Présidentielle en Côte d’Ivoire : une élection aux deux visages, symbole d’un pays divisé

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Présidentielle en Côte d’Ivoire : une élection aux deux visages, symbole d’un pays divisé

01 novembre 2020 à 11h07 | Par et – à Abidjan

Mis à jour le 01 novembre 2020 à 12h16

Dépouillement dans un bureau de vite à Abidjan, le 31 octobre 2020.

Boycottée par Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan, l’élection présidentielle du 31 octobre a été marquée par de nombreux incidents. Au moins cinq personnes sont mortes.

Il faut le voir pour le croire. En cette fin d’après-midi à Abidjan, l’autoroute du Nord, si aisément encombrée, est totalement vide. Pas une voiture à l’horizon. Pas un camion sur le bas-côté, ni de véhicule de transport déchargeant ses passagers. Il faut bifurquer sur la droite et prendre la direction de Yopougon pour retrouver une légère activité. Avec son gros million d’habitants et ses 489 876 électeurs, la commune tentaculaire est un condensé de la Côte d’Ivoire, mosaïque de populations et laboratoire du vivre-ensemble. Ce 31 octobre, elle est également à l’image d’un pays qui, s’il n’est pas coupé en deux, semble drôlement divisé.

Il est 17h30. Les opérations de vote sont sur le point de s’achever au groupe scolaire William Ponty. Le centre le plus important de Yopougon est situé dans une zone hostile au pouvoir. Dans l’un des seize bureaux de vote, les deux agents de la Commission électorale indépendante (CEI) s’ennuient ferme.
Au bureau de vote du groupe scolaire groupe scolaire William Ponty, à Yopougon, quelques instants avant la fermeture, ce 31 octobre.

« Depuis le début de la journée, nous n’avons eu que six votants sur les 432 personnes inscrites », lâche l’un d’eux en pianotant sans entrain sur son téléphone. Pas plus d’excitation dans la voix de l’assesseur de Kouadio Konan Bertin, l’un des rares déployés sur le territoire, conscient de faire autant figuration que le candidat qu’il représente. « On fait ce qu’on peut », glisse-t-il.

D’un quartier à l’autre, l’ambiance bascule

Dans de nombreuses zones de Yopougon, les scènes se répètent : peu de monde dans les bureaux de vote, la cohue dans les boulangeries.

« L’élection ? Elle ne nous concerne pas. » 10h, dans une petite ruelle du quartier Niagon. Quelques bières, de la liqueur: un samedi comme d’autres pour Claude et ses amis. « Je n’ai même pas de carte d’électeur. J’ai arrêté de voter en 2005. J’ai milité et ça n’a rien changé pour moi. Jeudi, Laurent Gbagbo a bien parlé. Mais tous ceux qui ont amené la crise dans le pays doivent partir. »

Seulement voilà, d’un quartier à l’autre, l’ambiance bascule très vite. Port-Bouët 2 est un fief d’Alassane Ouattara. Tôt le matin, de longues files d’attente se sont formées à l’école Plateau. Troisième mandat ou pas, on a fait bloc derrière le chef de l’État ivoirien, se mobilisant jusqu’à la clôture du vote.

Ici, le taux de participation avoisine les 80 %. « Takokélé [version malinké du coup K.O] », crie Djibril, un imposant chauffeur routier qui « assure la sécurité » avec quelques amis plutôt musclés. « Il ne va rien se passer. Qu’ils essaient de venir, ils auront à faire à nous ! »

Car face aux menaces de l’opposition qui appelle à la « désobéissance civile », les partisans du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir) se sont organisés. Des dizaines de « gros bras » ont parcouru les centres de vote de la capitale économique, parfois avec la complicité des forces de sécurité, pour décourager les plus téméraires.

Les deux visages du scrutin

L’après-midi touche à sa fin quand la tension monte brusquement dans le quartier Kouté, non loin du palais de justice de Yopougon. On accuse des jeunes armés d’être venus attaquer les habitants. Des affrontements éclatent. Deux voitures sont incendiées et, à la nuit tombée, tous les accès au quartier sont bloqués par des barricades. Devant, des dizaines de jeunes montent la garde.

Les deux visages de ce scrutin contestés se sont affichés dans les autres communes d’Abidjan. En scrutant les rues animées d’Abobo, les embouteillages en moins, Moses, cafetier, s’est cru « un jour de fête ». Dans ce fief du RHDP, dont le maire n’est autre que le Premier ministre, Hamed Bakayoko, les électeurs se sont déplacés nombreux.

Le Premier ministre ivoirien, Hamed Bakayoko, lors de la présidentielle du 31 octobre 2020, à Abidjan.

Dès 6 heures du matin, plusieurs dizaines d’entre eux patientaient devant le portail de l’école Anador, plus important lieu de vote de la commune, la plus peuplée d’Abidjan avec 1,5 million d’habitants. Pour l’ambiance, quelques femmes, supportrices d’Alassane Ouattara qui donna ici son dernier meeting de campagne jeudi, entonnaient des chants en brandissant leurs cartes d’électeurs : « Allez voter, y a pas palabres ! »

A la sortie du bureau de vote du collège d’Anador (Abobo), le 31 octobre 2020.

À Koumassi, l’affluence était plus contrastée. L’effervescence constatée dans la cour de l’école Mondon tranchait avec celle de l’école Sainte-Thérèse, totalement désertée. « Ici, environ la moitié des 4000 inscrits ont déjà voté », affirmait à la mi-journée Abdouramane Guindo, conseiller municipal RHDP, en observation à l’école Mondon.

Même satisfaction dans le groupement scolaire BAD du quartier « Abattoir » de Port-Bouët. Sita Koné, elle aussi observatrice pour le RHDP, avait le sourire : « Nous avons fait une campagne de porte-à-porte, ça a payé. Beaucoup de jeunes se sont inscrits. Nous avons ouvert deux bureaux supplémentaires ici. »

Jeune Afrique

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