RCPCA- CEM : M. Nganzé Doukou, quel est l’impact réel des fonds décaissés sur le niveau de vie des centrafricains ?

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Le mercredi 19 décembre 2018, le président de l’assemblée nationale Laurent Ngon Baba a reçu en audience M. Nicolas NGANZE DOUKOU, coordonnateur du plan national de relèvement et de consolidation de la paix en Centrafrique, cadre d’engagement mutuel (RCPCA-CEM).

Interviewé par la presse parlementaire au sortir de cette rencontre, le Coordonnateur du RCPCA-CEM a déclaré que : « Il était pour nous obligatoire de présenter au Président de l’Institution toutes nos félicitations pour sa brillante élection mais aussi échanger avec lui sur la mise en œuvre du RCPCA. L’objet essentiel était de l’informer que bientôt, nous reviendrons devant la Représentation Nationale pour présenter le rapport provisoire de la mise en œuvre du RCPCA qui sera développé avec le concours du Directeur de Cabinet dans les jours à venir. Le chiffre qu’il faut retenir, en termes de décaissement, nous sommes à 54%. En volume, nous sommes à 1500 milliards de financement, en terme de valeur absolue, nous sommes à 850 milliards et il y aussi de nouveaux projets en cours en termes de conception. Ce qui veut dire que des efforts sont faits par le gouvernement dans un contexte difficile mais ces efforts donnent des résultats».

La veille  déjà, le secrétariat permanent du plan de relèvement et de consolidation de la paix(RCPCA-CEM), les coordonnateurs des projets pris en compte par ladite structure et les partenaires pechniques et financiers étaient convoqués par le président Touadéra au palais de la Renaissance, dans le cadre de la revue annuelle du portefeuille de la Banque Mondiale, en vue de lui exposer et aux membres du Gouvernement dont le parrain du RCPCA, M. Félix MOLOUA, le niveau de mobilisation des ressources.

Toutes ces grandes rencontres au cours desquelles des beaux discours enjolivants et séduisants et des allocutions pleines d’envolées lyriques éminemment politiques et à caractère propagandiste figurent régulièrement en première place dans les dispositifs protocolaires, et ce, devant et pour un grand public acquis à la cause, faut – il le souligner, sont nécessaires ; car elles donnent l’occasion au secrétaire permanent du RCPCA -CEM et ses plus proches collaborateurs de faire le point avec les autorités politiques nationales sur l’état d’avancement des projets en cours d’exécution dans les différents domaines sectoriels, les montants décaissés, les difficultés rencontrées, les taux de réalisation afin de les évaluer et d’y apporter des propositions concrètes.

Seulement depuis plus de deux (2) ans, cet important exercice qui se déroule toujours  entre une certaine catégorie de personnes bien identifiées, n’ a jamais été cependant précédé et suivi par l’impérieuse obligation de tenir compte des désidérata, fussent – ils élémentaires, des premiers concernés de ces divers projets que sont les populations locales et celle  de leur rendre compte, au nom du principe de la redevabilité qui s’impose à toute autorité publique  dans toute société démocratique, des engagements et autres décisions prises en lieu et leur place et sans leur avis préalable.

Sur ce point précis, selon des informations dignes de foi parvenues à la rédaction du journal, à l’exception de quelques communiqués de presse, de certaines publications et des rapports trimestriels d’activités dont les destinataires sont connus d’avance et dont les contenus ne peuvent pas être accessibles au commun des mortels, en termes de compréhension, d’assimilation et d’appropriation, les populations locales ne sont  intégrées ni en aval ni en amont dans le cadre du processus de leur gestion et de leur exécution.

Du coup, il va sans dire qu’il apparait donc très difficile au secrétaire permanent du RCPCA-CEM et à tous ses principaux collaborateurs qui vivent dans une sorte de tour d’ivoire et ne  se rencontrent qu’entre eux pour échanger, partager leurs expériences et rédiger des rapports périodiques, mais qui ne font pas assez d’efforts pour aller à la rencontre du centrafricain lambda, à savoir le transporteur, le paysan, l’éleveur, le commerçant, le voyageur, le retraité, la femme de ménages, l’ouvrier, l’entrepreneur, l’étudiant, l’élève, et le fonctionnaire, de se faire une idée exacte de l’impact réel de ces décaissements de plus de 54% sur le niveau de vie des centrafricains, en général, et des couches les plus vulnérables de notre société, en particulier. Faute de contacts avec ces hommes et ces femmes qui, victimes de la dernière crise militaro – politique  dont les stigmates sont encore visibles et dont les épisodes  se poursuivent, continuent inlassablement de porter la République centrafricaine et qui la font vivre économiquement grâce aux produits de leurs sacrifices et de leurs  multiples et diverses activités socio-professionnelles, et complètement déconnectés donc de leurs attentes, de leurs priorités et de leurs suggestions, ces experts en l’art oratoire et en  rhétorique  sur instructions de leurs parrains et de leurs supérieurs hiérarchiques ne peuvent qu’organiser de telles rencontres pour se donner une certaine notoriété et justifier par là  leur bulletin de paie à la fin du mois.

Cet amer constat est d’autant plus vrai que tout projet de développement ne peut revêtir un caractère de viabilité que si son élaboration a préalablement tenu compte des besoins prioritaires de ses bénéficiaires et que sa réalisation  qui passe par le respect scrupuleux des procédures d’engagement, vise à apporter des changements majeurs dans leurs conditions de vie. Ces améliorations doivent impérativement intervenir dans les domaines les plus vitaux ou les plus sensibles et stratégiques  que constitue indubitablement l’accès à l’eau potable, à l’électricité, à la santé, à l’éducation, à l’alimentation, à la sécurité et aux infrastructures de base.

Malheureusement, tel n’est pas le cas aujourd’hui pour la majorité des centrafricains qui ont beaucoup cru aux retombées de la table ronde de Bruxelles du 17 novembre 2016, mais qui ne sont servis depuis lors  qu’ à travers des discours politiques dignes des petites  Républiques islamistes du Caucase. Étant entendu que la sécurité est la mère de toutes les libertés, l’occupation de plus de 85% du territoire national par des groupes armés et la non – satisfaction des intérêts existentiels et indispensables à une vie humaine digne de ce nom, ne peuvent qu’être l’illustration la plus parfaite d’un échec cuisant, après deux (2) années de gouvernance chaotique.

Tout naturellement, les thuriféraires du régime et leurs laudateurs tenteront de justifier l’absence de ces résultats, non pas comme étant l’une des conséquences immédiates de leur politique d’impréparation, d’incompétence notoire, de fourberie, de duplicité et de non – respect de la parole donnée, mais plutôt par le regain des hostilités de la part des seigneurs de guerre et des nombreuses bandes armées. Certes, cet argumentaire peut se révéler en partie exacte, mais ne peut pas cependant être évoqué pour soutenir la demande de certains responsables de ces projets, adressée aux différents bailleurs et relative à l’allégement de leurs procédures jugées trop contraignantes  ou au report de leurs délais de fin de procédures budgétaires. Car, les retards intervenus dans la consommation des crédits disponibles ne peuvent pas être cette fois – ci le fait d’une situation d’insécurité, mais plutôt être considéré comme un aveu d’incompétence, de non – maîtrise réelle de la technicité et d’absence de volonté et de courage politique de la part de nos experts et de nos gouvernants.

C’est cette incapacité avérée qui explique, depuis plus de deux (2) années, ce taux d’absorption des fonds disponibles dont le niveau est évalué à 54%. Quoique faible, ce taux représente néanmoins une si importante somme d’argent dont le montant envoisinerait plus de 850 milliards de Francs CFA, soit le montant du budget annuel de la République multiplié par 4.

Malheureusement, ce montant n’est qu’ une véritable manne financière dont l’impact de réalisations n’est pas  encore palpable dans la vie des centrafricains de tous les jours. Pour la simple raison qu’au lieu de les investir directement dans les secteurs prioritaires tels  qu’énumérés un peu plus haut, les autorités politiques nationales, le secrétaire permanent du RCPCA-CEM et leurs collaborateurs ont préféré d’abord les affecter dans les travaux de construction ou de réhabilitation des édifices devant servir de bureaux à ces différents projets, dans la prise en charge des frais de missions, dans l’achat des biens meubles et des véhicules de luxe et dans les paiements des salaires mirobolants des différents responsables et autres parents nouvellement recrutés.

Jean – Paul Naïba

 

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