Un soldat centrafricain abattu par l’un de ses compagnons d’armes au Soudan

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Un soldat centrafricain prénommé Legrand, né au quartier Yongoro et père de cinq enfants, est décédé, il y a quelques jours, criblé atrocement de balles tirées à bout portant par un de ses compagnons, au Soudan. La place mortuaire a eu lieu à Kassaï dans la parcelle familiale, non loin de la maison du chef du quartier, attenante au quartier Gbangouma, dans le 7ème arrondissement de la ville de Bangui. Que s’est – il donc passé ?

Au temps fort de chaleureuses relations entre la Fédération de la Russie de Vladimir Poutine et le Soudan d’Omar el – Béchir, de nombreux jeunes centrafricains de l’ethnie « Gbaka – Mandja » ont été enrôlés de gré ou de force et envoyés en formation militaire dans ce pays voisin de la République centrafricaine. Petit commerçant connu de tous dans son quartier Yongoro, un fief des ressortissants de cette ethnie, Legrand qui n’avait aucunement choisi de devenir Faca, a fini par céder à la pression des membres de sa famille et s’est retrouvé contre sa volonté embarquer dans cette aventure soudanaise où son chemin croisera la mort de la manière la plus violente.

En effet, selon des sources proches de l’assemblée nationale et émanant d’un représentant national qui ne relève pas de cette circonscription, ne supportant plus les difficultés matérielles et financières à répétitions, Legrand était devenu de plus en plus critique vis – à – vis de ses supérieurs hiérarchiques, d’une part, et du régime failli de Bangui, d’autre part. Il ne se passait pas un seul jour sans qu’il n’usât de son droit à la parole pour dénoncer ouvertement et à qui veut l’entendre leurs difficiles conditions de vie, les traitements inhumains qui leur sont réservés, l’indifférence du président Touadéra à leur situation et leur égard, en bref  leur abandon par l’Etat et le gouvernement centrafricain. A l’opposé, un autre soldat recruté dans les mêmes conditions que lui, mais acquis à la cause Gbaka – Mandja ne supportait pas ces agacements. C’est ainsi qu’un jour il s’est attaqué frontalement à Legrand, et il s’en suivra une bagarre entre les deux.

Interpellés par l’officier centrafricain, évidemment lui aussi de l’ethnie Gbaka – Mandja, suite à des interrogations musclées, le De Cujus aurait confirmé les faits et mis à profit cette confrontation pour soutenir son désaccord avec la méthode de recrutement pratiquée, sur instructions personnelles de Touadéra. C’est à ce moment qu’il aurait dit qu’il voulait être rapatrié, n’ayant pas demandé à devenir Faca et ayant subi des traitements humiliants, indignes et dégradants. C’est au soir de cette mise au point sans équivoque que le soldat Legrand aurait été froidement assassiné par son compagnon d’armes, avec plusieurs balles tirées à bout portant.

Depuis lors, la dépouille mortelle de ce jeune soldat traîne au Soudan, les nouvelles autorités soudanaises refusant de mettre un avion à disposition de l’équipe militaire centrafricaine, et sous de très fortes pressions des américains, ne voulant pas visiter un pays où sont stationnés des soldats russes et des mercenaires du Groupe Wagner. Pour répondre à la sollicitation de la famille du De Cujus, Touadéra a envoyé la modique somme de 200.000 Francs CFA et a demandé le rapatriement de la dépouille mortelle et de son assassin.

A – t – il préalablement transmis ces instructions par écrit, en sa qualité de chef suprême des armées, au ministre de la défense ? Celui – ci  à son tour a – t – il déjà saisi son collègue des finances et du budget pour que cette dépense soit engagée dans les meilleurs délais ? Et comment devront s’y prendre les deux membres du Gouvernement, si ce recrutement et la formation y relation n’ont pas été budgétisés ? Reviendra – t – il à la famille de Legrand de s’en charger ? Telles sont les questions que l’on se pose.

Mais, pendant que le corps de ce jeune soldat se solidifie dans une morgue quelque part au Soudan et que son épouse, ses enfants et les membres de sa famille sont plongés dans un interminable et long deuil et s’impatientent, cette affaire soulève l’épineuse et éternelle question du recrutement régionaliste, ethnique et clanique des forces armées centrafricaines, décrié sous tous les régimes qui se sont succédé à la tête de ce pays, depuis le règne de Patassé à ce jour, et fait dire à plus d’un centrafricain que la présidence des Russes, à la demande du président Touadéra pour assouvir ses cruels appétits cupides en rétro – commissions, et ce, contre les intérêts du peuple centrafricain, ne nous amène et ne nous amènera que de gros soucis.

Affaire à suivre…. !

Jean – Paul Naïba

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