Mme Koyara envoie les Faca dans les bars et fait déshonorer l’armée centrafricaine

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Le samedi 29 septembre 2018, s’est tenue au camp Kassaï et dans les différentes garnisons militaires de la capitale une cérémonie de remise de galons à des officiers, sous-officiers et soldats, placée sous l’autorité directe de Mme Marie Noëlle Koyara, ministre de la défense nationale et de la reconstruction de l’armée, assistée du chef d’état – major et des membres de son cabinet.

Si cette manifestation passe pour importante dans la vie et la carrière de chaque soldat pour lui permettre de jouir des bénéfices, une fois admis à faire valoir ses droits à la retraite, et indispensable au bon moral des troupes, dans le cadre de leurs missions régaliennes et républicaines, la récupération politique qui a été faite de son organisation, de son déroulement et de l’après réception, n’est pas de nature à honorer l’armée centrafricaine.

En effet, tous les observateurs avertis de la vie politique centrafricaine, certains professionnels des médias et des hauts gradés de cette institution au service de la République et du peuple centrafricain, abandonné à lui – même et livré à la merci des seigneurs de guerre et des bandes armées, ont été fort sidérés non seulement d’assister à des nombreuses scènes de liesse populaire, sur les lieux de la cérémonie et dans les familles des heureux récipiendaires, d’une part, mais surtout de constater la présence des militaires dans leurs tenues, arborant fièrement leurs galons, dans les restaurants, les débits de boisson et les bars.

Tels des fonctionnaires et agents de l’Etat le jour de la fête de travail du 1er mai de chaque année, ces hommes et ces femmes, oubliant tout simplement qu’ils appartiennent à une institution connue de tous sous la dénomination de la grande muette, se sont égalés à des ambianceurs et autres habituels buveurs sur des pistes de danse. Comme eux, ils se sont retrouvés parfois en état d’ivresse et de beuverie avancé, se sont lancés dans des discussions sans tête ni queue finissant toujours par des bagarres, et se sont effondrés complétement emportés par l’alcool, au point d’avoir besoin du secours pour rentrer à la maison. Un spectacle de honte, de railleries et d’indignité qui a plus qu’ému le grand public et le peuple centrafricain dont ils sont censés assurer la protection, en tout temps et en tout lieu. Un spectacle folklorique auquel les soldats des forces onusiennes qui ont été déployés en Centrafrique, en application d’un mandat du conseil de sécurité conformément au chapitre VII de la charte de l’Onu, ont assisté avec une certaine délectation.

Ces comportements déplorables qui ont été constatés, ce jour – là, par le grand public, ne sont pas dignes des valeurs de discipline, de neutralité et d’intégrité  qui fonde toute armée nationale et républicaine et auxquelles doit être assujetti tout soldat digne de ce nom sous le drapeau. C’est leur non -respect par la hiérarchie politique et le haut commandement militaire qui a contribué à ternir l’image de l’armée centrafricaine et en partie plongé la République centrafricaine dans la crise actuelle. Et cette dérive, selon un haut gradé des forces armées centrafricaines, a été la résultante d’une volonté systématique de récupération de cette grande institution à des fins éminemment politiques, claniques, clientélistes et régionalistes.

Malheureusement, alors que la crise centrafricaine est encore pendante et encore vivante, et que la communauté internationale dont la France, l’EUTM, l’UE et les Etats – Unis s’attèlent à la reconstruction de cette armée en vue de la rendre apolitique, républicaine, disciplinée, curieusement des séquelles des vieilles maladies d’avant-hier et même d’hier qui ont enlaidi la République, restent vivaces et se montrent résistants à toutes les thérapies qui ont été administrées en deux années et sont en train d’être administrées à cette armée. Les germes pathogènes de ce qui ressemble étrangement à une véritable épidémie se servent aujourd’hui de la personne de Mme Marie Noëlle Koyara qui ignore tout des missions qui sont les siennes, qui s’ingère tous les jours dans les attributions dévolues au haut commandement militaire, et qui fait de la gestion quotidienne, matérielle, financière et logistique de l’armée son affaire purement personnelle à des buts de propagande politique, pour se métastaser et se pérenniser.

A ce sujet, il faut rappeler que, tirant les leçons de ce qui est arrivé aux 850 soldats admis à faire valoir leurs droits à la retraite, sans la prise en compte annuelle de leur grade et de leur inscription sur le tableau d’avancement, conformément aux dispositions des textes en vigueur, il y a de cela une année, le haut commandement militaire et l’état – major ont décidé d’éviter à l’avenir ces actes qui frisent la mal – gouvernance. Pour ce faire, des officiers, sous – officiers et soldats ont été régulièrement inscrits sur le tableau d’avancement et appelés à porter leurs galons. Mais, à la différence du spectacle de liesse populaire qui a caractérisé cette année la cérémonie y relative, des consignes fermes ont été données pour que l’honneur, la dignité et l’image de l’armée centrafricaine en période de redynamisation et de revitalisation ne soit pas écornée par des faits et gestes de débordements festifs.

Pourquoi alors cette expérience n’a – t – elle servi cette année à la hiérarchie politique et au haut commandement militaire ? Comment des militaires qui n’ont pas gagné une bataille, qui ne remplissent pas totalement les conditions élémentaires requises pour exécuter leurs missions, celles d’assurer la défense de l’intégrité du territoire national, la protection des biens et des personnes et la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat, peuvent – ils ainsi s’offrir à cette mise en scène euphorique, affligeante voire insultante pour les populations dans les zones assiégées et sous contrôle des bandes armées ? Que peut en penser le peuple centrafricain qui a soif de paix et du pain et qui attend beaucoup d’eux ? Ne savent – ils pas que se trouver dans des tenues militaires sur les places publiques et surtout dans les bars sont formellement condamnées par le code de la déontologie militaire ?

Les mots manquent et manqueront pour répondre à toutes ces pertinentes questions.

Il est vraiment grand temps que Mme Koyara puisse revenir à la raison et éviter de contribuer tous les jours à déshonorer l’armée, comme elle l’avait fait la dernière fois, en maquillant une mission privée à Garoua Boulai en mission officielle et en se faisant accompagnée avec des moyens militaires et des personnels armés.

Jean- Paul Naïba

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