Sahel : Quand la démocratie prend des coups en lieu et place de la mal gouvernance

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Idée souvent reprise ces derniers temps, la situation de crise de certains pays africains, notamment sahéliens, serait imputable à la supposée inadaptation de la démocratie aux réalités locales. En décrétant l’inadaptation de la démocratie aux sociétés africaines, on se trompe de cible et on assigne à « la Démocratie » les tares d’une mal gouvernance que l’on évite d’indexer. Quelqu’un a dit, à juste titre, que « les Africains ne peuvent juger de l’efficacité de la démocratie car ils ne l’ont pas encore rencontrée ». En effet, rares sont les pays africains dont les peuples vivent réellement dans un système démocratique obéissant aux standards des pays dits démocratiques.
Le label « démocratique » est aussi généreusement qu’indûment octroyé à certains pays sur la seule base d’éléments de façade discutables, réduits au caractère civil d’un régime et à l’organisation d’élections, pourtant notoirement irrégulières. La concordance des pratiques politiques aux standards démocratiques les plus souvent exigés ailleurs ne semble pas constituer une condition sine qua non dans moult pays d’Afrique. Les éléments constitutifs d’une véritable vie démocratique sont ignorés et bafoués sans que cela n’entache l’étiquette de démocratie facilement accordée.
Cette distorsion entre la réalité de la mal gouvernance vécue par les peuples et l’image de démocratie que leur envoie la communauté internationale concernant leur pays, constitue un des éléments de compréhension du désordre actuel et du rejet d’une Démocratie devenue de fait synonyme de mal gouvernance. En pervertissant ainsi l’esprit démocratique et les valeurs intrinsèques qui le constituent, les faiseurs d’opinion mondiale retardent l’accès de certains peuples au seul mode d’organisation qui permette de vivre libre et en paix dans un environnement respectueux des droits de chacun.
Le tort de « la Démocratie à l’africaine » est qu’elle sert souvent d’alibi à une mal gouvernance qui se traduit par une négation des valeurs et pratiques constitutives d’une véritable vie démocratique. Cela se traduit par les raccourcis auxquels nous assistons aujourd’hui de la part de nombre d’observateurs démunis face à une confusion qu’ils essaient d’expliquer avec des outils inadaptés.
Dans des pays où le taux d’alphabétisation est souvent très faible et composés d’une multitude de nationalités, organiser une vie démocratique constitue un défi qui nécessite discernement et volonté politique. Or, la plupart des élites africaines font preuve d’une indéniable paresse intellectuelle à se défaire des recettes proposées par les anciennes puissances coloniales. Lorsqu’elles n’en abusent pas à leur propre profit…Très peu de pays ont cherché véritablement à adapter leur mode de gouvernance aux réalités de leurs peuples. Le vote ethnique et le poids de la misère, qui induisent l’achat de conscience comme une évidence, constituent des freins à l’avènement d’une culture démocratique à même de traduire réellement la volonté des populations.
La loi de la majorité, fondement de tout processus démocratique, ne saurait être pertinente dès lors que cette majorité se constitue non pas autour d’idées ou de projets politiques mais sur la base de considérations ethniques et de clientélisme. Aucune communauté n’est légitime à en dominer une autre par le nombre dans un espace qu’elles n’ont pas volontairement décidé de partager. Le poids démographique, réel ou supposé d’une communauté, ne saurait légitimer l’accaparement de l’Etat et de ses moyens au détriment des communautés présentées souvent arbitrairement comme minoritaires. Tant que les pays sahéliens, pour s’en tenir à eux, n’auront pas résolu les problèmes liés à leurs propres réalités, ils ne pourront espérer de stabilité et leur pérennité sera mise à l’épreuve.
Abdoulahi ATTAYOUB
Consultant
Lyon (France) 30 septembre 2023

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