PRISE DE KIDAL  : Les dividendes politiques que pourrait tirer Goïta

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Même les plus sceptiques ont fini par l’admettre. Kidal, la ville-forteresse des Touaregs, est tombée, brisant le mythe d’invincibilité qui l’entourait. Depuis quelques jours donc, le drapeau tricolore malien y flotte après près d’une décennie d’absence et les concitoyens du président de la Transition ont du mal à dissimuler leur fierté face à cet exploit des Forces armées maliennes (FAMa) qui ont ainsi lavé l’affront de leurs échecs répétitifs devant les rebelles. Quelles sont les retombées politiques de cette victoire pour le régime militaire de Bamako ? Telle est la question que l’on peut aujourd’hui se poser ? Le premier dividende politique pour Assimi Goïta, est sans nul doute le regain de ferveur patriotique que le régime a toujours exploité pour se donner de la légitimité. C’est beaucoup d’eau que cette victoire militaire vient apporter au moulin du colonel qui n’hésitera pas à exploiter la situation pour renforcer sa stature de héros vivant de la Nation, au risque même de basculer dans le culte de la personnalité. Il faut s’attendre, en tout cas, pour le moins, à ce que les djeli (les griots), comme ils l’ont toujours su bien faire à travers les âges, composent en son honneur, des hymnes, comme ce fut autrefois avec son ancêtre Soundiata Keita.

 

Il faut craindre que les scrutins qui sont censés mettre fin à la Transition ne soient repoussés aux calendes grecques

 

La montée de la ferveur patriotique consécutive à la prise de Kidal, va s’accompagner inévitablement aussi du redoublement du sentiment anti-français sur les rives du Djoliba. L’agencement des évènements laisse, en effet, croire que c’est la présence des troupes françaises qui empêchait l’armée malienne de prendre Kidal. Moins d’une année après, en effet, la fin de l’opération Barkhane et moins d’un mois après le départ des Casques bleus, du bastion des rebelles, les Maliens ont réalisé leur ambition de ramener Kidal dans le giron de la République. Et à vrai dire, de l’huile sur le feu du sentiment antifrançais, on peut oser le dire, serait bien fait pour la « gueule»  de cette France qui s’est évertuée à trouver une différence là où, visiblement, il n’y en avait pas.  C’est en triant dans les groupes armés du Nord pour trouver  des mouvements  fréquentables avec lesquels des discussions politiques sont possibles, que la chienlit s’est installée. Et elle a embarqué toute la communauté internationale dans cette erreur d’appréciation qui a valu des mois d’occupation du Mali, par des troupes étrangères qui ont fini par quitter précipitamment le pays sur un constat d’échec.   Le second dividende politique de la prise de Kidal pour le régime de Bamako, pourrait être son exploitation pour modifier le calendrier électoral avec lequel les autorités de la Transition avaient beaucoup du mal à s’accommoder. Elles n’ont jamais d’ailleurs fait mystère de leur intention de ne pas respecter ce calendrier. Cela dit, il faut craindre que surfant sur le sentiment de popularité liée à la victoire sur Kidal, les scrutins qui sont censés mettre fin à la Transition ne soient repoussés aux calendes grecques, surtout que l’on peut toujours avancer l’argument selon lequel les conditions sécuritaires ne sont pas propices à l’organisation d’élections libres et transparentes.

 

L’Afrique tout entière doit tirer leçon de l’accélération de l’histoire à Kidal

 

Mais le régime de Bamako ne sera pas le seul à bénéficier des retombées politiques de la chute de Kidal. Sans nul doute, son allié politique qu’est la Russie de Vladimir Poutine dont l’apport a été déterminant du point de vue de la logistique matérielle et humaine, s’en tirera avec de nombreux avantages. En plus de voir l’influence russe grandir dans le pays et dans toute la sous-région où le sentiment pro-russe ne cesse de se propager, l’on peut s’attendre à ce que, comme un butin de guerre, la Russie ait aussi sa part. Et ce sera certainement en termes de contrats pour les entreprises russes qui, comme on le sait, sont friandes de matières premières, notamment aurifères. Et ce sera de bonne guerre. Mais la question qui reste est la suivante : quel sera le prix à payer pour satisfaire l’ogre russe qui souffre des sanctions économiques du monde occidental en raison de la guerre d’invasion qu’elle mène chez le voisin ukrainien ?  Mais en attendant de bénéficier de toutes ces retombées de la victoire, Bamako doit pouvoir maintenir à terre la bête qu’elle a terrassée. Celle-ci est, en effet, encore capable de ruades meurtrières à partir du moment où les groupes armés du Nord n’ont pas déposé les armes et vont certainement, à partir du massif montagneux de l’Adrar des Iforas où ils se sont réfugiés, continuer de harceler les FAMa. Et c’est précisément en raison de cela qu’il faut vite penser à accompagner la victoire militaire, d’une solution politique qui permettra aux autorités maliennes actuelles d’entrer dans le cœur des Kidalois et de toute la 8ème région du Mali. Il faut donc proposer aux Touaregs modérés et à tous ceux qui souhaitent déposer les armes, des alternatives politiques pour rejoindre les conforts de la République. En attendant de voir comment demain sera fait pour Kidal, l’Afrique tout entière doit tirer leçon de l’accélération de l’histoire à Kidal. La principale de ces leçons est que l’Afrique peut trouver à l’interne les solutions à ses problèmes et que la communauté internationale qu’elle sollicite si souvent, a parfois tort et est très souvent inefficace comme elle vient d’en faire tout l’étalage après près d’une décennie de présence infructueuse dans le septentrion malien.

 

« Le Pays »

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