RETRAIT DES FORCES MALIENNES DU G5-SAHEL  : Goïta ne se tire-t-il pas une balle…dans la godasse ?

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RETRAIT DES FORCES MALIENNES DU G5-SAHEL  : Goïta ne se tire-t-il pas une balle…dans la godasse ?

Un mois après avoir annoncé son retrait du G5 Sahel, le Mali veut passer de la parole à l’acte. C’est ainsi que Bamako vient de donner des instructions dans le sens d’un désengagement, dans les tout- prochains jours, de ses soldats affectés au sein de la force conjointe. Une force d’un peu plus de 5 000 hommes comprenant aussi des militaires burkinabè, nigériens, mauritaniens et tchadiens, tous engagés dans la lutte contre le terrorisme qui demeure le principal objectif de l’organisation. C’était le 14 juin dernier, à travers une note du chef d’Etat-major des armées maliennes, actant la fin de l’engagement des 1400 soldats maliens sur les différents théâtres d’opérations du G5 Sahel. Dans la foulée, des dispositions ont été prises pour le rapatriement des soldats opérant dans les pays voisins, notamment en Mauritanie et au Niger, et le redéploiement de ceux évoluant au Mali même, dans leurs unités d’origine.  Le moins que l’on puisse dire, c’est que Bamako en avait vraiment gros sur le cœur de se voir refuser la présidence tournante de l’organisation régionale ; toute chose qui est humainement compréhensible et qui a valu ce claquage tonitruant de porte.

L’histoire a suffisamment montré qu’aucun pays, pris individuellement, n’est capable de venir à bout de l’hydre terroriste

Mais si l’on peut comprendre l’agacement et le coup de sang du locataire du palais de Koulouba, la question reste de savoir si ce retrait du Mali de la force conjointe est la solution. En décidant de se la jouer désormais solo, le colonel Assimi Goïta ne se tire-t-il pas une balle…dans la godasse ? L’histoire nous le dira. En attendant, c’est un acte qui ne manque pas d’interroger. En effet, il y a de quoi se demander si le seul argument du refus de la présidence, était suffisant pour justifier un tel retrait qui pourrait être lourd de conséquences pour le Mali et les autres pays de ce regroupement militaire, qui devront apprendre à se réorganiser autrement. La question est d’autant plus fondée que l’histoire a suffisamment montré qu’aucun pays, pris individuellement, n’est capable de venir à bout de l’hydre terroriste. Dans quelle logique sont alors  les autorités intérimaires de Bamako, en portant ce coup de Jarnac au G5 Sahel qui, au-delà de ses graves insuffisances, était le symbole de la solidarité des communautés du Sahel frappées par un même destin funeste. Est-ce dans l’intérêt supérieur du Mali ou une réaction guidée par l’émotion et l’orgueil de dirigeants en manque de reconnaissance internationale, dans le but de faire mal aux autres partenaires ? Seuls les intéressés pourraient répondre à cette question. Mais si Bamako estime que le G5-Sahel est une coquille vide, il peut effectivement se poser la question de la nécessité de continuer à y garder des soldats qui pourraient être utiles sur d’autres champs d’opérations. Mais dans la même logique, si le G5-Sahel est une coquille vide, pourquoi se frustrer de s’en voir privé de la présidence ? En attendant, attention à ne pas faire le jeu des terroristes !

Cette décision de retrait de Bamako ne sonne rien d’autre que le chant du cygne pour le G5-Sahel 

Car, si tous les pays devaient suivre son exemple en retirant leurs troupes du Mali, cela ne ferait que le jeu de l’ennemi commun qui profite déjà suffisamment de nos faiblesses  pour appuyer là où ça fait mal. C’est dire si Bamako aurait sans doute mieux trouvé que de briser cette dynamique de groupe en scellant de la sorte la mort de cet instrument de lutte contre le terrorisme qui est loin d’avoir dit son dernier mot. Certes, le G5-Sahel, pensé et conçu au départ pour casser du terroriste, a été brisé dans son élan pour les difficultés de financement que l’on sait. Mais de là à mettre en doute son utilité et sa raison d’être sur toute la ligne, il y a peut-être un pas qu’il n’aurait pas fallu franchir. Car, le problème du G5-Sahel est une question d’organisation pour trouver le nerf de la guerre afin de le rendre pleinement opérationnel. C’est un défi qui n’est pas insurmontable, pour peu que les têtes pensantes de ce regroupement stratégique se montrent suffisamment imaginatives en cessant de reposer tous leurs espoirs sur des bailleurs de fonds dont les intérêts sont visiblement ailleurs. En tout état de cause, cette décision de retrait de Bamako ne sonne rien d’autre que le chant du cygne pour le G5-Sahel. Une décision qui isole davantage le Mali toujours sous le coup des sanctions de la CEDEAO et aussi en froid avec de nombreux partenaires occidentaux. C’est à croire que désormais, Bamako ne compte plus que sur le partenaire russe pour mener sa campagne anti-djihadiste. En attendant de voir si l’histoire donnera raison ou tort à Assimi Goïta, avec ce retrait de Bamako, la Mauritanie se trouve coupée du reste du peloton. Mais à y regarder de près, ce pays a plus ou moins déjà su juguler le péril terroriste et ne devrait pas, en principe, trop pâtir de la situation.  A présent, il appartient au Burkina, au Niger et au Tchad de trouver la formule pour faire fonctionner, avec leurs partenaires, l’axe Ouagadougou-Niamey-Ndjamena, dans un G3 qui aurait toute sa raison d’exister, étant donné que seule la mutualisation des forces dans une synergie d’action, peut permettre de venir à bout de la bête immonde.

« Le Pays »

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