RENCONTRE ENTRE DAMIBA, ROCH ET JBO : Opération de com. ou réel souci de décrispation socio-politique ?

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RENCONTRE ENTRE DAMIBA, ROCH ET JBO : Opération de com. ou réel souci de décrispation socio-politique ?

L’évènement était aussi inattendu que surprenant. Le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba a rencontré, le 21 juin, l’ancien Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré qu’il a éconduit manu militari du palais de Kosyam le 24 Janvier dernier. C’était en présence d’un autre ancien Chef d’Etat, Jean-Baptiste Ouédraogo (JBO). Selon un communiqué officiel émanant de la Direction de la communication de la présidence du Faso, il figurait au menu des échanges entre les trois personnalités, les questions sécuritaires, la conduite de la Transition et d’autres sujets d’intérêt national. Mais l’on peut se demander si le stratège militaire qui a pris ses quartiers à Kosyam, n’est pas mû par d’autres intérêts.  Tout laisse croire, en effet,  que Paul Henri Sandaogo Damiba  s’est lancé dans une opération de com. politique destinée non seulement à détendre l’atmosphère socio-politique marquée par la recrudescence des attaques terroristes et la fronde des partis politiques qui réclament la libération sans condition de l’ancien chef de l’Etat qu’ils considèrent comme un prisonnier de la junte militaire au pouvoir.

On n’est pas loin de croire que cette initiative participe d’une manœuvre de diversion de Damiba

 Mais aussi pour soigner son image écornée par les critiques de plus en plus virulentes des Burkinabè qui s’impatientent de voir des résultats sur le terrain de la lutte contre les groupes armés terroristes et de la réconciliation nationale. L’on n’est pas non plus loin de croire que cette initiative de rencontrer Roch Marc Christian Kaboré, participe d’une manœuvre de diversion de Damiba qui offre un nouveau sujet de débat à l’opinion nationale pour détourner l’attention de l’opinion de l’impasse sécuritaire dans laquelle le pays est englué. Au passage, l’homme fait d’une pierre deux coups, en envoyant  par la même occasion un signal  à la communauté sous- régionale, en l’occurrence la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui n’a de cesse de réclamer que l’ancien chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, recouvre sa liberté pleine et entière. Mais au-delà de ces motivations somme toute évidentes, certains entrevoient derrière l’initiative de rencontrer les anciens chefs d’Etat, le début d’une manœuvre beaucoup plus large destinée à faire revenir, par le mécanisme de la réconciliation nationale, l’ancien président fugitif, Blaise Compaoré que l’on soupçonne d’avoir des atomes crochus avec le régime militaire en place. Si tel est le cas, Roch Marc Christian Kaboré est juste utilisé comme un pion dans un jeu d’échecs où il est davantage une victime qu’un héros de la concorde nationale et de la paix. Et tout cela amène à se poser la question suivante : pourquoi l’enfant de Tuiré  se prête-t-il à ce jeu ?  La réponse à la question n’est pas évidente. Mais l’on sait que l’ancien chef d’Etat est foncièrement attaché à la paix et est prêt à tout donner pour la paix. Il n’est donc pas exclu qu’il ait délibérément accepté, malgré les immanquables critiques que cela susciterait,  de saisir la main tendue de Damiba au nom de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale.

Damiba va-t-il aller aussi à la rencontre des anciens chefs d’Etat expatriés ?

Mais l’on peut penser aussi que Roch Marc Christian Kaboré que l’on sait par ailleurs très fidèle en amitié, a décidé de répondre à l’invitation de Damiba pour protéger ses camarades aujourd’hui mal barrés. L’on garde tous en mémoire les révocations « avec effet immédiat » lors des conseils de ministres successifs. Ce n’est donc pas faire dans l’affabulation que de croire que Roch Marc Christian Kaboré a accepté de ravaler son orgueil pour soustraire les siens de la diète.  Cela dit, l’on peut aussi se poser cette autre question : pourquoi l’ancien chef d’Etat Michel Kafando n’a-t-il pas été associé à cette rencontre ? Il se pourrait que l’ancien président de la Transition soit absent du pays ou indisposé pour un motif quelconque. Mais il n’est pas non plus exclu que connaissant l’attachement de l’homme à la démocratie, il ait refusé de s’afficher avec des putschistes dont il garde par ailleurs de mauvais souvenirs avec les évènements de septembre 2015. Certainement que les jours à venir nous en diront plus. Dans tous les cas, il aura été le plus veinard des chefs de l’Etat burkinabè, ayant été, pour l’instant, le seul à pouvoir transmettre de façon démocratique le pouvoir à son successeur même s’il a fallu traverser des zones de fortes turbulences. Il peut, de ce fait, estimer qu’il n’est pas un maillon essentiel de la réconciliation nationale, n’ayant de rancune contre ni son prédécesseur ni son successeur.  En attendant d’en savoir davantage sur l’absence de Michel Kafando aux côtés de ses pairs au palais de Kosyam, l’on peut, en tout cas, s’interroger sur la suite de cette entrevue. Damiba va-t-il aller aussi à la rencontre des anciens chefs d’Etat expatriés ? Il est difficile de répondre avec certitude à la question d’autant plus que Blaise Compaoré et Yacouba Isaac Zida sont sous le coup de poursuites judiciaires et sont, dans la mémoire collective des Burkinabè, des personnages beaucoup plus controversés que Roch Marc Christian Kaboré et Jean Baptiste Ouédraogo. Mais une chose est sûre : une telle initiative ne serait pas pour déplaire aux partisans des deux anciens chefs d’Etat exilés et qui continuent d’être présents sur la scène politique nationale. Elle ne serait pas non plus pour déplaire à ceux qui attendent qu’ils viennent répondre devant la Justice, des faits qui leur sont reprochés.

« Le Pays »

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