Remaniement en Centrafrique : Touadéra entre prudence et récompenses

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Le président centrafricain a reconduit, jeudi 4 janvier, le Premier ministre Félix Moloua à la tête d’une équipe où apparaissent toutefois de nouveaux visages. Décryptage.

Jeune Afrique

Le remaniement était attendu depuis plusieurs mois, en particulier après la modification de la Constitution validée en août dernier par la Cour constitutionnelle. Mais ce n’est finalement que ce 4 janvier que le président Faustin-Archange Touadéra a signé le décret désignant les membres de son nouveau gouvernement. À la tête de ce dernier, le Premier ministre Félix Moloua, plusieurs fois annoncé sur le départ, a été reconduit.

Des grands perdants…

Plusieurs mouvements et surprises sont à noter. Éric Kamot est ainsi passé du ministère de l’Agriculture à celui des Travaux publics, échangeant son fauteuil avec Guismala Hamza. Maxime Balalou a quant à lui été porté à la tête du ministère de la Communication. Ce soutien de Touadéra avait, ces derniers mois, commencé à faire de l’ombre à celui qu’il remplace aujourd’hui, Serge Djorie.

Ce dernier est l’un des grands perdants du remaniement du 4 janvier. « Serge Djorie, tout le monde est unanime sur ses résultats. Il est médiocre, alors qu’il a été à la tête d’un département qui devait être le visage du gouvernement. Il a accumulé les erreurs et savait qu’il était sur le départ », souffle sans concession à Jeune Afrique un membre influent du cercle présidentiel.

Autre sortant : Aristide Briand Reboas, ministre de la Jeunesse et des Sports.

« Manque de résultats », résume notre source. Le cas de Jennifer Saraiva, débarquée des Arts et de la Culture, est plus surprenant. Défenseure du projet de modification constitutionnelle, elle était sur tous les fronts lors de la campagne pour le oui au référendum. Elle aurait payé le fait d’avoir été « trop bavarde » et d’être entrée en conflit avec plusieurs « grosses pointures du cercle présidentiel ».

Léa Koyassoum-Doumta quitte également le ministère du Commerce. Elle avait ouvertement critiqué le projet de modification constitutionnelle. Virginie Baïkoua, ministre de l’Action humanitaire, cède aussi son fauteuil à Josiane Lina Bémaka-Soui, arrivée de la présidence, où elle officiait comme conseillère de Touadéra en la matière. Virginie Baïkoua paie sans doute sa proximité avec Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre ayant récemment fondé son propre parti.

Des gagnants…

Les vrais gagnants sont Rodolphe Héritier Doneng et Aurélien Simplice Zingas. Doneng, à l’initiative de la pétition et des manifestations appelant à la modification constitutionnelle, avait créé sa propre bannière, le Front républicain, qui lui a permis de mener la lutte pour un troisième mandat de Touadéra. S’il s’est fait plusieurs ennemis de poids au sein du Mouvement cœurs unis (MCU) au pouvoir, il bénéficie donc de la confiance du président et
a obtenu sa récompense.

Nommé à la Jeunesse, il connaît très bien ce portefeuille, puisqu’il a officié comme directeur de cabinet d’Aristide Briand Reboas, qu’il remplace aujourd’hui. Habile propagandiste, habitué à mobiliser les foules dans la rue – notamment pour protester contre la présence française à Bangui –, Rodolphe Héritier Doneng est parfois affublé du surnom de « Charles Blé Goudé », en référence à l’ancien syndicaliste étudiant ivoirien.

Autre récompensé : Aurélien Simplice Zingas. Longtemps soutien de François Bozizé, il s’est mis au service de Touadéra en rassemblant des égarés de l’opposition dans une plateforme ayant participé au dialogue organisé par le président en 2022. Plus tard, il a également mené les manœuvres qui ont conduit à plusieurs divisions au sein des grands partis de l’opposition. Des divisions qui ont profité au MCU et qui lui valent aujourd’hui son poste de ministre d’État à l’Éducation nationale.

Hyppolite Ngaté, autre fervent défenseur de la « 7e république », est quant à lui nommé ministre des Petites et moyennes entreprises. Il était en première ligne à Bangui et en provinces lors des manifestations d’appel à un troisième mandat pour Touadéra. Depuis, il est devenu un lien entre le chef de l’État et les comités de soutien du MCU.

Et des frustrés ?

Ce gouvernement ne fait d’ores et déjà pas l’unanimité. Au sein du parti au pouvoir, certains critiquent en effet la reconduction de Félix Moloua, dont le poste était lorgné par d’autres poids lourds de la majorité, comme Évariste Ngamana, lequel reste donc vice-président de l’Assemblée nationale. « Moloua est celui qui a saboté la vision du président Touadéra depuis sa nomination. C’est incompréhensible qu’il soit reconduit », se désole un membre du parti au pouvoir.

D’anciens chefs rebelles sont aussi maintenus dans le gouvernement, suscitant l’indignation. Hassan Bouba, ancien numéro deux de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darassa, garde en effet son fauteuil, sans doute en raison de sa proximité avec la Russie et les mercenaires du groupe Wagner. Le ministre de l’Élevage et de la Santé animale fournit en effet à ces derniers des supplétifs – surnommés les « Wagner noirs » – issus des rangs de son ancien groupe armé.

Gontran Djono Ahaba, aux Transports et à l’Aviation civile, ou encore Arnaud Djoubaye Abazene, au stratégique ministère de la Justice, sont eux aussi maintenus à leur poste dans le nouveau gouvernement de Félix Moloua. Les deux hommes jouent un rôle important dans le dialogue, souvent délicat, entre le président Touadéra et la communauté musulmane centrafricaine.

Jeune Afrique

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