REPRISE DES HOSTILITES ENTRE L’ARMEE MALIENNE ET LES GROUPES REBELLES DU NORD  : la paix sera-t-elle au bout du fusil ?  

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Après des semaines de tensions croissantes et plusieurs heures de combats intenses, les forces armées maliennes ont fini par dégager, le 7 octobre dernier, la Coalition des mouvements armés indépendantistes à dominante touareg, de la ville stratégique d’Anéfis, quasiment vidée de sa population. C’est une victoire d’étape importante d’autant qu’elle pourrait ouvrir le boulevard aux FAMa pour la reconquête de la tristement célèbre bourgade d’Aguelock, de la commune berberophone de Tessalit et surtout de la ville de Kidal, passée sous le contrôle de la rébellion depuis le déclenchement du conflit il y a une dizaine d’années. C’est bon pour le moral des troupes et pour la campagne de propagande au profit du gouvernement de la transition, mais la victoire sur la coalition rebelle qui joue son va-tout, est loin d’être acquise, surtout si on pense aux différents revers subis par l’armée malienne dans plusieurs localités du Nord et du Centre depuis la reprise des hostilités le mois dernier.

 

On voit déjà les prémices de cet enchevêtrement lourd de conséquences

 

Il est peu probable, en effet, que les Touaregs des régions septentrionales du Mali, déposent les armes malgré la maîtrise du ciel et la puissance de feu des forces terrestres maliennes, et abandonnent du coup leur proto-Etat de l’Azawad dans les mains des autorités de Bamako qui n’en demanderaient pas plus. Autant dire qu’on est reparti pour une longue période d’affrontements sanglants et segmentaires entre les protagonistes, qui va davantage déglinguer cet Etat malien qui peine déjà à endiguer la progression des groupes djihadistes au Nord et au Centre du pays. Le risque est grand, en effet, de voir les indépendantistes nouer, comme en 2012, une alliance de circonstance avec les terroristes d’Iyad Ag Ghali et d’Amadou Koufa et de former ainsi un conglomérat de groupes armés qui rivaliseront de violence et de détermination contre une armée malienne gonflée à bloc par la quantité extraordinairement élevée de ses équipements, et surtout par le soutien populaire dont elle bénéficie dans cette guerre pour l’intégrité  territoriale et la souveraineté du Mali. On voit déjà les prémices de cet enchevêtrement lourd de conséquences, avec l’hypothèse d’une alliance avec les terroristes émise par le porte-parole des rebelles, et par l’appel du chef de l’ancienne rébellion touarègue du Niger, Rhissa Ag Boula, à ses frères des pays limitrophes, pour aller faire feu aux côtés des Azawadiens contre « l’armée d’occupation du Mali et leurs supplétifs russes ». En clair, un cocktail explosif en perspective, avec d’une part, les FAMa et leurs partenaires de Wagner et de la Plateforme, et d’autre part, les indépendantistes et leurs alliés naturels ou de circonstance, qui pourrait rendre encore plus ardue la lutte contre le terrorisme au Mali et dans le Liptako-Gourma, communément appelé région des trois frontières.

 

Cette option pourrait être dangereuse aussi bien pour les maîtres de Bamako que pour ceux de Kidal

 

Malheureusement, avec le départ progressif des soldats onusiens, il n’y a plus personne pour s’interposer ou jouer aux intercesseurs entre les belligérants, et il n’y a pas de doute qu’on assistera dans les jours à venir, à des massacres à grande échelle et à huis clos, avec des populations civiles prises en tenaille. Avec cette  macabre  perspective, on peut se demander si les Maliens pourront, à moyen ou long terme, panser les plaies de la haine et de la division, ou s’ils ne vont pas précipiter l’effondrement de leur pays en le faisant passer sous le contrôle de bandes armées. Qu’à cela ne tienne, les fanatiques des Colonels de Kati estiment que c’est le moment ou jamais de crever l’abcès, en délogeant les rebelles de toutes les zones qu’ils occupent et en pacifiant ces dernières avec le retour progressif de l’Administration. D’autres Maliens voient les choses autrement ou différemment, et sont convaincus que la paix ne peut pas être au bout du fusil. Cette course aux emprises militaires abandonnées par la MINUSMA, est un alibi pour les deux camps qui semblent affûter leurs armes depuis des mois pour en découdre, mais cette option pourrait être dangereuse aussi bien pour les maîtres de Bamako que pour ceux de Kidal, car il y a des risques réels d’enlisement qui pourraient leur être fatals. Ce qui s’est récemment passé à Léré, à Bourem, à Bamba, à Tabankort et à Anéfis est un baromètre de la complexité de la situation pour l’armée malienne qui a perdu beaucoup d’hommes et d’armement dans les attaques contre ses casernes par ceux qu’elle qualifie à tort ou à raison de ‘’terroristes’’. Ça l’est également pour ces derniers qui semblent avoir adopté la stratégie de l’évitement, en abandonnant précipitamment les positions conquises, de peur sans doute d’être foudroyés par les « avions sans bruit » comme on appelle les drones au Burkina Faso. Au lieu de se lancer dans des entreprises aventuristes ou suicidaires en privilégiant l’argument de la force, on gagnerait à toiletter le moribond accord d’Alger, qui a eu le mérite de faire accepter aux rebelles et au gouvernement du Mali, de régler leurs différends autrement que par les armes. Il y va de l’intérêt de tous, y compris du médiateur algérien qui n’aimerait pas voir la chienlit  s’installer à sa frontière Sud. Les principaux acteurs de ce nouveau front qui vient de s’ouvrir, doivent se dire, comme Georges Clemenceau, qu’« un arrangement médiocre, ou une paix boiteuse, vaut mieux que la guerre », même s’il faut reconnaître que ce point de vue est discutable dans le contexte malien, toutes les crises armées censées être réglées par la voie du dialogue ayant ressurgi dans ce pays quelques années plus tard, soit du fait de la mauvaise qualité des compromis, soit à cause de la mauvaise foi des acteurs. C’est vrai que dans un cas comme dans l’autre, c’est le Mali qui sort in fine perdant, notamment en termes de développement, mais les protagonistes peuvent tout de même se targuer d’avoir épargné des vies humaines au prix de certaines compromissions. Le président Assimi Goïta et le patron de la coalition rebelle, Algabass Ag Intalla, doivent, au nom de l’unité nationale et de la paix indispensable à tout développement, penser aux conséquences désastreuses d’affrontements meurtriers entre leurs combattants avec des débordements possibles sur le plan ethnique, et à la meilleure formule pour ramener la paix sans faire crépiter les armes, contrairement aux souhaits des ultras des deux camps.

 

 

« Le Pays »

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