RENCONTRE PATRICE TALON – BONI YAYI : De quoi accouchera la montagne ?

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Au Bénin, le président Patrice Talon a reçu, le 27 novembre dernier, une délégation du principal parti d’opposition, Les Démocrates, conduite par l’ancien chef de l’Etat, Boni Yayi, qui en est le président. A l’ordre du jour, des questions d’intérêt national en lien avec les élections générales de 2026, notamment le fichier électoral qui cristallise beaucoup d’attention et de critiques de la part du principal parti d’opposition qui en demande l’audit et qui a déjà interpellé la communauté internationale sur la question. De là à voir dans la démarche du chef de l’Etat béninois, initiateur de la rencontre, une volonté de montrer qu’il est à l’écoute de l’opposition et d’apaiser les tensions en jouant balle à terre, il y a un pas que l’on pourrait vite franchir. D’autant plus que sous nos tropiques, ce ne sont pas tous les chefs d’Etat qui acceptent d’ouvrir un tel cadre de concertation directe avec l’opposition. En cela, on peut déjà saluer la démarche du locataire du palais de la Marina, qui fait montre d’élégance politique et de considération envers son opposition, là où certains de ses pairs auraient pu afficher un certain mépris.

 

Une chose est de recevoir l’opposition en audience, une autre est d’accéder à ses requêtes

 

Cela est à son honneur, même si en bon politique, on peut s’interroger sur la sincérité de sa démarche. Car, une chose est de recevoir l’opposition en audience, une autre est d’accéder à ses requêtes. C’est pourquoi on se demande de quoi accouchera la montagne de cette rencontre sur laquelle l’opposition fonde beaucoup d’espoirs. Non seulement ceux de voir bouger les lignes et de dégager l’horizon des élections générales à venir, mais aussi parce qu’elle voulait en profiter pour aborder d’autres sujets brûlants de l’heure, entre autres, la libération des prisonniers politiques parmi lesquels figurent les emblématiques leaders de l’opposition que sont Joël Aivo et Reckya Madougou ainsi que le retour au bercail des exilés politiques. Mais le chef de l’Etat béninois l’entendra-t-il de cette oreille ? L’histoire sans doute le dira. En attendant, tout porte à croire qu’en montrant une telle ouverture au dialogue avec l’opposition, Patrice Talon est mu par la volonté de donner une autre image de son pouvoir que l’on accusait de dérives autocratiques. Toujours est-il que le simple fait de créer ce cadre d’échanges, est déjà une bonne chose en soi. Et si cela était révélateur de ses bonnes dispositions d’esprit à faire évoluer ses rapports avec l’opposition sur des bases beaucoup plus saines, ce serait cela de gagné pour la démocratie béninoise. Reste maintenant à voir si les fruits de cette rencontre tiendront la promesse des fleurs et des espoirs de l’opposition. Toujours est-il qu’à quelques encablures de la fin de son second et dernier mandat constitutionnel, Patrice Talon a toutes les cartes en main pour remodeler le visage de la démocratie dans son pays. Une démocratie qui comptait parmi les phares du continent et était citée en exemple en Afrique, et qu’on l’accuse d’avoir défigurée, au point qu’aux yeux de nombreux observateurs et autres démocrates du continent, elle est devenue méconnaissable.

 

Quelles que soient leurs divergences, les Béninois gagneraient à s’entendre sur l’essentiel

 

De là à voir dans cette ouverture au dialogue avec l’opposition, les prémices d’un changement de cap voire une opération de rattrapage, il y a un pas que d’aucuns ont vite fait de franchir. Et ce, au regard de cette audience présidentielle qui pourrait en appeler d’autres. Et qui pourrait, pourquoi pas, finalement déboucher sur le dialogue politique national que l’opposition appelle aussi de ses vœux. Une éventualité qui n’est pas à écarter, pour autant que le chef de l’Etat veuille se prêter au jeu de l’opposition.  Car, non seulement l’homme d’affaires devenu président a aujourd’hui les coudées franches dans son action à la tête de l’Etat, mais aussi il reste le maître absolu du jeu politique au Bénin. En tout état de cause, personne ne gagne à aller à des élections sous tensions. C’est pourquoi, quelles que soient leurs divergences, les Béninois gagneraient à s’entendre sur l’essentiel pour aller à des consultations populaires apaisées. Et si la démarche du chef de l’Etat s’inscrit dans cette optique, tout le mal qu’on lui souhaite, c’est de réussir à dissiper les doutes et autres appréhensions de l’opposition, tout en lui donnant les garanties de transparence nécessaires à la bonne tenue du processus électoral. Et cela, de sorte à créer un climat de confiance favorable à la préservation de la paix sociale. Il y va de l’intérêt de tous. D’abord, du président Patrice Talon qui joue manifestement ses dernières cartes en raison de son deuxième quinquennat qui touche à sa fin, et qui a besoin de laisser une bonne image à la postérité. Lui qui s’est engagé à respecter la Constitution de son pays ainsi que les règles de l’alternance et qui a clairement indiqué de fort longue date qu’il ne briguera pas un troisième mandat en 2026. Ensuite, de l’opposition béninoise qui a besoin de rebondir et qui ne demande rien d’autre qu’un cadre de dialogue constructif autour des autres questions politiques qu’elle brûle d’envie d’aborder avec le chef de l’Etat. Et enfin, du Bénin qui est à la recherche de ses marques et de sa réputation perdue de phare de la démocratie en Afrique de l’Ouet.

 

« Le Pays »

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