POLEMIQUE SUR LA GRACE PRESIDENTIELLE ACCORDEE AU CHRIST DE MAMA : ADO et Gbagbo sont-ils dans des calculs politiciens ?

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POLEMIQUE SUR LA GRACE PRESIDENTIELLE ACCORDEE AU CHRIST DE MAMA : ADO et Gbagbo sont-ils dans des calculs politiciens ?

A la faveur de célébration du 62ème anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le président Alassane Dramane Ouattara (ADO), dans son discours à la Nation, a prononcé une grâce présidentielle en faveur de son prédécesseur, Laurent Gbagbo. L’ancien président est sous le coup d’une condamnation par la Justice ivoirienne, à vingt ans de prison, dans le casse de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Une nouvelle qui devrait a priori réjouir, mais qui fait plutôt l’objet de polémique dans le camp des partisans du Christ de Mama. Ces derniers attendaient plutôt une amnistie de leur mentor, en raison, arguent-ils, de la demande expresse que l’ex-prisonnier de La Haye aurait faite dans ce sens au président Ouattara lors du dialogue politique.  De là à voir un mécontentement du principal concerné qui a brillé par son absence à la cérémonie officielle de célébration de la fête de l’indépendance, malgré l’invitation à lui adressée par le chef de l’Etat, il y a un pas que d’aucuns ont vite fait de franchir.

 Entre la grâce présidentielle et l’amnistie, la différence est de taille

Ce, nonobstant le fait que l’égérie du PPA-CI, son parti politique, n’était pas le seul ancien chef d’Etat du pays à répondre aux convives absents à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne qui n’a pas non plus vu l’ombre de l’ex-président Henri Konan Bédié. La question que l’on pourrait se poser est de savoir si à travers ce sujet en lien avec la grâce présidentielle et l’amnistie, ADO et Gbagbo ne sont pas dans des calculs politiciens. La question est d’autant plus fondée qu’entre la grâce présidentielle et l’amnistie, la différence est de taille. Les conséquences aussi. En effet, si la grâce présidentielle permet au président de la République de supprimer ou de réduire la peine d’un condamné, elle n’efface cependant pas la condamnation. Et le chef de l’Etat n’a pas forcément à justifier sa décision  d’accorder ou de refuser la grâce. Par contre, l’amnistie permet d’effacer par la loi, certaines condamnations du casier judiciaire. La personne visée par une telle loi, est reconnue innocente pour les faits qui avaient entraîné les condamnations. A la lumière de ces éléments, l’on peut se demander si ADO pouvait faire autrement en innocentant son prédécesseur. Tout comme l’on peut comprendre l’ire des partisans de Gbagbo qui ne sont pas loin de voir dans la grâce présidentielle accordée à leur mentor, un cadeau empoisonné.  Car, avec un casier judiciaire chargé, Laurent Gbagbo pourrait se voir déchu de certains droits civiques comme son éligibilité aux prochaines élections.  Toute chose qui pourrait le contraindre à une retraite politique anticipée. Or, depuis son acquittement par la Cour pénale internationale, suivi de son retour triomphal au pays, Laurent Gbagbo n’a jamais fait mystère de sa volonté de diriger à nouveau la Côte d’Ivoire s’il en avait encore l’occasion. 

Au-delà des apparences, la Côte d’Ivoire danse toujours sur un volcan

Une occasion qu’il aurait pu saisir à la faveur d’une loi d’amnistie qui effacerait cette condamnation à vingt ans de prison qu’il traîne comme un boulet à ses pieds, même s’il n’a jamais été inquiété dans ce sens depuis son retour au bercail, il y a plus d’un an. De là à voir dans le geste du président Ouattara, de la supercherie politique, il y a un pas que d’aucuns ont vite fait de franchir. Car, si l’enfant de Kong a souvent prôné le passage de témoin générationnel dans la conduite des affaires au sommet de l’Etat, il a toujours conditionné sa retraite politique à celle de ses deux anciens prédécesseurs que sont Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.  Mais ses deux rivaux historiques ne l’entendant pas de cette oreille, ADO s’est résolu, à son corps défendant, dit-il, à briguer un troisième mandat dans les conditions et les secousses sociopolitiques que l’on sait. Echaudé par ce précédent, se lancer dans la bataille d’un éventuel quatrième mandat, même pour faire barrage à l’un ou l’autre de ses rivaux, pourrait paraître, pour lui, plutôt périlleux. C’est pourquoi l’on peut se demander si cette grâce présidentielle qui n’efface pas le casier judiciaire de l’ex-président, n’est pas une occasion exquise pour ADO de régler l’équation Gbagbo en attendant de trouver une solution au cas Bédié, question de préparer leur sortie de scène à tous les trois, comme il l’a toujours voulu. A moins que ce ne soit une stratégie pour éventuellement trouver une raison de rester encore dans le jeu politique. Quoi qu’il en soit, le ministre Kouadio Konan Bertin en charge de la réconciliation nationale, a beau expliquer que « l’amnistie relève de la loi, [qui] se prend à l’Assemblée », tout porte à croire que dans le cas d’espèce, le fait que cette amnistie ne relève pas de ses prérogatives,  est une situation qui arrange plutôt le président ADO. Tout comme  l’on peut être fondé à croire que si Gbagbo et ses partisans tiennent tant à une amnistie, ce n’est pas seulement pour laver l’honneur de leur mentor dans un dossier judiciaire qu’ils ont toujours contesté. Car, même dans leurs propos, bien des leurs ont encore du mal à se départir de la logique du « match retour » de 2010.  C’est dire si au-delà des apparences, la Côte d’Ivoire danse toujours sur un volcan. Et l’on attend de voir ce que Laurent Gbagbo et ses partisans poseront comme actes, en réaction à cette grâce présidentielle au goût de cendre sur leur langue.

« Le Pays »

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