PROJET DE REVISION CONSTITUTIONNELLE EN RCA SUR FOND DE DIVISION  : Attention au retour des vieux démons !

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PROJET DE REVISION CONSTITUTIONNELLE EN RCA SUR FOND DE DIVISION  : Attention au retour des vieux démons !

La Centrafrique veut se doter d’une nouvelle Constitution. Le 14 septembre dernier, le président de la République, Faustin Archange Touadera, en a installé le comité de rédaction composé d’une cinquantaine de personnalités censées refléter la composition de la société centrafricaine. Avec pour mission, de proposer un  nouveau texte fondamental dans un délai de trois mois. Le hic est que cette démarche du locataire du palais présidentiel de Bangui, ne rencontre pas l’assentiment de l’ensemble de ses compatriotes. A preuve, les principales formations politiques de l’opposition, de même que l’Eglise catholique, ont refusé d’y participer. Mieux, l’opposition réunie au sein de la plateforme BRDC (Bloc républicain de défense de la Constitution), a introduit auprès de la Cour constitutionnelle, une requête contre le décret présidentiel  créant une commission de rédaction d’une nouvelle Constitution. De son côté, la plateforme de la société civile anti-révision, appelée G-16, ne manque pas de marquer son inquiétude face à ce qu’elle appelle « un coup d’Etat institutionnel en préparation», au regard de la composition du comité de rédaction dont les membres ont été nommés par le président de la République.

 

On voit Touadera venir

C’est dire si ce projet de révision constitutionnelle initié par le président Faustin Archange Touadera, divise fortement les Centrafricains. Aussi bien dans la forme, que probablement dans le fond puisque l’adoption d’une nouvelle Constitution remettra immanquablement les pendules à zéro pour le président Touadera qui en est théoriquement à son deuxième et dernier mandat constitutionnel à la tête de l’Etat. C’est pourquoi son empressement à installer le comité de rédaction malgré les récriminations d’une large frange de ses compatriotes et alors même que la Cour constitutionnelle ne s’est pas encore prononcée sur la régularité et la validité du processus, ne peut manquer d’interroger. En effet, à quoi répond cette obstination du chef de l’Etat à aller à une  telle révision constitutionnelle qui divise profondément ses compatriotes ? En quoi cette révision constitutionnelle s’impose-t-elle actuellement aux Centrafricains et pourquoi maintenant ? Seul l’intéressé pourrait répondre à toutes ces questions. Mais à vrai dire, on voit Touadera venir. Et tout porte à croire que ce projet de révision constitutionnelle  répond plus à sa volonté de s’ouvrir une brèche pour prolonger son bail à la tête de l’Etat centrafricain, avec l’échéance de 2025 en ligne de mire. Mais attention au réveil des vieux démons ! Car, ces tensions autour d’une réforme constitutionnelle qui est loin de faire l’unanimité de ses compatriotes, n’augurent rien de bon pour la Centrafrique qui revient de loin. Et si l’objectif visé est de mettre sur pied au forceps un comité de rédaction d’une nouvelle Constitution composé majoritairement de proches et de partisans acquis à sa cause et chargés de tailler une Constitution sur mesure, c’est que le président centrafricain  file du mauvais coton.

 Touadera doit se le tenir pour dit, que ça n’arrive pas qu’aux autres

En effet, non seulement le pays traîne encore de nombreuses rancœurs politiques qui peinent encore à se cicatriser, mais tout porte aussi à croire que bien des Centrafricains sont encore loin d’avoir définitivement tourné la page de la réélection contestée de l’actuel locataire du palais présidentiel. C’est dire si le président Touadera joue avec le feu. Or, il devrait savoir tirer leçon de l’Histoire qui ne manque pourtant pas d’enseignements à cet effet. En attestent les  exemples, parmi les plus récents, de l’ex-président burkinabè, Blaise Compaoré, et de l’ex-chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé,  dont les ambitions monarchistes dans leurs pays respectifs, ont été brutalement interrompues par le cours de l’histoire. Et ce, dans l’humiliation la plus totale : celle d’un exil forcé pour le premier, et celle d’un coup d’Etat qui a déposé le second sans que personne ne lève le petit doigt pour le défendre. Et pourtant, ce ne sont pas les soutiens et autres zélateurs opportunistes ou convaincus, qui manquaient à ces hommes forts. C’est pourquoi le président Touadera doit se le tenir pour dit, que ça n’arrive pas qu’aux autres. Car, en s’engageant sur le même chemin tortueux du tripatouillage constitutionnel qui se dessine à l’horizon pour se maintenir au pouvoir,  il est non seulement en train d’entraîner son pays sur la pente raide, mais il pourrait aussi en payer le prix fort. La Centrafrique n’a pas besoin de ça. Car, le pays revient de trop loin, notamment avec la sanglante et douloureuse parenthèse de la guerre fratricide entre Selekas et anti-balakas, pour se permettre de réveiller les démons de la division par ce qui ressemble à une danse du scalp sur un volcan.  En tout état de cause, l’histoire a suffisamment montré qu’un dictateur, aussi puissant soit-il, n’est jamais venu à bout d’un peuple déterminé.  Et rien ne dit que le président Touadera fera l’exception.

 « Le Pays »

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