UA : un nouveau Groupe des Sages face à de vieux défis

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Les membres du Groupe doivent contribuer à atténuer les conflits, mais ils font face aux mêmes obstacles que les groupes précédents.

Lors du sommet de l’UA organisé en février 2022, la Conférence de l’Union africaine (UA) a approuvé la nomination de quatre nouveaux membres au sein du Groupe des Sages. Leur mandat est de trois ans. Compte tenu des nombreux obstacles auxquels ils sont confrontés, ils devront faire preuve d’audace pour s’acquitter de la grande responsabilité qui leur incombe.

L’ancien président burundais, Domitien Ndayizeye, assumera la présidence du Groupe. Ont également été nommés l’ancien ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa, l’Honorable Effie Owuor, première femme juge à siéger à la Haute Cour du Kenya, et le professeur Babacar Kanté, vice-président du Conseil constitutionnel du Sénégal. La cinquième nomination, celle du candidat de l’Afrique australe, n’a pas encore été entérinée.

Il s’agit de la cinquième configuration du Groupe depuis sa création. En collaborant avec les nouveaux membres du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA, ce Groupe des Sages a la possibilité d’établir une relation de travail avec les décideurs politiques dans le but de résoudre les conflits et les crises urgentes à travers le continent. Il reste toutefois confronté aux mêmes obstacles qu’il rencontre depuis sa création en 2007, à savoir l’imprécision de son mandat, un manque de clarté quant à ses pouvoirs, des limitations structurelles et l’insuffisance de ses ressources financières et humaines.

Son succès dépendra donc largement de la bonne volonté du CPS et du président de la Commission de l’UA (CUA), avec lesquels le Groupe est censé travailler en étroite collaboration. Les nouveaux membres ont tous une solide expérience dans leurs domaines respectifs qui comprennent l’administration publique, la diplomatie, la médiation et la résolution des conflits, le multilatéralisme et les affaires juridiques. Afin d’avoir un impact réel, ils devront toutefois avoir une connaissance contextuelle approfondie des conflits continentaux.

Ils devront également être capables de mobiliser des fonds additionnels pour leur travail et d’étendre et de mettre à profit leurs vastes réseaux, que ce soit au sein de l’UA, mais aussi dans les différents États membres et dans les communautés économiques régionales (CER). Les membres du Groupe devront également prendre des mesures parfois audacieuses pour mettre en œuvre leur mandat.

Elément clé de l’architecture africaine de paix et de sécurité (APSA), le Groupe des Sages peut êre déployé par le CPS dans le but de contribuer à la désescalade des conflits potentiels et aux médiations dans les conflits en cours. Le président de la CUA peut soumettre au Groupe toute question nécessitant une action. Le Groupe a également pour mandat de conseiller le CPS et le président sur toutes les questions relatives à la paix et à la sécurité en Afrique.

Une coopération étroite est par ailleurs nécessaire avec le Réseau panafricain des Sages, le Réseau des femmes africaines pour la prévention des conflits et la médiation et le Réseau de la jeunesse africaine pour la prévention des conflits et la médiation. Le nouveau Groupe a déclaré qu’il soutiendra « les transitions politiques en cours au Soudan, au Soudan du Sud, au Tchad et en Somalie », notamment en déployant les organes mentionnés ci-dessus.

Lors de sa réunion inaugurale qui a eu lieu les 28 et 29 mars 2022 au siège de l’UA à Addis Abeba, le Groupe des Sages a exprimé son inquiétude quant à l’étendue et à la nature des conflits et de l’instabilité en Afrique. Au regard du manque de progrès dans la mise en œuvre de l’accord revitalisé au Soudan du Sud, ses membres ont lancé un appel en faveur de la mise en place d’un tribunal hybride et de mécanismes de justice transitionnelle.

En ce qui concerne la Somalie, le Groupe souhaite voir une amélioration des relations de travail entre le gouvernement fédéral éthiopien et les États fédérés afin que soit mené à bien le processus électoral. Il a salué les efforts de médiation entrepris par l’ancien président Olusegun Obasanjo, haut représentant de l’UA pour la Corne de l’Afrique, dans la promotion d’une paix durable et du dialogue politique en Éthiopie.

Ces trois crises mettent en évidence les chevauchements de mandats dans le traitement des conflits en Afrique, ce qui pourrait constituer un obstacle au déroulement du mandat de résolution des conflits du Groupe. Le président de la CUA a nommé un haut représentant pour l’Éthiopie ainsi que des représentants spéciaux pour le Soudan du Sud, la Somalie, la République démocratique du Congo, le Tchad, le Soudan et le Mali. Leurs mandats sont similaires à ceux du Groupe des Sages, mais spécifiques à chaque pays.

Ils exécutent les décisions du CPS, mais reçoivent également des instructions du président de la CUA, tout comme le Groupe. Le fait d’avoir sur place des représentants disposant d’un bureau et de ressources dédiés à la mise en œuvre des priorités de l’UA, remet en question l’avantage comparatif supposé du Groupe en matière de gestion et de résolution des conflits.

En outre, les CER peuvent nommer leurs propres personnalités éminentes et leur confier un mandat similaire à celui du Groupe. L’exemple le plus récent est le Groupe des Sages de la Communauté de développement de l’Afrique australe, composé de quatre membres. L’absence de répartition claire des tâches et le manque de coordination entre l’UA et les CER peuvent restreindre le potentiel d’action du Groupe des Sages.

Le Protocole du CPS stipule que le Groupe peut initier des interventions en soutien aux initiatives de prévention des conflits du CPS et du président de la CUA. Cependant, les archives de ces dernières années révèlent que le Groupe des Sages s’est engagé uniquement dans des discussions thématiques plutôt que de fournir des conseils sur des situations nationales spécifiques.

Bien que ses membres soient censés se réunir sur une base régulière avec le CPS et les CER, ces rencontres sont plutôt rares. La coordination est également entravée par le fait que les membres du Groupe ne sont pas basés dans les locaux de la CUA à Addis Abeba. Par ailleurs, le Groupe dispose d’un budget limité, qui est fixé par le président de la CUA.

Afin de mettre en œuvre son mandat et de surmonter ses défis structurels, le Groupe devra jouir d’une autonomie politique et d’une indépendance financière. Il devra être en mesure de faire face aux crises en gestation sans être entravé par les considérations politiques du CPS qui font obstacle à une intervention précoce. Il devra également recevoir avec une fréquence accrue des comptes rendus du Système continental d’alerte précoce. Plus important encore, les membres du Groupe devront être prêts à prendre des mesures audacieuses, y compris dans des circonstances difficiles.

Shewit Woldemichael, chercheuse spécialiste de la gouvernance de paix et de sécurité en Afrique, Institut d’études de sécurité (ISS)

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