SORTIE DE SUCCES MASRA SUR LA MORT DE L’OPPOSANT TCHADIEN YAYA DILLO  : Un pilote tyran peut-il atterrir sur un aéroport de la démocratie ?

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En visite en France après un séjour aux Etats-Unis, le Premier ministre tchadien, Succès Masra, s’est prononcé sur la mort de l’opposant Yaya Dillo, président du Parti socialiste sans frontières (PSF). Sur les ondes de la Radio France internationale (RFI), le chef du gouvernement a annoncé qu’une enquête de « type international » serait ouverte pour situer les responsabilités dans cette affaire. Tout en exprimant ses regrets quant à la mort de l’opposant, il a décrit la situation actuelle comme étant une nouvelle zone de turbulences durant cette période de Transition, rappelant ainsi indirectement les évènements survenus en octobre 2022. Il s’agit, en effet, du massacre du 20 octobre qui, on s’en souvient, avait coûté la vie à plus de cent Tchadiens. Dans la même interview, l’ancien opposant au régime de la Transition devenu chef du gouvernement après son retour d’exil, se dit également « déterminé à atteindre l’aéroport de la démocratie aux côtés du président de la Transition », et ce, en dépit des zones de turbulences. Rien que de la poudre que Succès Masra jette aux yeux de ses compatriotes, est-on tenté de dire. Il peut toujours rêver, étant donné que lui-même ne croit pas en ce qu’il dit. En fait, le farouche opposant d’il y a deux ans de cela, ne fait que jouer au griot parce qu’étant aux affaires et n’ayant plus de marge de manœuvre.

 

En âme et conscience, Succès Masra   sait que la démocratie aujourd’hui au Tchad, est une chimère

 

Autrement dit, il a scellé son destin depuis le deal passé avec Deby fils, qui lui a permis de regagner le bercail après plus d’un an d’exil. « Une enquête de type international », dans un pays où le président règne en autocrate, il est évident qu’elle n’aboutira jamais. Si enquête internationale il y a, elle devrait aussi concerner le triste évènement du 20 octobre 2022, où lui, alors opposant, avait appelé les Tchadiens qui croyaient encore en lui, à manifester pour protester contre la prolongation de la transition. En tout cas, il rendrait justice à ces centaines de victimes s’il usait de sa nouvelle position pour demander une enquête, ne serait-ce que nationale, sur ce massacre. De toute évidence, si, pour près de 200 morts, il n’y a pas eu d’enquête, ce n’est pas pour la mort d’un seul individu qui, a fortiori, dérangeait un pouvoir qui veut régner sans partage, qu’il y en aura une.  En réalité, le co-pilote de « l’avion tchadien », le leader du parti « Les Transformateurs », qui a accepté, le 1er janvier 2024, d’enjamber des morts pour se retrouver à la Primature, se trouve aujourd’hui dans une position où il est obligé de défendre le régime auquel il appartient désormais. Et quand il déclare qu’il reste déterminé à atteindre « l’aéroport de la démocratie » aux côtés du président de la Transition, on peut se demander « si un pilote tyran peut atterrir sur un aéroport de la démocratie  ».  En âme et conscience, l’ancien cadre de banque sait que la démocratie aujourd’hui au Tchad, et au regard même de l’évolution de la situation socio-politique, est une chimère.

 

Edoé MENSAH-DOMKPIN

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