Prigojine disparu, ses troupes « en vacances » : la mystérieuse liquidation des Wagner

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Prigojine disparu, ses troupes « en vacances » : la mystérieuse liquidation des Wagner

Entre la Biélorussie, où il devait s’exiler, et Saint-Pétersbourg, où son vaisseau amiral s’est vidé le chef paramilitaire Evguéni Prigojine est silencieux. Mais l’homme d’affaires s’activerait.

Par Benjamin Quénelle

Publié le 9 juil. 2023 à 12:14Mis à jour le 9 juil. 2023 à 15:01

Sa « base » est vide. Du jour au lendemain, l’immense enseigne « Wagner » a disparu de la façade vitrée de l’impressionnant vaisseau amiral d’Evguéni Prigojine. Dans la proche banlieue de Saint-Pétersbourg, sur 45.000 m2, l’édifice de verre et d’acier avait été inauguré l’an dernier à grand renfort de couverture médiatique.

Outre le centre de recrutement des paramilitaires, il aurait abrité des « fermes à trolls » et quelques-unes des sociétés de l’oligarque qui, de la restauration au BTP, profitait de ses contacts avec le Kremlin pour développer ses affaires.

Deux semaines après l’énigmatique « rébellion » d’Evguéni Prigojine, spectaculaire mais vaine insurrection, le chef paramilitaire a tout aussi mystérieusement disparu des radars.

Immeuble vide

« Evguéni Prigojine n’est pas ici. Il n’y a plus rien à voir… », répond sèchement l’hôtesse à l’entrée du bâtiment construit en forme de bateau, symbole de la puissance du « centre Wagner ». Sur le parking, traîne une vieille Lada aux couleurs kaki. Dans le hall d’entrée, les téléviseurs ne diffusent plus les films sur les exploits des troupes en Ukraine ou en Afrique. Aux étages, aucun ordinateur ni lumière ne sont allumés. Et « le patron » n’est pas là.

Evguéni Prigojine s’est certes exprimé. « Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de votre soutien. Très prochainement, j’en suis sûr, vous verrez à nouveau nos victoires sur le front », a-t-il déclaré dans un bref message vocal sur Telegram. C’était le 3 juillet. Depuis, rien.

L’un de ses lieutenants a confié que ses troupes sont en vacances. « Jusqu’au début du mois d’août », a précisé « Lotus », nom de guerre d’Anton Yelizarov. Comme d’autres, choyés par le Kremlin tant qu’ils rapportaient des victoires, il fait désormais profil bas. Le Kremlin, qui a proposé aux Wagner soit de rentrer chez eux, soit de s’exiler en Biélorussie, soit d’intégrer l’armée officielle russe, ne fait aucun commentaire. « Nous ne suivons pas les mouvements » d’Evguéni Prigojine, s’est contenté d’affirmer Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

Ils ont décidé de tuer politiquement Evgueni Prigojine. Mais ils n’ont pas encore décidé de ce qu’ils vont faire du businessman.

Tatiana Stanovaya (R.Politik)

« Ils ont décidé de tuer politiquement Evguéni Prigojine. Mais ils n’ont pas encore décidé de ce qu’ils vont faire du businessman. Ils pourraient lui laisser le temps de régler ses affaires en Russie dont la majorité dépendait directement de ses liens avec l’Etat », prévient Tatiana Stanovaya, politologue et fondatrice du cabinet R.Politik. « Mais cela ne doit pas être facile de voyager ainsi… »

Reprise en main

Alors que les médias au service du pouvoir multiplient les reportages pour décrédibiliser Evguéni Prigojine, montrant notamment des images de la perquisition chez lui à Saint-Pétersbourg, les portails d’informations de son groupe médiatique Patriot ont été bloqués par le gendarme des télécoms. Son agence de presse RIA FAN, très efficace, pourrait être reprise par des hommes d’affaires proches du Kremlin.

Le patron des Wagner serait retourné à Saint-Pétersbourg pour récupérer l’argent et les armes saisis par les services de sécurité, selon un homme d’affaires cité vendredi par le Washington Post. « Il est à Saint-Pétersbourg. Peut-être parti à Moscou, ou ailleurs, mais il n’est pas sur le territoire biélorusse », a reconnu le président biélorusse Alexandre Loukachenko .

C’est cet allié du Kremlin de Vladimir Poutine qui, pour mettre fin à la mutinerie du chef séditieux, avait servi de médiateur et offert l’exil aux hommes de Wagner. « Si vous les cherchez, vous ne les trouverez pas ici », a pareillement commenté le général Leonid Kasinsky, ministre adjoint de la Défense biélorusse. Il recevait des journalistes dans un camp devant accueillir les Wagner : prévues pour 5.000 hommes, les 300 tentes sont pour le moment… vides.

Benjamin Quénelle (correspondant à Moscou)

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