Touadéra et les ambitieux : coulisses d’un mercato d’État

0
144

 

POLITIQUE

Touadéra et les ambitieux : coulisses d’un mercato d’État

Alors que les résultats, contestés, du référendum constitutionnel viennent d’être officialisés, les tractations battent leur plein dans l’entourage de Faustin-Archange Touadéra pour l’attribution de la primature, de la vice-présidence et de la présidence de l’Assemblée nationale.

Sans surprise, la Cour constitutionnelle de Centrafrique a validé, ce 21 août, la large victoire du oui au référendum du 30 juillet. En attendant la promulgation de la nouvelle Constitution, Faustin-Archange Touadéra (FAT), le chef de l’État, pense donc déjà à la suite. En l’occurrence, au choix d’un Premier ministre, d’un vice-président – fonction qui n’existait pas jusque-là –, et d’un président de l’Assemblée nationale.

À LIRE
En Centrafrique, que peut faire l’opposition après le « oui » au référendum ?

Ces postes attirent bien sûr les ambitieux, au sein du cercle présidentiel. Parmi les plus actifs, Évariste Ngamana. Le beau-frère de Touadéra a pesé de tout son poids et usé de son actuelle position de premier vice-président de l’Assemblée nationale pour convaincre les députés récalcitrants, y compris au sein du parti au pouvoir, de s’impliquer en faveur du projet de Constitution.

Chaises musicale

Ngamana a même un temps dû compenser le manque d’enthousiasme de Simplice Mathieu Sarandji, le patron de la chambre basse, avant que celui-ci ne rentre dans le rang. Selon nos informations, Évariste Ngamana est bien parti pour prendre les commandes. « Touadéra envisage de faire de lui le président de l’Assemblée parce qu’il connaît déjà bien la maison. Ce serait un grand atout pour l’exécutif », glisse à Jeune Afrique une source proche du chef de l’État.

Si tel était le cas, Sarandji pourrait, quant à lui, être nommé vice-président de la République. « Il jouit d’une bonne expérience politique. Il a fait de Touadéra ce qu’il est aujourd’hui. Le nommer à ce poste ne serait qu’une récompense légitime. En outre, il est le patron incontesté du parti au pouvoir. Cela conforterait sa position », juge notre source. Il s’agirait, aussi, de le remercier d’avoir finalement accepté de soutenir le projet de Constitution.

Mais plusieurs autres personnalités se verraient bien elles aussi à ce poste. Parmi elles, Sani Yalo, tout-puissant conseiller du président, dont la nomination contenterait la communauté musulmane du pays, qui craint d’être marginalisée dans le nouveau cadre institutionnel.Sani Yalo a d’ailleurs fait campagne en faveur du oui au référendum auprès des siens. « Il a toujours soutenu le président à tous les niveaux. Or, jusque-là, il n’a presque rien gagné officiellement », ajoute notre source. L’homme d’affaires dispose pourtant de soutiens de poids : celui de la mère de Faustin-Archange Touadéra et des deux premières dames, ainsi que celui des ministres Arthur Piri et Claude-Rameaux Bireau, tous deux neveux du chef de l’État.

Autre candidat au poste de vice-président, Pascal Bida Koyagbélé, qui dispose de solides réseaux au Rwanda et en Russie, ce qui compte à Bangui. Obtiendra-t-il satisfaction ?

Bousculade au portillon

Une autre fonction de premier plan attire elle aussi les convoitises, celle de Premier ministre. Félix Moloua, l’actuel titulaire du poste, n’entend pas céder sa place et fait valoir sa fidélité au président Touadéra. Les prétendants ne se bousculent pas moins au portillon.

À LIRE
En Centrafrique, Pascal Bida Koyagbélé, l’homme qui travaille à un troisième mandat de Touadéra

Plusieurs cadres du Mouvement des cœurs unis (MCU, au pouvoir) que nous avons contactés souhaitent ainsi voir Firmin Ngrebada reprendre la primature, ce que le chef de l’État ne verrait pas d’un mauvais œil. S’il s’entend bien avec les Russes, l’ancien Premier ministre n’a pas de mauvaises relations avec les capitales occidentales, avec qui Touadéra souhaite renouer au moins partiellement.

Obed Namsio, qui a suivi le même chemin que Firmin Ngrebada, pourrait lui aussi prétendre à la primature. Aux côtés de FAT depuis longtemps, il occupe, depuis mars 2019, le poste de directeur de cabinet à la présidence. Cheville ouvrière de la politique diplomatique du chef de l’État, il joue un rôle essentiel dans la gestion de l’agenda de ce dernier.

Un autre candidat potentiel : Arnaud Djoubaye Abazène. L’actuel ministre de la Justice, que l’ex-président, Michel Djotodia, avait présenté à FAT, a connu une ascension fulgurante dans le sillage de ce dernier. Il jouit d’une réelle popularité au sein de la communauté musulmane. Sur les rives de l’Oubangui, les paris sont lancés et les plans s’échafaudent.

Jeune Afrique

Laisser un commentaire