RCA : Anicet Georges Dologuélé,le Démocrate et le Président…

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RCA : Anicet Georges Dologuélé,le Démocrate et le Président…

Rien ne prédisposait l’enfant de Nzakoundou, fruit du croisement de plusieurs ethnies à travers le pays, ce qui était rarissime avant les indépendances, lequel a consacré toute sa carrière professionnelle aux grandes instances bancaires internationales, à un si grand destin politique. Mais le concours de l’histoire nous l’impose, aujourd’hui, comme leader naturel de l’opposition démocratique en Centrafrique, et donc, l’alternative crédible à ce passé et ce présent tellement sombres que les centrafricains ne rêvent que d’une nouvelle page.

« L’ancien Premier ministre d’Ange Félix Patassé est bien une chance pour les centrafricains » comme l’affirmait avec beaucoup d’éloquence le célèbre éditorialiste de Jeune Afrique, François Soudan. La question qui s’impose aujourd’hui avec véhémence est de savoir si les Centrafricains pourraient, enfin, se rendre compte des valeurs politiques et morales qu’incarne Dologuele et que celui-ci voudrait mettre au service de la Nation.

Tenez ! Au moment où il avait décidé de se séparer de sa très longue carrière de banquier international, nombreux étaient ceux qui voyaient en lui un homme (trop) « fermé », pas capable de créer le consensus politique (sic !). Ceci, bien entendu, sans compter les jugements souvent bien trop hâtifs qui ont toujours caractérisé les choix électoraux en Centrafrique.

C’est ainsi que lors de sa première participation à la course présidentielle, il avait déjoué tous les pronostics en s’imposant au premier tour devant des candidats qui se définissaient plus proches du peuple. Le « Tout sauf Dologuele » s’est alors mis en place avec une rapidité et une unanimité aussi rapides que suspectes. Ainsi pour le second tour, son challenger Faustin Archange Touadera, aujourd’hui au pouvoir, avait su attirer à la fois le soutien de ceux qui organisaient ces élections et celui d’une bonne vingtaine d’autres candidats à la course présidentielle, parce que considéré comme plus humble, plus pauvre et certainement plus malléable.

Confiant du destin qui est le sien et surtout de la confiance que l’électorat centrafricain peut témoigner à son égard, Anicet Georges Dologuele, a affronté la bataille avec notamment le soutien électoral du parti RDC, naguère dirigé par Désiré Bilal Kolingba. En dépit de tout, les chiffres seuls auraient dû parler en 2016. On sait, un peu plus aujourd’hui, que le candidat Faustin Archange Touadera, opposé à Dologuele en 2016, n’avait pas bénéficié du plus grand suffrage universel. Tout avait été planifié pour mettre hors course un Dologuele suffisamment préparé à gérer l’État, afin, dit-on, de mettre en place un « homme » plutôt « consensuel » et donc facile à rendre l’ascenseur.

Ce qui devait arriver arriva :  Dologuele perdit les élections. Bien que de très nombreuses irrégularités avaient été constatées et décriées, la théorie du Maréchal Deby s’est imposée : « mieux vaut des élections bâclées qu’une transition chancelante ». Touadera fut déclaré, contre tout bon sens, Président. Mais Dologuele s’est plié, avec un fair play qui a surpris le Monde entier, aux décisions souveraines de la Cour constitutionnelle. En ce temps, des observateurs avisés de la scène nationale et internationale avaient salué un acte de maturité et d’élégance politique dans un contexte national encore marqué par la violence, la haine et la division.

Par ailleurs, l’on a eu à attendre que peu de temps pour que les langues se délient au sujet de la mascarade qui avait rendu Touadera vainqueur d’une présidentielle des plus contestées. En effet, alors qu’elle était empêchée de voyager à l’aéroport, l’ancienne Chef d’État de de la Transition, Catherine Samba Panza, déclarera en présence de témoins que c’est elle qui avait installé Touadera au pouvoir et qu’elle ne s’attendait pas à cette sorte d’ingratitude de sa part. Que nenni !!!

Cette déclaration aussi importante de la part de l’actrice de premier plan de la Transition a le mérite d’avoir créé un tollé au sein de l’opinion. Cependant, rien ne sera fait pour que la Justice s’auto saisisse de ce dossier afin que les auteurs de ce crime politico-électoral rendent compte devant la Nation. De l’impunité à la centrafricaine !

En plus d’avoir reconnu l’élection de Touadera en dépit des irrégularités criardes, Anicet Georges Dologuele a même accepté la « main tendue » du Président « élu », en envoyant un de ses soutiens au Gouvernement et en prenant une part active à la table ronde de Bruxelles en 2016, laquelle conférence internationale avait produit plus de 1.000 milliards de Francs CFA d’appui financier à l’État centrafricain, afin de lui permettre de « renaître » après les graves crises de 2013. Seul Dieu sait ce que le pouvoir a fait de cette importante aide budgétaire !

Il faut dire que la présence d’Anicet Georges Dologuele a été aussi plus que déterminante car elle a non seulement renforcé la confiance des bailleurs, mais elle a surtout donné le gage d’une bonne expertise financière. Résultat des courses: l’annonce du plus grand financement de l’histoire de l’Etat centrafricain.

Quelques temps après le retour de Bruxelles, lorsque le régime commença à accumuler les fautes politiques en faisant allégeance aux criminels en puissance, le parti URCA et son leader vont prendre durement position et défendre la cause des très nombreuses victimes au sein de la population. L’URCA deviendra très vite la première, sinon l’unique force d’opposition démocratique au régime de Touadera, en enchaînant des critiques constructives. Encore un nouvel acte d’élégance politique et de défense sans calcul des intérêts supérieurs des centrafricains !

Depuis lors, au regard de l’incapacité sans cesse prouvée du pouvoir à changer la vie des centrafricains, l’URCA inscrit toujours son action dans le cadre d’une opposition démocratique et constructive.

Après avoir été pris dans la nasse de la gestion très approximative du pouvoir, 80% des partis politiques et mouvements de la société civile ayant soutenu la candidature de Faustin Archange Touadera en 2016 vont donc se retrouver dans l’opposition systématique à son régime. C’est ainsi que l’on a vu naître, en son temps, la Plateforme E ZINGO BIANI, regroupant les forces vives de la Nation en opposition à la gestion autocratique du pouvoir.

E ZINGO BIANI dissout, les partis politiques vont devoir se préparer aux échéances de 2020, la première élection organisée par Touadera. En ce temps, la logique des forces vives de la Nation était claire : « Tout sauf Touadera ». Anicet Georges Dologuele, leader de l’URCA va alors créer avec ses pairs la Coalition de l’Opposition Démocratique (COD-2020). Ce regroupement des partis politiques va peser dans le jeu en organisant le plus grand meeting de l’opposition sous le régime Touadera.

Mais avec des scrutins émaillés de très nombreuses irrégularités, de violences sur les populations civiles ainsi que de l’intrusion d’une communauté internationale aux abois, qui voyait quelque chose de « messianique » dans la réélection de Touadera, le pays connaîtra alors, au bout de ces scrutins une vraie calamité électorale. Par un « tour de passe-passe » tellement grossier que l’Autorité Nationale des Élections (ANE) avait « oublié » d’ajuster les chiffres truqués, le pouvoir réussit à s’offrir une réélection dès le premier tour, au forceps, aidé en cela par la complicité des bailleurs, de l’organe en charge des élections et de la Cour constitutionnelle.

L’opposition introduira un recours en bloc en vue de l’annulation de ces scrutins. Mais, sommée d’expédier une réélection irrégulière, la Cour rendra son verdict qui confortera la position du pouvoir. Pour une seconde fois, malgré le désarroi d’avoir participé au plus grand hold-up électoral de l’histoire de la RCA, Dologuélé va se plier devant le verdict de la Cour constitutionnelle. L’homme milite toujours au sein de l’opposition, dénonçant les abus de pouvoir, avec tous les risques d’instrumentalisation de la justice à son égard et de menaces sur son intégrité physique.

Les centrafricains savent, un peu plus aujourd’hui, que la mobilisation du Président de l’URCA et de ses collègues du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC) ainsi que de la société civile représentée par le G-16, a permis d’évanouir les ambitions démesurées du pouvoir à changer la Constitution pour se maintenir à vie. Mais ce n’est pas tout. Bien que le gouvernement ait pris acte de la décision de la Cour Constitutionnelle invalidant les décrets portant mise en place du comité chargé de rédiger une nouvelle Constitution, le pouvoir travaille sournoisement à opérer un passage en force. Cela en dit long sur le mépris du Président Touadera à l’égard de la Justice et, bien entendu, à l’égard des Centrafricains qui ont conféré ce pouvoir aux juges de prendre des décisions en leur nom.

Plus que jamais, il est temps pour que chaque Centrafricain interroge sa « centrafricanité », essaie de comprendre l’histoire tel qu’elle s’est écrite sous nos yeux. En cela, tout apparaît donc clairement que Dologuélé n’est nullement ce « criminel en puissance » que l’on pourchasse, mais son parcours teinté d’amour pour son Peuple, de convictions politiques fermes et bien nourries, mais surtout de respect à l’égard des lois de la République, mérite bien d’être mis en valeur afin que nul ne l’oublie.

Pour finir ce billet politico-historique, permettez que l’on rappelle ce questionnement retentissant du journaliste François Soudan : « Dologuélé est une chance pour les Centrafricains, sauront-ils le saisir » ?

KassaMongonda

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