Révélation : RCA-Justice: Grand scandale de la session criminelle de décembre 2018

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La dernière session criminelle de l’année 2018 qui prend fin demain 20 décembre va laisser un goût amer notamment sur au moins une affaire dont «Affaire Ministère public et Famille Siolo contre Edouard Ayébina et Wilfried Balanga», deux ripoux présumés auteurs d’un crime perpétré en janvier 2016 sur la personne du jeune James Jackson Siolo, 29 ans à l’époque, très connu sous le surnom de «Jimmy ». L’affaire a été renvoyée lors de la précédente session criminelle à la présente session qui tire à sa fin, motif pris par le représentant du Ministère public à savoir: la présence des deux policiers mis en cause était obligatoire pour une justice équitable, car les accusés auraient été en cavale. Et séance tenante, il avait été ordonné l’arrestation forcée des deux auteurs présumés de ce crime et leur garde à vue jusqu’à leur comparution devant la barre. Mais à quoi a-t-on assisté hier mardi 18?
Rappel des faits
Dans la soirée du 17 janvier 2016 sur l’avenue des Martyrs précisément en face de l’Ecole Inter-Etats des Douanes (EIED) de la CEMAC, la famille Siolo à bord d’un véhicule personnel et revenant d’une visite familiale, va se voir stopper devant un cheikh point de la police érigé audit lieu par une équipe de la Compagnie nationale de sécurité (CNS). En bon citoyen, le chauffeur de la voiture s’est arrêté et a présenté toutes les pièces du véhicule demandées par l’agent de police. Tout était complet, aucune pièce ne manquait.
Bizarrement, au lieu de laisser le véhicule et ses passagers continuer leur chemin, le policier va retarder la restitution des pièces du véhicule pendant des minutes voire presque une heure de temps, selon le témoignage du conducteur du véhicule qui est le frère ainé de celui qui sera fauché par les Policiers. Le propriétaire et conducteur du véhicule est un agent de banque. Allons-y comprendre le reste !
On sait en effet que les policiers en contrôle routier veulent toujours avoir quelque chose sur les gens qu’ils appellent communément « a zo ti kota nguinza » (c’est-à-dire «les gens de gros sous»), et que tous les gens employés dans une banque, qu’ils soient plantons ou chauffeurs, sont assimilés à de grands argentiers par ces ripoux. Ainsi, le simple fait que la carte grise du véhicule fait mention du propriétaire qui travaille dans un établissement bancaire de la place a attiré les appétits du policier en tenue à la recherche d’espèces sonnantes et trébuchantes, telle une hyène (ou un charognard) en quête d’un corps d’homme ou d’animal en putréfaction.
Plus de 45 minutes passées à attendre alors qu’il y avait des enfants dans la voiture à amener à la maison, les deux frères Silo vont descendre du véhicule et de se rapprocher de l’agent, afin de s’enquérir des raisons de cette lenteur dans le contrôle d’un seul dossier qui était pourtant en règle. Mais c’est mal connaître les policiers de ce moment, manifestement des hommes qui ne respectent pas les droits des citoyens et la loi. La réponse du policier Edouard Ayébina a été plus farouche et menaçante: «C’est toi qui veux m’apprendre mon travail? Dis-donc, sale idiot que tu es !», lance-t-l en direction de Jimmy Siolo. Ce dernier n’a eu que le temps de dire à son faux adversaire qu’en tant que policier, il n’a pas le droit d’insulter un citoyen en le traitant d’idiot dans la rue et devant ses enfants, que le rôle du policier c’est d’éduquer, qu’il sait que toutes les pièces du véhicule sont là et en règle, sauf à lui prouver le contraire.
Cette petite leçon de civisme qui n’est qu’une réaction normale d’un citoyen bien éduqué et civilisé va monter Ayébina et Balanga dans leurs egos pour pointer Jimmy avec leurs armes, ce qui a fait réagir des passants. Confus, Ayébina baisse son sélecteur et menace de coups de poing Jimmy qui recule. Juste à ce moment, un camion passait derrière et c’est là que les deux policiers vont acculer Jimmy pour in fine le pousser devant le camion. James Jackson Siolo alias Jimmy va ainsi se faire heurter par le camion et achève sa course sous le camion qui, brusquement, stoppera sa vie devant l’impuissance de sa famille et ses enfants qui étaient témoins des faits. Jimmy est mort brutalement. Par la cupidité et la méchanceté des policiers nommés Edouard Ayébina et Wilfried Balanga. L’histoire l’a déjà retenu même si une certaine justice cherche à occulter l’affaire. Et comment?
Une parodie de procès
Face à ce crime que rien ne justifie, la famille Siolo va saisir la justice qui va dans un premier temps interpeller les deux suspects. Mais comme la RCA est un Etat de droit sur papier, les choses ne se passeront pas comme cela se doit. Les deux criminels présumés seront affectés en provinces, à l’abri des yeux des parents du défunt. Et on va prétexter qu’ils se sont évadés. Depuis deux ans, le procès attendu ne se tient pas. Mais les parents et les avocats du défunt ne démordent pas. Ils tiennent à la justice et font confiance à la justice de leur pays.
Au nom de la lutte contre l’impunité dont les autorités politiques et judiciaires centrafricaines (surtout le parquet) déclarent mener, les avocats et parents du défunt Jimmy Siolo se sont battus pour que l’affaire ne soit pas oubliée et qu’un procès juste et équitable se tienne. Malheureusement, le même parquet va affirmer que les deux policiers sont en cavale, ce malgré les preuves apportées par Me Mathias Morouba, un des avocats de la partie civile, que les coupables présumés ne sont pas en cavale mais en plein exercice de leurs fonctions. Pour preuve, les récents mouvements au sein de la Police confirment que le policier Edouard Ayébina est affecté à Bayanga dans la Sangha-Mbaéré, alors que son acolyte Wilfried Balanga est à Bangui. Preuve irréfragable. Mais…suivez mon regard.
Ce qui fait problème dans cette affaire c’est qu’un magistrat a osé déclarer que «les policiers sont des bras séculiers de la justice» (sic). Doit-on comprendre par là qu’on ne doit pas faire comparaitre par force un policier auteur de crime devant cette même justice? Y aurait-il une catégorie des agents publics ou des citoyens au-dessus de la loi, qui doivent donc jouir d’impunité? Sinon, comment comprendre qu’au moment où le gouvernement cherche à mettre fin au règne de l’impunité et de la barbarie, des magistrats continuent de protéger des criminels par leurs propos et comportements compromettants et justicides?
Ce mardi 18 décembre, pendant que la famille Siolo suivait en direct à la radio nationale le déroulement de la session criminelle, elle a eu la grande et désagréable surprise d’écouter que le dossier de l’affaire du meurtre de Jimmy était retenu pour débat, alors que ni les avocats de la partie civile ni les plaignants n’ont été notifiés de cela, eux à qui la même justice a déclaré au tout début de la présente session que le procès n’aura pas lieu parce que les accusés sont en cavale, qu’ils ne sont pas encore trouvés pour être arrêtés. Un procès criminel sans une notification au préalable aux parties concernées et notamment la partie civile? Quelle histoire ! Voilà pourquoi la partie civile a dénoncé cette mascarade de procès qui fait la honte de l’institution judiciaire centrafricaine.
« Le parquet était paradoxalement ferme dans sa décision que le procès se tienne sans les policiers qui ont tué Jimmy, voire sans nous les plaignants, sans même les témoins et nos avocats, ce qui nous a amené à quitter la salle dans la grande désolation », rapporte un parent du défunt Jimmy.
« On a toujours cru que le parquet, en tant que représentant du Ministère public, était toujours du coté des victimes. Mais cette fois-ci, on est abasourdi. C’est le monde à l’envers », déplore un professionnel du droit présent dans la salle d’audience ce mardi 18 décembre. Car, comment justifier qu’une justice juste et équitable se déroule sans toutes les parties en présence? Vive la « rupture » à la Touadéra dans la continuité dans la bozizie.
Et le scandale judiciaire de ce mardi est le fait que « le procureur, dans son réquisitoire, a requis la condamnation des deux policiers criminels à deux (2) ans et une amende de 100.000 FCFA ‘’CENT MILLE FCFA’’» (sic), rapporte un autre Siolo, la mort dans l’âme. « Qui a demandé ce dommage et intérêt? », s’insurge un autre membre de la famille du défunt Jimmy. Et c’est la consternation même au sein de la famille judiciaire dont certains n’ont pas caché leur déception face à ce qu’ils appellent « une parodie de justice » (sic).
«C’est scandaleux, lance un de ceux qui ont suivi le procès de bout en bout. C’est ce genre de comportement qui pousse les gens à opter pour la justice privée parce que la justice officielle ne dit pas le droit. On n’a pas besoin d’être magistrat ou juriste pour savoir que les policiers criminels sont couverts d’impunité. On n’est donc pas étonné que la violence continue de nos jours et que les citoyens préfèrent la justice populaire au détriment la justice des plus forts et des plus riches », lance en colère un jeune qui se dit avoir été victime de ce genre de situation.
Nos efforts pour avoir la version des autorités judiciaires compétentes ayant été vaines ce mardi, nous promettons à nos lecteurs de revenir sur ce dossier après avoir enregistré la réaction du président de la séance et du représentant du Ministère public à propos.
Affaire à suivre.
Damoclès Diriwo, MEDIAS+

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