PRESIDENTIELLE CENTRAFRICAINE : Le tout n’est pas de remporter l’élection…

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PRESIDENTIELLE CENTRAFRICAINE

Le tout n’est pas de remporter l’élection…

Une dizaine de jours après la présidentielle du 27 décembre 2020, la Centrafrique vit dans l’attente des résultats sur fond de tensions. En effet, après avoir échoué à empêcher la tenue du scrutin dont elle demandait le report, la coalition de groupes armés réunis au sein de la CPC (coalition des patriotes pour le changement), qui occupait déjà une bonne partie du territoire avant l’élection, a continué sa progression vers Bangui, pour se retrouver, à en croire plusieurs sources, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. Autant dire que la crainte d’une dégradation encore plus accrue de la situation suite à la proclamation des résultats dans un climat sociopolitique déjà délétère, est largement justifiée, au regard de la contestation armée qui a déjà cours. Surtout si le président Faustin Archange Touadera qui semble bien parti pour se succéder à lui-même, devrait rempiler haut la main. C’est dire si le tout n’est pas de remporter l’élection. Encore faudrait-il pouvoir gouverner. Dans les conditions actuelles de la RCA où plusieurs parties du territoire sont sous le contrôle de groupes armés, cela reste un défi qui n’est pas gagné d’avance. D’autant que le vote, lui-même, n’a pas pu se tenir sur l’ensemble du territoire.

Comment le président élu pourra-t-il gouverner tranquillement ?

Une situation fort regrettable. Mais dont il est difficile de faire le procès au régime en place car, tout porte à croire qu’il y a des gens, et pas des moindres, qui n’avaient pas intérêt à ce que ces élections se tiennent et qui continuent de s’accrocher aux mauvaises conditions de déroulement du scrutin pour en demander la reprise. Sont de ceux-là, les candidats de l’opposition réunis au sein de la Coalition de l’opposition démocratique (COD-2020), qui demandent l’annulation de la présidentielle pour cause d’insécurité et de fraudes, mais aussi l’ex-président et candidat François Bozizé qui a été disqualifié par la Cour constitutionnelle et qui a finalement tombé le masque en épousant la cause des rebelles et en s’affichant avec les groupes armés. Dans ces conditions, comment le président élu pourra-t-il gouverner tranquillement face à la détermination de Bozizé et ses comparses qui semblent décidés à conquérir par les armes, ce qu’ils n’ont pu obtenir par les urnes ? En tous les cas, tant que la dévolution du pouvoir ne se fera pas par les urnes, la Centrafrique ne connaîtra jamais la paix. C’est pourquoi l’on est porté à se demander si l’ancien putschiste de chef d’Etat qui a été chassé du pouvoir par les armes, a tiré leçon du passé. Est-il avide de pouvoir au point de vouloir pousser à nouveau son pays dans le cercle vicieux des coups d’Etat à répétition ? Cela dit, on pensait que la Transition centrafricaine avait tout réglé et qu’avec le retour à l’ordre constitutionnel normal avec l’élection du président Touadéra en 2014, le pays était définitivement tiré d’affaire. Mais à la lumière de cette présidentielle qui semble sonner le retour des vieux démons de la guerre, tout porte à croire que la RCA n’a pas su conjurer le mauvais sort si fait que sept ans après la tenue des élections post-crise, le pays continue de danser sur un volcan.

On ne serait pas étonné de voir une profonde crise post-électorale se greffer à l’incendie des violences sécuritaires

Ce, au moment où la parenthèse douloureuse des affrontements inter- communautaires et religieux entre Seleka et anti-Balaka, peine encore à se refermer. Dans ces conditions, comment ne pas se poser encore des questions sur l’avenir de ce pays que la communauté internationale aura soutenu à bout de bras afin de l’aider à sortir de la grave crise sociopolitique qu’il a traversée, il y a de cela seulement quelques années et dont les morsures de l’histoire sont encore fraiches dans les mémoires ? C’est le lieu d’appeler cette même communauté internationale à ne pas abandonner la RCA à elle-même, mais plutôt à redoubler d’efforts pour éviter au pays de sombrer à nouveau dans le chaos. Pour cela, il faudra travailler notamment à réduire la capacité de nuisance de François Bozizé qui se présente aujourd’hui comme le premier ennemi de la paix en RCA.  En tout état de cause, l’on ne serait pas étonné de voir une profonde crise post-électorale se greffer à l’incendie des violences sécuritaires qui ont émaillé le scrutin et qui n’est pas près de s’éteindre de si tôt. A moins que le président Touadéra n’attende finalement la légitimité des urnes pour mieux bander les muscles. Mais avec quels moyens ?

«  Le Pays »

 

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