Onu / Rca : Antonio Guterres scelle la descente dans une nouvelle spirale de violences meurtrières

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L’Onu et Antonio Guterres scellent la descente de la République centrafricaine dans une nouvelle spirale de violences meurtrières

Cher Antonio Guterres,  l’âme meurtrie du peuple centrafricain, celui du terroir qui est  asservi sur sa propre terre, celle de ses aïeux et de ses ancêtres, depuis l’attaque de la ville de Ndélé le 10 décembre 2012 et la prise du pouvoir par la force le 23 mars 2013 par les éléments de la Séléka et leurs hordes de mercenaires étrangers, et dont le martyre continue jusqu’à ce jour, vous interpelle ! Le paysan et l’éleveur centrafricains qui ne peuvent plus vaquer à leurs occupations quotidiennes,  braver la bise du matin pour aller remuer la houe dans la terre et faire paître leurs bétails, afin de subvenir à leurs besoins et faire vivre la nation tout entière,  s’interrogent et veulent savoir de quel côté vous vous trouvez.  Le petit centrafricain à l’âge de scolarité dont l’école est devenue un état – major des groupes armés et le fantôme de la femme centrafricaine enceinte qui ne peut pas donner vie à son enfant, du fait de l’occupation du centre de santé de sa commune dans l’Ouham – Pendé par un commandant de zone, sont indignés de votre réaction et vous demandent des explications. Le transporteur domicilié dans la Ouaka qui est obligé de verser des quittances parallèles aux éléments du mercenaire Ali Darass, à toutes les barrières illégales érigées sur l’axe Bambari – Alindao, s’étonne de vos sources d’informations.  Le journaliste centrafricain indépendant qui a été contraint à l’exil, à cause de la virulence de sa plume contre le pouvoir de Bangui, l’homme politique centrafricain, membre  du Mouvement « E Zingo Biani » qui a été mis à genoux par les éléments de la garde présidentielle de Touadéra, jeté dans un véhicule militaire comme une marchandise pour se retrouver en prison et perdre la fonctionnalité d’un œil, les familles du chef du village situé aux encablures de la ville d’Obo réclament justice et doutent de votre appréciation des valeurs de la démocratie, de l’Etat de droit,  des droits de l’homme et de la dignité humaine, telles que prescrites par la Déclaration  universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789.  Tous les centrafricains et toutes les centrafricaines qui ont dû quitter leur pays, victimes de violences intercommunautaires imaginaires et  suite à des douloureux événements, et qui sont aujourd’hui déniés de leur droit de vote, ne comprennent pas votre euphorisme béat, votre laxisme inacceptable et votre capitulation  face au régime dictatorial de Bangui.

Pourquoi ce tollé d’agitations et d’interrogations contre vous, M. le secrétaire général ? Tout simplement en réponse à votre déclaration qui suit : « Le chef de l’ONU a souligné, jeudi, la responsabilité historique des Centrafricains à mener à bien les élections et appelé la communauté internationale à poursuivre son appui aux différents scrutins, notamment sur le plan financier ». Oui, Mr le Secrétaire général des Nations Unies, vous avez raison de dire lors de la réunion de haut niveau sur la RCA, tenue en marge de la 75ème session annuelle de la noble institution internationale multilatérale, nous citons : « la période à venir sera décisive pour le pays ». Cette assertion semble confirmer la gravité d’une situation sociopolitique qui a cours dans ce pays depuis au moins 2013 avec l’invasion barbare des miliciens de la Séleka, entraînant ainsi la Centrafrique dans un cycle dramatique de violences, de crimes graves de guerre et de crimes contre l’humanité, sources d’instabilité.

Fort heureusement et comme toujours par ailleurs, les Nations unies ont cru bon de venir au secours des populations centrafricaines en perdition, et au bord d’un génocide, selon le président François Hollande en décembre 2013,  dans l’objectif de tenter  de soulager la souffrance subie par un peuple déjà meurtri et renforcer sa résilience sociale et politique, bien évidemment. Vous savez aussi, cher Antonio, vous et votre institution avec vous, que tant d’occasions, tant d’opportunités ont été manquées par les acteurs politiques centrafricains depuis les élections démocratiques de 2015, sanctionnées par l’avènement abracadabrantesque  au pouvoir de Faustin Archange Touadéra, en passant par la signature d’un accord de paix, dit Accord de Khartoum ou plus exactement Accord de Capitulation, pour parvenir à une réconciliation nationale, mieux encore consolider les acquis démocratiques et partager les dividendes d’une paix toute relative en période de relèvement.

Vous ne pouvez pas enfin ignorer, et tous les partenaires traditionnels de la Centrafrique aussi, que les élections ne sont pas synonymes de démocratie, et celles qui sont annoncées pour le 27 décembre 2020, au-delà du fameux accord de paix, ne sauraient constituer à elles seules « le seul cadre viable pour une paix durable dans le pays ». Alors,  nous devons vous avouer que  le peuple centrafricain qui avale ses souffrances d’esclave soumis, ne comprend pas votre double langage, confirmé en cela par les propos mis à jour le 01 octobre 2020 par votre adjoint, Mr Jean-Pierre LACROIX. Car, comment comprendre que la communauté internationale que vous incarnez soit à ce point incapable de promouvoir une autre politique que celle qui a déjà connu l’échec consubstantiel depuis le fameux « Accord de Khartoum » du 6 février 2020 ? Comment accepter  que les Nations unies soient aussi aveugles  dans cette turpitude et déterminées à  répéter coûte que coûte  les mêmes erreurs de 2014 en imposant une élection présidentielle, dès lors que la braise était encore bien ardente et fumante sous les pieds ? Comment admettre enfin que, malgré les alertes et analyses décryptées par les observateurs avertis et autres experts de la scène publique centrafricaine, mettant en cause l’inertie de votre institution à agir aux côtés du peuple, et plus encore dénonçant par la plume  sa résignation à combattre clairement la dérive du pouvoir de Bangui, soumis au diktat des groupes armés et contre lesquels les garants et facilitateurs dudit accord de Khartoum ne peuvent rien ou sont tout simplement complices contre des babioles de pierres précieuses, d’or et de permis d’exploration et d’exploitation par personnes interposées, vous soyez restés si sourds à leurs appels ?

En vérité, la RCA se trouve aujourd’hui, et toute la population à la traîne, dans une situation chaotique où la France, partenaire historique et privilégié de ce pré-carré francophone a décidément jeté l’éponge au profit d’une Russie conquérante mais sans perspective politique et qui se frotte les mains, en passant par une Chine qui ramasse dans tous les râteliers les pseudo-dividendes d’une crise qui est déjà appelée à perdurer dans le temps et dans l’espace et ce, par l’entremise de la MINUSCA, donc des Nations Unies. En RCA, Nous les descendants de Koudoukou, d’anciens combattants de la Grande Guerre, Nous les héritiers héroïques de B. Boganda, et Nous les fils spirituels des  Pères spiritains Sallaz, Morandeau, Goddart, Wirth, Schouver  et Autres,  Nous reconnaissons aujourd’hui que le président Macron a officiellement abdiqué face à Poutine, et n’ayant pas réussi à embarquer Trump – celui-ci n’a ni politique ni perspective de politique africaine au Département d’Etat – dans une dynamique visant à contrer les russes sur son propre terrain,  est obligé pour des raisons de subsistances économiques et contre de fructueux contrats pétroliers et gaziers,  à privilégier le Dombasse et les Caucasiens, quand bien même que le turc Erdogan continue de le défier au sein de l’Alliance. La RCA apparaît donc désespérément comme un petit pion sur l’échiquier africain que se disputent les grandes puissances dans la gestion de leurs intérêts catégoriels et antagonistes au détriment d’un peuple qui n’a désormais que le ciel vers lequel  se tourner.

Mr Guterres, vous pouvez continuer à appeler à des « cessez-le-feu » qui sont rompus aussitôt le lendemain ; vous pouvez encore saluer les timides efforts et  faux soutiens apportés par certains groupes armés à vos incessants appels à la paix et à la réconciliation ; vous êtes les seuls à saluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’accord de paix ainsi qu’un dialogue que vous qualifiez de « constructif » entre le gouvernement, les groupes armés, les partis politiques et les représentants de la société civile mais vous ne pouvez pas persister dans vos erreurs du passé en imposant une élection dont l’issue est connue d’avance par vous-mêmes et par les centrafricains. Les opinions africaines savent que les déploiements des Casques bleus n’ont jamais réussi à taire une crise sur le continent, elles n’en retiennent plutôt que de la désolation, de l’asservissement, de la trahison, et de la régression.

Le peuple centrafricain se saisit de cette opportunité pour vous demander, à vous et à un certain Vladimir Monteiro, porte-parole de la Minusca,  de répondre à ces questions !

La rédaction

 

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