TENSIONS OPPOSITION/POUVOIR A DAKAR : Le Sénégal est-il en train de vendanger ses acquis démocratiques ?

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TENSIONS OPPOSITION/POUVOIR A DAKAR : Le Sénégal est-il en train de vendanger ses acquis démocratiques ?

Finalement, l’opposition réunie au sein de la coalition  Yewwi Askan Wi, cornaquée par Ousmane Sonko, a reporté sa manifestation du 29 juin dernier, par ailleurs interdite par le préfet de Dakar. Mais le problème reste entier. Car, depuis plusieurs jours, l’opposition sénégalaise croise le fer avec le pouvoir du président Macky Sall pour protester contre l’élimination de celui qui passe aujourd’hui comme son leader, de la course pour la conquête des 165 sièges de députés. Cette invalidation de la candidature d’Ousmane Sonko au scrutin législatif prévu pour se tenir le 31 juillet prochain, s’est faite sous de fortes suspicions  de l’opposition sénégalaise, de voir le chef de l’Etat manœuvrer pour se maintenir au pouvoir pour un troisième mandat. Depuis lors, le pays de la Teranga s’enfonce un peu plus dans une crise socio-politique avec le risque de vendanger tous ses acquis démocratiques. Le Sénégal, faut-il le rappeler, constitue pour le continent africain, un phare démocratique avec tout ce que cela comporte comme gains en termes de stabilité politique favorable au développement économique et de prestige dans le concert des nations.  

La faute de départ incombe à l’opposition

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les responsabilités sont partagées dans cette détérioration de la météo socio-politique au Sénégal, même si l’essentiel des charges pèse sur l’opposition. En effet, nul ne peut dénier le fait que la faute de départ incombe à l’opposition qui, selon ses propres mots, a commis « une faute d’inattention » dans la confection de ses listes électorales et qui, par conséquent, a subi toute la rigueur de la loi en voyant une partie de ses candidatures invalidées. On peut, de ce fait, dire que Ousmane Sonko et ses camarades ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes. En insistant d’ailleurs pour ériger la faute, en règle, l’opposition sénégalaise file du mauvais coton. Non seulement elle fait comprendre aux Sénégalais que la force prime la loi, mais elle met aussi les intérêts personnels de certains de ses membres au-dessus de l’intérêt général qu’est l’ordre républicain. Au passage, elle affaiblit les institutions de la République qu’elle peut d’ailleurs être appelée à animer demain. L’on pourrait, de ce fait, affirmer qu’en campant dans la rue pour une cause qui n’est ni juste ni légale, l’opposition sénégalaise se tire une balle dans le pied.  Mais même si l’on peut charger les responsables des coalitions Yewwi Askan Wi et Guédiawaye de tous les péchés, il n’en demeure pas moins que le pouvoir sénégalais est aussi comptable de la dégradation de l’atmosphère politique dans le pays.  

Le régime de Macky Sall aurait pu ouvrir un cadre de dialogue politique avec l’opposition 

En effet, c’est lui qui est garant de la paix sociale dans le pays et l’on peut déplorer qu’il se soit laissé entraîner dans le jeu de l’opposition qui, cela est de bonne guerre en politique, vise à pourrir le mandat de Macky Sall pour provoquer en sa faveur, l’alternance politique.  En se prêtant donc à ce jeu de radicalisation des positions, il a apporté de l’eau au moulin de Ousmane Sonko qui a le beau rôle de se présenter comme un martyr et qui, au passage, en profite pour noyer ses déboires judiciaires. C’est pourquoi, tout en ayant la main ferme dans l’application des lois de la République, le régime de Macky Sall devrait prendre le soin de l’envelopper d’un gant de velours. Il aurait donc pu ouvrir, dans cette dynamique, un cadre de dialogue politique avec l’opposition pour ramener le débat qui se mène aujourd’hui dans la rue, dans des enceintes démocratiques. Mieux, pour établir des relations de confiance avec son opposition, Macky Sall devrait lever le voile sur l’intention qu’on lui prête de manœuvrer pour briguer un troisième mandat. Non seulement il embellirait ainsi son image de démocrate, mais il couperait aussi l’herbe sous les pieds de ses détracteurs et cela, dans l’intérêt de tout le peuple sénégalais. Et, il n’est pas encore tard de le faire pour désamorcer cette crise qui pourrait s’exacerber avec des élections législatives violentes et contestées. Faut-il le rappeler, la coalition Yewwi Askan Wi menace de boycotter le scrutin à venir si elle n’est pas entendue dans ses revendications.  En tout état de cause, c’est le moment de freiner cette course en roue libre vers l’abîme dans laquelle s’est lancé le pays et l’on ne pourra y parvenir que si chaque protagoniste de cette crise met un peu d’eau dans son thé. Car, il faut le dire, aucun sacrifice n’est de trop pour préserver la paix au Sénégal. Et comme il est de bonne tradition en Afrique, il faut que les puissantes forces morales du pays de la Teranga s’engagent dans une médiation afin de rapprocher les positions qui se sont radicalisées. Parallèlement, les institutions sous- régionales, notamment la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), devraient se mettre en branle pour éviter tout dérapage dangereux plutôt que d’attendre pour intervenir en sapeurs-pompiers ou en médecins après la mort, comme l’on a parfois pu le constater ailleurs. 

« Le Pays »    

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