un appât tendu par ceux qui avec leurs complices veulent récupérer la situation, mettre un terme au processus démocratique en cours et prendre le pouvoir.

Touadéra est – il de cet avis ? N’est- ce pas lui qui avait plaidé, au nom de la cohésion sociale et du vivre ensemble, pour l’élection de Méckassoua au perchoir de l’assemblée nationale, prés le président Sassou N’guesso et de la communauté internationale ? Mesure – t – il les risques que cette option de sa destitution porte non seulement pour la survie de son régime mais surtout pour l’avenir de la République et du peuple centrafricain ? Et si le feu  devrait –  – il sortir de l’eau, avec quoi irait – on l’éteindre ?

Affaire à suivre…. !

Jean – Paul Naïba

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