PAUL KAGAMÉ ET SON RWANDA NE SONT PAS DES EXEMPLES À SUIVRE

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Après avoir touché le fond, allusion faite au génocide de 1994 dont le Rwanda fut le théâtre, Paul Kagamé et son pays avaient choisi de s’attaquer à deux des plus proéminentes causes de ce drame que sont l’impunité et la corruption. En somme, restaurer l’ordre.

L’utilité de cette vieille recette avait été émise par Edmund Burke dans son célèbre livre paru en 1790 et intitulé “Réflexions sur la révolution en France”. En effet, dans cet ouvrage paru seize mois après la prise de la Bastille, neuf ans avant le coup d’état de Napoléon, et qui du point de vu de Edward Short (The Wall Street Journal, 8 Mars, 2019) est l’un des plus importants livres au monde, Burke reconnaissait que “quelqu’un devrait recoller le fil brisé de l’ordre social français – un Général populaire qui comprend l’art de concilier les soldats et qui possède le véritable esprit de commandement.”

Certes, il n’est pas Général mais Jerry John Rawlings avait appliqué cette même recette au Ghana qui est aujourd’hui l’une des rares démocraties en Afrique.

Les sorts réservés aux despotes de l’acabit de Paul Kagamé ainsi que les héritages légués par ceux-ci aux générations futures sont bien connus. Se croyant irremplaçables et invertis d’une mission quasi divine, ils sont très allergiques aux valeurs démocratiques qu’ils pervertissent à souhait. Paul Kagamé avait bidouillé la Constitution du Rwanda afin de pouvoir briguer un mandat supplémentaire. N’est pas Abraham Lincoln qui veut n’est-ce pas ?

La sécurité pour tous les Rwandais dont ce dernier et son régime se gargarisent ne profite pas aux opposants à sa dictature. En effet, récemment “ Syridio Dusabumuremyi, un homme politique de l’opposition rwandaise a été poignardé à mort. Il était le coordinateur national du parti FDU-Inkingi et a été tué à la cafétéria de l’hôpital qu’il dirigeait dans le centre du Rwanda (Andrew Green, World Politics Review, 27 septembre, 2019)”. Cet assassinat vient s’ajouter à la longue liste d’exécutions méthodiques des opposants que le régime rwandais a commises depuis l’accession au pouvoir de Paul Kagame.

L’établissement de l’ordre a ouvert la voie à un modèle de développement dont la réussite est très improbable même si la construction d’imposants édifices à Kigali intramuros alimente une lecture erronée de la situation.

En effet, pas plus tard qu’il y a trois ans, en 2016, le Rwanda avait été sauvé de la faillite par la communauté internationale qui, depuis le génocide de 1994 traite ce pays avec des égards jamais égalé en Afrique. Elle utilise tous les prétextes, même les plus économiquement insensés, pour injecter de l’argent dans le système Rwandais. Par exemple le New York Times a révélé le 08 Septembre 2019 que“ l’Union Européenne, après avoir payé des milliards d’Euros à la Turquie pour empêcher les réfugiés de se rendre en Grèce et financé les garde-côtes libyennes pour les arraisonnements et les retours de bateaux de migrants vers l’Afrique du Nord, se prépare à finaliser un accord avec le Rwanda”, pour l’aider à réduire le flot migratoire des Africains vers l’Europe. Il est difficile de comprendre comment le Rwanda qui est un pays enclavé et ”hyperpeuplé”, contribuera à cet effort, mais Paul Kagamé et son régime recevront cette manne financière.

Sur ce modèle de développement, « vouloir faire du Rwanda un centre financier et technologique pour l’Afrique de l’Est et atteindre le statut de pays à revenu moyen supérieur d’ici 2035, ce qui reviendrait à augmenter le revenu national brut par habitant de 800 à au moins 4 000 dollars américains par an (Gabriele Steinhauser, The Wall Street Journal ; 06 Novembre, 2018) ».

Cet objectif ambitieux n’est pas du tout réaliste. Et, “… les architectes de la croissance du Rwanda savent qu’ils ne l’atteindront pas en cultivant seulement les terres. Aucun pays ne s’est enrichi sans créer des emplois pour absorber l’excédent de main-d’œuvre agricole et la situation au Rwanda est particulièrement dramatique : avec 10,4 millions d’habitants dans un pays de la taille du Massachusetts, le Rwanda est l’État enclavé le plus densément peuplé d’Afrique. Avec pratiquement chaque centimètre carré de terres arables déjà cultivé, il est essentiel de renoncer aux emplois liés à la terre (Gabriele Steinhauser, The Wall Street Journal ; 06 Novembre, 2018)”.

Les Tigres asiatiques utilisés par le Rwanda comme modèle ont atteint cet objectif en se tournant vers une fabrication orientée vers l’exportation, mais la géographie du Rwanda signifie qu’il doit emprunter un chemin différent. Situé à plus de 1 000 km du principal port d’Afrique orientale à Mombasa, au Kenya, le Rwanda fait face à des coûts de transport parmi les plus élevés au monde. En outre, elle n’est pas en position de leader dans cette sous-région (Jonathan W. Rosen, World Politics Review, 12 Juillet, 2011).

Donc, contrairement au Ghana de Jerry Rawlings, Paul Kagamé et son Rwanda, ne sont que des constructions éphémères bénéficiant des largesses de la communauté internationale qui leur accorde des facilités d’actions politiques et financières insondables. Mais cela ne résistera pas l’usure du temps. Paul Kagamé et sont Rwanda ne sont pas des exemples à suivre.

Jean Kalimsi

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