PROCES DE REBELES DU FACT AU TCHAD : Quel impact ?

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PROCES DE REBELES DU FACT AU TCHAD : Quel impact ?

Le 13 février dernier, s’est ouvert au Tchad, le procès de rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) capturés en avril 2021 lors d’accrochages avec l’armée régulière dans le Nord Kanem, à la suite d’une offensive que leur mouvement avait lancée contre l’armée tchadienne. Des accrochages qui coûteront, d’après la version officielle, la vie au chef de l’Etat, Idriss Déby Itno, blessé au front pendant qu’il se trouvait sur le champ de bataille, avant de succomber un peu plus tard à ses blessures. Depuis lors, ces prisonniers de guerre étaient détenus à la maison d’arrêt et de correction de Klessoum, au Sud-Est de Ndjamena où, le 9 février dernier, s’est tenue une audience de notification des charges qui vont des poursuites pour acte de terrorisme, à celles d’assassinat du président de la République en passant par le mercenariat, l’enrôlement de mineurs, l’atteinte à l’intégrité et à la sécurité du territoire, entre autres. De lourdes charges qui font peser sur la tête des accusés, autant de lourdes peines qui peuvent cependant paraître un moindre mal, quand on sait qu’en d’autres temps et sous d’autres cieux, ils auraient pu être trucidés sans autre forme de procès.

 

Ce mouvement rebelle qui refuse toujours de rentrer dans la République, demeure une grosse épine dans le pied des Déby

 

C’est dire toute la charge politique et émotionnelle de ce procès contre les éléments de l’un des groupes rebelles les plus emblématiques du pays, le FACT, qui n’a jamais caché sa volonté de renverser le pouvoir de Déby père, par les armes de son vivant. Pas plus que sous Déby fils, il n’a été signataire des accords de Doha signés en prélude au Dialogue national inclusif et souverain qui a accouché des conclusions que l’on sait, et où le mouvement de l’irrédentiste Mahatma Mahdi a aussi brillé par son absence. C’est dire combien ce mouvement rebelle qui refuse toujours de rentrer dans la République, demeure une grosse épine dans le pied des Déby. C’est pourquoi la question qui se dégage, est celle de savoir quel impact un tel procès pourrait avoir dans ce pays déchiré par la guerre contre l’hydre terroriste mais où les rébellions sont aussi loin d’être une nouveauté. Le tout, dans un contexte où l’on peut parfois se demander si pour tous ces Tchadiens qui n’ont pas eu de peine à prendre les armes pour les retourner contre leur pays, la rébellion armée ne constitue pas le chemin tout tracé pour la conquête du pouvoir d’Etat. En tous les cas, sans justifier quoi que ce soit, c’est un état de fait qui interroge sur la gouvernance dans un pays où, de François Tombalbaye à Idriss Deby en passant par Félix Maloum, Goukouni Oueddei et autre Hissène Habré, la démocratie se cherche toujours un chemin. Toujours est-il que c’est un procès dont le Tchad aurait sans doute pu faire l’économie si les règles de la démocratie avaient été depuis toujours scrupuleusement observées pour ne pas laisser place à des frustrations potentiellement porteuses de germes de rébellions armées. Et dans le cas d’espèce, après avoir farouchement combattu Déby père, le FACT a aussi rejeté le Conseil militaire de Transition dirigé par le fils et mis en place dans les conditions que l’on sait.

 

Tant que le chef de la rébellion sera dans la nature, il faudra se résoudre à croire que le Tchad n’est pas encore sorti de l’auberge

 

Cela dit, l’on peut déjà se réjouir de la tenue d’un tel procès qui laisse croire que les autorités de la transition tchadienne ne sont pas dans une logique de célébrer les funérailles de l’Etat de droit dans leur pays. A présent, la question est de savoir si la Justice tchadienne saura se montrer à la hauteur de l’histoire en tenant un procès équitable et en disant le droit, rien que le droit.  En tout état de cause, en cette période charnière où le pays est à la croisée des chemins, c’est un procès qui pourrait marquer l’histoire du Tchad, dans un sens comme dans un autre. Soit en contribuant à poser les jalons de la paix et de la réconciliation entre frères ennemis sur le lit de la Justice, soit en contribuant à creuser davantage le fossé de la méfiance entre fils d’un même pays si ce procès devait tourner purement et règlement au règlement de comptes en vue d’affaiblir si ce n’est de mettre hors d’état de nuire, un adversaire gênant. Mais dans l’éventualité d’un tel cas de figure, tant que le chef de la rébellion sera dans la nature, il faudra se résoudre à croire que le Tchad n’est pas encore sorti de l’auberge. En attendant, l’on note qu’en quelques mois, c’est le deuxième grand procès de masse qui se tient au Tchad, après celui des manifestants arrêtés lors des rassemblements meurtriers d’octobre dernier, contre la prolongation de la transition.  Le verdict, qui avait connu des condamnations avec sursis et même des relaxations à côté des peines de prison ferme de quelques années, en avait surpris plus d’un par sa relative clémence même si la procédure avait été dénoncée par les avocats des accusés. Qu’en sera-t-il pour les rebelles du FACT ? On attend de voir.

 

« Le Pays »

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