TENTATION DU 3EME MANDAT AU SENEGAL : Et si Macky Sall tirait leçon d’Abdoulaye Wade ?

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TENTATION DU 3EME MANDAT AU SENEGAL : Et si Macky Sall tirait leçon d’Abdoulaye Wade ?

 

A moins d’un an de la présidentielle de 2024, l’atmosphère sociopolitique est des plus électriques et des plus délétères au Sénégal. Et les couteaux semblent déjà tirés entre le pouvoir et l’opposition qui est sur le pied de guerre et qui voit dans les ennuis judiciaires de son mentor, le bouillant leader du Pastef, Ousmane Sonko, une cabale politique visant à l’éliminer de la course au fauteuil présidentiel. Comment peut-il en être autrement quand, à quelques encablures de l’ouverture officielle de sa succession, le président Macky Sall continue d’entretenir le flou sur ses intentions ? Et ce n’est certainement pas sa récente sortie médiatique dans laquelle il affirme qu’il n’y a pas d’obstacle constitutionnel à ce qu’il brigue un troisième mandat, qui risque d’apaiser les tensions. C’est dire si la tentation du troisième mandat semble profondément ancrée dans l’esprit du président sénégalais. Et tout porte à croire qu’avec une telle déclaration qui tend à préciser un peu plus ses intentions, et qui ne manque pas de créer la polémique, il avance à pas calculés, en attendant de tomber le masque au moment opportun.

 

Le risque est grand que le Sénégal tombe dans la controverse de la légalité et de la légitimité de sa candidature

 

Une attitude qui n’est pas sans risques ni périls tant elle n’est pas de nature à rassurer ceux de ses compatriotes, et Dieu seul sait s’ils sont nombreux, qui pensent qu’à l’issue de son second mandat, il est constitutionnellement disqualifié pour en briguer un autre. Le débat est donc ouvert. Et le risque est grand que le Sénégal tombe dans la controverse de la légalité et de la légitimité de sa candidature, avec tous les risques de dérapages et de violences que l’on a pu voir par ailleurs, en pareilles circonstances.  C’est dans ce contexte qu’une centaine d’intellectuels composés, entre autres, d’universitaires, d’écrivains, de journalistes du Sénégal et d’ailleurs, ont interpellé le chef de l’Etat, à travers une tribune, sur la « violation des droits » et « l’instrumentalisation de la Justice ». Une façon, comme une autre, d’interpeller le président Macky Sall sur les dérives de son pouvoir tout en l’appelant au respect des libertés individuelles et collectives de ses compatriotes. Venant d’une telle catégorie de citoyens qui, de surcroît, disent s’exprimer « par-delà leurs divergences et différences idéologiques, politiques et culturelles », c’est un message que le président Macky Sall gagnerait à prendre au sérieux. Car, il y a des raisons de croire qu’il repose sur des fondements qui vont au-delà de certaines considérations partisanes. En tous les cas, pour autant que cette interpellation soit dénuée de tout calcul politique, on ne pourra pas faire le reproche à ces intellectuels de n’avoir pas tiré la sonnette d’alarme. Une alerte qui n’est pas loin de ressembler à un avertissement sans frais pour le natif de Fatick. Car, tout porte à croire que toutes ces agitations frénétiques de l’opposition sénégalaise, qui contribuent à la crispation de l’atmosphère sociopolitique au pays de la Teranga, tirent leur source des intentions que l’opposition prête, à tort ou à raison, au successeur de Abdoulaye Wade, de chercher à prolonger son bail à la tête de l’Etat sénégalais.

 

Le chef de l’Etat sénégalais doit savoir raison garder

 

Mais quand on sait comment Gorgui* s’est cassé les dents dans sa volonté de ruser avec son peuple, on se demande si Macky Sall ne gagnerait pas à tirer leçon de la déconvenue de son prédécesseur. Car, même si la jurisprudence Wade devait jouer en sa faveur pour la validation de son éventuelle candidature, dans le silence de sa conscience, Macky Sall devrait d’abord s’interroger sur la portée de son acte et mesurer les conséquences auxquelles il expose son pays, en plus du risque de gonfler les rangs de ses contempteurs. Car, rien ne dit que le Sénégal ne revivra pas les mêmes scènes de violences qui avaient vu la place de l’Obélisque de Dakar s’enflammer en 2012, lorsque la Cour constitutionnelle avait validé la candidature d’Abdoulaye Wade pour un troisième mandat. La suite se passe de commentaire puisque Abdoulaye Wade avait subi l’humiliation de la défaite, battu à plate couture au deuxième tour de la présidentielle par son ancien Premier ministre, un certain…Macky Sall. C’est dire si le chef de l’Etat sénégalais doit savoir raison garder. Car, les mêmes causes produisent souvent les effets et ça n’arrive pas seulement qu’aux autres. Et puis, il ne peut pas avoir mené un tel combat en dénonçant au passage avec ses camarades de l’opposition d’alors, le « tripatouillage constitutionnel » de son prédécesseur et vouloir emprunter aujourd’hui le même chemin tortueux qui n’est autre que celui des fossoyeurs de la démocratie. En tout état de cause, le peuple sénégalais est loin d’être amnésique. Et il a déjà prouvé à souhait qu’il sait prendre ses responsabilités quand la situation le recommande, pour affirmer sa souveraineté. A bon entendeur…

« Le Pays »  

 

 *Gorgui : « le Vieux » en Wolof. sobriquet donné à Abdoulaye Wade.

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