REFERENDUM CONSTITUTIONNEL EN RCA : L’archange Touadéra se cramera-t-il les ailes ?

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REFERENDUM CONSTITUTIONNEL EN RCA : L’archange Touadéra se cramera-t-il les ailes ?

Après moult tractations, la Cour constitutionnelle centrafricaine, saisie par le président Faustin Archange Touadéra pour un contrôle de constitutionnalité, a fini par autoriser la promulgation de la loi relative à l’organisation d’un référendum, votée par les députés le 28 décembre dernier. Cette décision ouvre la voie à l’organisation d’un référendum constitutionnel. Il convient de rappeler cependant que cette même Cour avait opposé une fin de non recevoir au processus d’écriture d’une nouvelle loi fondamentale, pas plus tard qu’en septembre dernier. Cette défiance de la Cour constitutionnelle vis-à-vis du prince régnant, avait valu, en fin octobre dernier, la mise à la retraite d’office, de la présidente de l’institution, Danièle Darlan, mettant ainsi fin à l’illusion d’un pouvoir démocratique en République centrafricaine.  L’on peut donc dire que Touadéra, malgré un chemin quelque peu parsemé d’embûches, est parvenu à ses fins. L’homme rêve d’un troisième mandat et il vient ainsi de se frayer, dans la forêt équatoriale centrafricaine, un boulevard pour y parvenir et cela, au grand bonheur de ses partisans.

 

Touadéra joue avec le feu

 

Qu’est-ce qui rend le président Touedéra si hardi malgré l’opposition à son projet, de bon nombre de ses compatriotes et dans un contexte sécuritaire fait des cendres encore fumantes de la guerre civile dans son pays ?

La réponse à cette interrogation se trouve sans doute dans ses victoires militaires. En effet, grâce à l’action du groupe de mercenaires russes Wagner dont les méthodes sont pourtant controversées, l’homme est parvenu à stabiliser le front, réduisant les bandes armées à un faible niveau de nocivité quand tout simplement leurs chefs n’ont pas été contraints à la clandestinité ou à l’exil. Fort de ce résultat, Touadéra se croit investi d’un destin messianique, allant même jusqu’à faire croire au naufrage du navire centrafricain s’il venait à quitter la cabine de pilotage. Sans doute aussi que sous l’influence russe, l’homme est subjugué par le modèle Poutine qui, on le sait, s’est aménagé une Constitution au service de ses intérêts personnels. La dernière modification de la loi fondamentale en Russie, ratifiée en mars dernier, permet, en effet, à Vladimir Poutine, de rester au pouvoir jusqu’en 2036. Elle lui garantit également l’immunité à vie et cela a de quoi faire des émules dans les Etats africains qui sont passés sous le giron russe.  Mais quelles que soient les motivations du Chef de l’Etat centrafricain qui, sans nul doute, pense avoir réussi le plus difficile en franchissant l’étape de la Cour constitutionnelle, l’on peut se demander s’il échappera au destin bien connu de bon nombre de tripatouilleurs constitutionnels en Afrique.

Rien n’est moins sûr. Car, les mêmes causes produisent bien souvent les mêmes effets et ce n’est sans doute pas Blaise Compaoré ou Alpha Condé qui diront le contraire. En tout cas, l’opposition centrafricaine n’entend pas laisser Touedéra manœuvrer à sa guise.

 

Touadéra joue avec le feu

 

En effet, depuis juillet 2022, il s’est constitué, à Bangui, un bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC). L’objectif des 20 partis politiques et organisations de la société civile signataires du manifeste de ce mouvement de l’opposition, est, on ne peut plus clair : “défendre la Constitution du 30 mars 2016 et faire échec à la tentation d’une présidence autocratique à vie”. A l’action de ces partis politiques, il faudra sans nul doute ajouter l’opposition des groupes armés qui pourraient connaître un regain d’activité avec ce passage en force que tente d’opérer Touadéra. Cette éventualité est d’autant plus forte que certains des supposés parrains de ces groupes armés, courent toujours et que des tensions sont apparues entre les autorités centrafricaines et leurs protecteurs du groupe Wagner. Ce qui avait valu, entre autres raisons, le limogeage de l’ancien Premier ministre, Henri-Marie Dondra, en février 2022. Mais l’on peut parier qu’il en faudra plus pour faire plier l’Archange centrafricain qui, visiblement, s’est noyé dans les eaux saumâtres des dictatures de l’Afrique centrale où sommeillent les plus vieux sauriens comme Paul Biya du Cameroun, Denis Sassou Nguesso du Congo, Yoweri Museveni de l’Ouganda, pour ne citer que ceux-là. Ce n’est donc pas sur la Communauté Economique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) qu’il faut compter pour faire lâcher prise à Touadéra. Il ne reste plus aux Centrafricains qu’à s’assumer en faisant échec au projet de pouvoir à vie du président Touadéra. Car, c’est leur destin qui est  en jeu. C’est en cela que l’on peut dire que Touadéra joue avec le feu. Les possibilités d’un scénario-catastrophe sont nombreuses : soulèvement populaire, coup d’Etat et l’on peut même craindre le pire. Mais le scénario le plus démocratique serait le rejet, par les urnes, du rêve de Touadéra pour peu que le scrutin soit démocratique et transparent. Cela dit, l’on peut tout de même regretter que l’arrivée de Faustin Archange Touadéra qui avait quelque peu fait consensus en Centrafrique, aboutisse finalement à une plus grande division des Centrafricains. Mais ne dit-on pas que « le pouvoir ne change pas l’homme, mais il révèle sa véritable nature » ? S’étant revêtu de la peau de l’agneau, le loup s’est introduit dans la bergerie en trompant la vigilance des Centrafricains qui ne peuvent véritablement s’en prendre qu’à eux-mêmes car ayant le plus souvent mis plus l’accent sur ce qui les divise que sur ce qui les unit.

 

« Le Pays »

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