PRESIDENTIELLE FRANÇAISE VUE D’AFRIQUE : Et si on s’inspirait des bonnes pratiques de l’Hexagone ?

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PRESIDENTIELLE FRANÇAISE VUE D’AFRIQUE : Et si on s’inspirait des bonnes pratiques de l’Hexagone ?

Le 10 avril, s’est déroulé le premier tour de l’élection présidentielle française. Il s’agit de la douzième élection présidentielle de la Ve République et onzième au suffrage universel. Les instituts de sondages ne se sont pas trompés. En effet, depuis des semaines, ces sondages indiquaient qu’Emmanuel Macron, actuel locataire du Palais de l’Elysée, arriverait en tête du premier tour, devant Marine Le Pen. Comme prévu, les deux sont qualifiés pour le second tour. Le scénario donc de 2017 se répète. En attendant de voir, dans deux semaines, lequel des deux candidats va s’imposer dans les urnes, afin de piloter le navire « France » pour les cinq années à venir, l’on peut se permettre d’oser le parallèle avec l’Afrique, par rapport à certains faits et comportements. Premièrement, l’on peut s’intéresser au temps mis pour rendre publics les résultats du scrutin. Au pays de Victor Hugo, comme dans l’écrasante majorité des démocraties occidentales, les résultats sont immédiatement affichés après que le dernier électeur a voté.

 

Les résultats des élections, en Afrique, ont presque toujours donné lieu à des palabres et à des bagarres

 

En Afrique, cela relève du miracle. En France, la technologie y est certainement pour quelque chose dans cette performance. Mais il a plu d’abord aux Français de faire le choix de traiter les résultats électoraux de cette façon. Et la cerise sur le gâteau, est que l’on a rarement assisté à des contestations de ces résultats par les candidats malheureux. En Afrique, les résultats mettent une éternité avant d’être publiés. Et cela est plus imputable à la volonté du prince régnant de les manipuler en sa faveur qu’au manque de technologie efficace de traitement et de publication des résultats des urnes. Dans ces conditions, l’on peut comprendre pourquoi les résultats des élections, en Afrique, ont presque toujours donné lieu à des palabres et à des bagarres qui débouchent très souvent sur des drames. Bien sûr, il est des cas isolés où la transparence et la diligence sont au rendez-vous. Mais là aussi, certains candidats malheureux, par mauvaise foi, contestent systématiquement les résultats. Dans l’un ou l’autre cas, l’on peut dire que l’Afrique s’offre en spectacle de désolation, aux autres. Le deuxième élément de comparaison est en lien avec le taux de participation. Pour ce scrutin-ci, l’on prévoyait  une faible participation. Et les chiffres, au moment où nous tracions ces lignes, allaient  dans ce sens. En effet, à 17h,  heure de France, le taux de participation était de 65% soit légèrement en baisse par rapport à 2017. En attendant que les chiffres officiels confirment ou infirment cela, l’on peut dire qu’en France, comme en Afrique, les citoyens et les citoyennes commencent à être dégoûtés et dépités par la chose politique. Et à l’origine de cette désaffection, l’on peut citer les promesses non tenues et la propension maladive des candidats à mentir comme des arracheurs de dents. En Afrique, cette pathologie est telle que l’opinion publique est de plus en plus convaincue, que seuls les démagogues et les faux-types sont prédestinés à réussir en politique.

 

Macron ou Le Pen, ce sera bonnet blanc ou blanc bonnet en ce qui concerne les intérêts de la France

 

Le troisième élément de comparaison, est en rapport avec les résultats des candidats. En France, on peut dire que la règle est le second tour. En Afrique, la règle, c’est le coup K.-O. Bien souvent en trompe-l’œil ! L’exception, c’est le second tour. Et quand cette exception se produit, le président candidat vit cela comme un crime de lèse-majesté. Généralement donc, pour éviter ce crime, on se donne les moyens de réaliser un score soviétique pour faire plaisir au président candidat. Le 4e élément de comparaison  est en lien avec la corruption électorale et le vote ethnique. L’on peut difficilement imaginer une présidentielle en Afrique, où ces deux maux soient absents. Pendant qu’en France, on vote pour un candidat en raison de ses idées, de la pertinence de son projet de société et de sa personnalité, sous nos tropiques, très souvent, on vote pour le candidat de son village ou pour le candidat qui peut le plus, vous arroser de billets de banque. On n’a peu de considération pour les critères de qualité. Le dernier élément de comparaison est en lien avec le caractère inclusif de la présidentielle. En France, la question ne se pose pas. En Afrique, par contre, en tout cas, dans bien des pays du continent,  les candidats qui sont susceptibles de contrarier sérieusement dans les urnes, le président en fonction, sont très souvent, à tort, accusés de tous les péchés d’Israël. Et de ce fait, ils ne sont pas autorisés à compétir. Ce scénario est le moindre mal. Dans le pire des cas, ils sont jetés en prison et trucidés. En la matière, l’Ouganda de Muséveni détient la palme d’or. En l’absence de candidats susceptibles de faire vaciller leur trône, bien des présidents africains suscitent des candidats « motards », juste pour les accompagner dans cette entreprise de tricherie avec la démocratie. Malheureusement, nos partenaires occidentaux, censés aider l’Afrique à tirer la démocratie vers le haut, s’accommodent parfois de ces chefs d’Etat prédateurs de la démocratie. De ce qui précède, l’on peut dire que dans bien des aspects, l’Afrique gagnerait à s’inspirer de la France pour autant qu’elle veuille mettre fin au nanisme démocratique dont elle souffre depuis toujours. Pour le reste, il faut retenir que la politique africaine de la France ne changera pas fondamentalement, et cela, quel que soit le candidat qui sortira victorieux de cette présidentielle. Macron ou Le Pen, ce sera bonnet blanc ou blanc bonnet en ce qui concerne les intérêts de la France. Tout au plus, est-ce l’enveloppe qui changera.

 

« Le Pays »

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