TENSIONS PREELECTORALES AU SENEGAL   :  Il faut craindre le pire

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TENSIONS PREELECTORALES AU SENEGAL   :  Il faut craindre le pire

A quelque sept semaines des législatives du 31 juillet prochain, l’atmosphère sociopolitique est chargée de souffre au Sénégal. Pour cause, l’invalidation de la liste nationale de titulaires de la coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi, confirmée par le Conseil constitutionnel. Avec pour conséquence, la mise à l’écart de la compétition électorale, de figures emblématiques de l’opposition dont Ousmane Sonko, candidat malheureux à la présidentielle de 2019 arrivé troisième, et  déjà déclaré à la succession de Macky Sall en 2024. Une décision jugée « illégale » et « inacceptable » par l’opposition qui  parle de « violation flagrante de la loi ». Celle-ci avait donné rendez-vous à ses militants dans la rue, le 8 juin dernier, pour « dénoncer cette énième forfaiture du pouvoir ». C’est donc une capitale sénégalaise sous haute tension, qu’il a été donné de voir, pour ce qui apparaissait bien avant la manifestation, comme le mercredi de tous les dangers. L’enjeu étant les législatives du mois prochain, qui cristallisent les passions entre l’opposition et le pouvoir. Mais attention au réveil des démons assoupis!

Il suffit parfois d’une petite étincelle pour que le pays tout entier s’embrase

D’autant qu’au moment où l’opposition appelait ses militants à manifester, le pouvoir sonnait de son côté la mobilisation de ses troupes. En tous les cas, les violences meurtrières de l’année dernière où une douzaine de Sénégalais avaient perdu la vie dans les violences consécutives à l’arrestation de la figure montante de l’opposition, Ousmane Sonko, sont suffisamment fraiches dans les mémoires pour rappeler qu’il suffit parfois d’une petite étincelle pour que le pays tout entier s’embrase au point de se retrouver au bord du chaos. C’est dire combien il est justifié  de nourrir des inquiétudes pour la paix sociale au pays de la Teranga. Car,  si ce qui apparaissait comme une banale affaire judiciaire de mœurs peut prendre les allures d’une affaire d’Etat, Dieu seul sait où ces contestations pré-électorales peuvent conduire le Sénégal où la confiance ne semble pas la chose la mieux partagée entre les acteurs politiques. L’opposition soupçonnant le pouvoir d’instrumentaliser certaines institutions de la République à son profit. Surtout que dans le cas d’espèce, le chef de l’Etat, Macky Sall, continue d’entretenir le flou sur les intentions de troisième mandat que lui prête l’opposition. De quoi en rajouter à la crispation de l’atmosphère sociopolitique et à la suspicion des contestataires qui ne sont pas loin de voir derrière ces disqualifications, des manœuvres du pouvoir à l’effet de déblayer le terrain pour son champion. C’est pourquoi l’on peut saluer la décision de la Justice sénégalaise qui, pour éviter les amalgames, a pris l’option de différer le délibéré de certaines affaires judiciaires mettant en cause des personnalités politiques, en le programmant après les élections, pour ne pas être accusée de biaiser la compétition électorale voire de parti pris.

Il est temps d’assainir le jeu politique

Pour en revenir à la marche d’hier qui se voulait « pacifique », le principal défi, pour l’opposition, était celui de la mobilisation dès lors que la manifestation a été autorisée par l’autorité. Une mobilisation qui sonnait comme un premier test grandeur nature devant préfigurer de la campagne électorale à venir. Quant au fond du problème, à savoir l’invalidation de la liste de Yewwi Askan Wi, on se demande si l’opposition continuera à tirer sur la corde du Conseil constitutionnel. Mais d’ores et déjà, l’on peut craindre qu’avec ces récriminations de l’opposition qui crie à l’arbitraire, le Sénégal ne plonge dans un cycle infernal de violences en raison des enjeux. Surtout si la décision de la Cour constitutionnelle reste sans appel, et doit conduire à une impasse politique.  L’opposition se voyant privée de ses meilleurs atouts là où les principaux candidats de la majorité restent encore en course. En tout état de cause, il faut savoir raison garder et en toute chose, privilégier l’intérêt supérieur de la nation. S’il y a lieu d’aller à un compromis politique pour désamorcer la crise, aucun sacrifice, dit-on, n’est de trop pour sauver la paix sociale. Mais il appartient au peuple sénégalais de ne pas se laisser prendre en otage par une classe politique qui est d’abord et avant tout mue par ses propres intérêts. Dans le cas d’espèce, le Sénégal qui est perçu comme l’une des vitrines de la démocratie sur le continent, a une réputation à défendre. C’est dire s’il est temps d’assainir le jeu politique. Car, il est condamnable d’instrumentaliser des institutions pour écarter des adversaires politiques. Mais si l’opposition sénégalaise a fait preuve de légèreté dans la composition de sa liste, il serait inconvenant qu’elle veuille aujourd’hui se prévaloir  de ses propres turpitudes.   

« Le Pays »

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