Remue-ménage dans les rangs des diplomates chargés de la politique africaine de la France

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A handout photo released by the Senegalese Presidency shows Gambian President Adama Barrow (R) shaking hands with the British Ambassador to Senegal George Hodgson, flanked by French Ambassador to Senegal Christophe Bigot (C) and US Ambassador to Senegal Jim Zumwalt, during his swearing in as president at the Gambian embassy in Dakar on January 19, 2017. Gambia's new President Adama Barrow demanded "loyalty" from the armed forces on January 19 as he took the oath of office in Senegal in a standoff with Yahya Jammeh, the longtime leader refusing to step down after his election defeat. (Photo by Handout / SENEGALESE PRESIDENCY / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / SENEGALESE PRESIDENCY" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

 

Le jeu de chaises musicales au sein du ministère des affaires étrangères marque la volonté d’ouvrir un nouveau chapitre après les crises à répétition au Sahel et le recul de l’influence française dans la région.

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Publié hier à 18h49, modifié à 08h16

Temps de Lecture 4 min.

Le 12 décembre, Christophe Bigot, le directeur de l’Afrique et de l’océan Indien (DAOI) du ministère des affaires étrangères est à New York pour participer à des discussions sur la Somalie aux Nations unies, lorsque son remplacement par l’actuelle ambassadrice de France au Nigeria est annoncé, en quelques lignes, dans le compte rendu du conseil des ministres : « Mme Emmanuelle Blatmann, ministre plénipotentiaire, est nommée DAOI ».

Au Quai d’Orsay, les collaborateurs de Christophe Bigot n’ont pas été informés et, lorsque ce dernier rentre à Paris, il fait comme si de rien était. Le 14, il remonte dans un avion, direction Djibouti, avec la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna. Sitôt rentré, le diplomate part en vacances, sans dire un mot à ses équipes de son remplacement par Emmanuelle Blatmann, prévu pour le 15 janvier 2024.

Ce jeu de chaises musicales au ministère des affaires étrangères est plus qu’une banale valse de hauts fonctionnaires. Si le Quai d’Orsay assure que ce n’est pas une « sanction », le remplacement de Christophe Bigot, acteur-clé de l’élaboration et du déploiement de la stratégie française en Afrique, marque la volonté d’ouvrir un nouveau chapitre après la succession des coups d’Etat au Sahel et le recul de l’influence de l’ancienne puissance coloniale dans la région.

Ancien de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ex-ambassadeur au Sénégal et ex-envoyé spécial au Sahel, le diplomate de 58 ans était reconnu pour sa compétence depuis son arrivée à la direction Afrique, en 2020. Mais il était aussi critiqué par une partie du Quai d’Orsay pour sa gestion des dernières crises, et ses absences – il a réalisé plus de dix missions à l’étranger depuis septembre. Son déplacement du mois d’août, lorsque le directeur choisit de ne pas reporter ses congés malgré le coup d’Etat au Niger, a précipité son départ de la direction Afrique.

Un tournant pour la France au Sahel

Quelques jours après la chute du président Mohamed Bazoum, l’un des derniers alliés de Paris dans la lutte antiterroriste au Sahel, les ministères se retrouvent en effet quasiment vides. Il s’agit pourtant de gérer un tournant pour la France. Après le Mali et le Burkina Faso, le Niger est le troisième pays de l’ancien « pré carré » à passer aux mains de militaires hostiles à la France en trois ans seulement.

Sitôt à la tête de l’Etat, le général Abdourahamane Tiani suit la voie tracée par ses homologues en treillis au pouvoir à Bamako et à Ouagadougou. Il joue sur le sentiment antifrançais, se tourne vers la Russie de Vladimir Poutine et dénonce les accords qui le lient à Paris, notamment en matière militaire. Puis, fin août, la junte exige l’expulsion de l’ambassadeur de France, Sylvain Itté, et le départ des quelque 1 500 soldats déployés dans le pays pour lutter contre les groupes djihadistes.

Le président français, Emmanuel Macron, engage un bras de fer avec les militaires. « Notre politique est simple, déclare-t-il le lundi 28 août, à l’ouverture de la 29e Conférence des ambassadeurs français à l’Elysée. On ne reconnaît pas les putschistes, on soutient un président qui n’a pas démissionné, aux côtés duquel nous restons engagés. Et nous soutenons une solution diplomatique ou militaire, quand elle le décidera, de la Cedeao [Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest]. »

La France reste fidèle au président déchu, prisonnier des putschistes, mise sur une intervention des pays de la région pour déloger Abdourahamane Tiani et ses hommes, et refuse d’obéir à leurs injonctions. Elle maintient son ambassadeur et ses militaires, tenant une ligne bien plus ferme que les Américains, qui refusent durant plusieurs semaines de qualifier le coup de force de « coup d’Etat », les autres pays Européens se font discrets.

« Emmanuel Macron écoute… parfois »

Emmanuel Macron, lui, multiplie les déclarations, avec un franc-parler qui froisse certaines capitales de la région. Dans plusieurs ambassades françaises, les diplomates assistent circonspects au déroulement de la séquence. « Nous n’avons quasiment jamais été consultés, nous apprenions les décisions de Paris à la télévision, comme tout le monde », regrette aujourd’hui un des ambassadeurs en poste en Afrique de l’Ouest.

Plusieurs présidents du continent, eux, sont appelés quasi quotidiennement par le chef de l’Etat français, mais la ligne semble brouillée : « Emmanuel Macron écoute… parfois », soupire le conseiller d’un président africain. Le face-à-face entre Paris et Niamey se solde par un échec pour la France : fin septembre, Sylvain Itté quitte Niamey en catimini, tandis que les soldats français finissent par faire leur paquetage – les derniers devraient avoir quitté Niamey le 22 décembre.

Cet été-là, « nous avions peu d’interlocuteurs à Paris pour faire passer des messages », se souvient un diplomate européen. Car, pendant cinq mois, le bureau du conseiller Afrique du président est lui aussi resté vide. Signe de la crise qui s’est emparée des africanistes du Quai d’Orsay, le président ne parvient pas à trouver un remplaçant à Franck Paris, parti fin juillet diriger le bureau français à Taïwan. « La situation sur le continent est devenue tellement compliquée pour nous, que tout le monde se dit que c’est une fonction à emmerdes, dit l’ambassadeur précédemment cité. Le prochain conseiller Afrique a pour mission de mettre fin au bazar. »

Marc Didio, le chargé d’affaires au Mali, est un temps pressenti. Irchad Razaaly, l’ambassadeur de l’Union européenne au Ghana, également. Mais c’est finalement un autre quadragénaire qui a accepté le poste. Après avoir d’abord refusé la proposition, Jérémie Robert s’apprête à quitter le consulat général de New York pour s’installer au 2, rue de l’Elysée début janvier.

Ancien conseiller Afrique de Jean-Yves Le Drian lorsque celui-ci était ministre des affaires étrangères, ce diplomate passé par le Cameroun, le Kenya et la direction Afrique, où il travaillait sur le Soudan, aura la délicate charge de réinstaurer la confiance avec le continent. Marié à une Tanzanienne de Zanzibar, swahiliphone diplômé du concours d’Orient, il est précédé d’une réputation de bon connaisseur des dossiers.

Il travaillera avec des personnalités renouvelées : outre Emmanuelle Blatmann, qui prend la direction Afrique, l’arabophone Anne-Claire Legendre vient de quitter le porte-parolat du Quai d’Orsay pour devenir conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient du président. A charge pour eux de rebâtir une ligne politique en Afrique après la crise sahélienne, et alors que la Russie poursuit son offensive sur le continent.

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