Minusca : L’échec de la protection des civils : Des manquements incompréhensibles

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L’échec de la protection des civils

Des manquements incompréhensibles

L’impopularité de la MINUSCA résulte de plusieurs causes qui renvoient à l’application du mandat, au comportement du personnel onusien, au positionnement de la mission sur la scène politique locale et aux frustrations socioéconomiques des Centrafricains.

La principale cause de l’impopularité de la MINUSCA renvoie à la première priorité de son mandat : la protection des civils. Celleci repose sur le mandat du Chapitre VII de la Charte des Nations unies qui prévoit l’usage de la force armée pour l’autodéfense et la protection de la population. Au cours des années, les dispositifs de protection de la population ont été renforcés : déploiement de troupes supplémentaires, mécanismes d’alerte et plans de contingence, attribution de compétences spécifiques (comme les mesures temporaires d’urgence)10, etc. Cependant,malgré ces efforts, les cas d’intervention tardive ou de nonintervention des Casques bleus lors d’attaques directes contre la population civile n’ont pas
cessé. Nous pouvons évoquer, entre autres :
les émeutes de Bangui en septembre 201511 ; les affrontements entre groupes armés à Bria en novembre 201612 ; les incendies des camps de déplacés de Batangafo13 et Alindao14 en novembre 2018, attaqués par les exSéléka sous prétexte que les miliciens AntiBalaka se cachaient dans les camps ; les combats entre groupes armés à Birao et Ndele en septembre 2019 et avril 2020.

Censée stabiliser la situation sécuritaire, la MINUSCA n’est pas parvenue à prévenir l’extension du conflit au centre et à l’est de la Centrafrique après l’élection de 2016. Lors de tueries qui ont fait de nombreuses victimes civiles, les Centrafricains n’ont pas réussi à s’expliquer la passivité des Casques bleus alors qu’ils étaient à proximité. L’affaire de l’attaque de Bangassou est à ce titre particulièrement révélatrice.

La tuerie de Bangassou

Cheflieu de la préfecture du Mbomou, Bangassou accueille une base de la MINUSCA avec un contingent de casques bleus marocains et a été relativement épargné par le conflit centrafricain jusqu’en mai 2017. L’arrivée de miliciens de l’UPC dans cette région à partir de 2016 a provoqué une mobilisation des groupes locaux d’autodéfense qui s’en sont pris à la communauté musulmane de la ville. Malgré des renseignements sur la mobilisation des groupes armés et le risque de violences fournis par de multiples sources centrafricaines locales, la MINUSCA n’a pas pris de mesures préventives et, lorsque les violences contre les musulmans ont éclaté en ville, environ 115 personnes ont été tuées en quelques jours.
La MINUSCA n’a pas été capable de protéger non seulement les civils ni ses propres effectifs. Alors que cinq Casques bleus cambodgiens ont été massacrés lors d’une embuscade, le contingent marocain est resté bloqué dans sa base sous l’assaut des milices d’autodéfense. L’étatmajor de la MINUSCA a fini par dépêcher les forces spéciales portugaises qui ont rejoint Bangassou par la route plusieurs jours après la tuerie
.

Cette passivité de la MINUSCA lors de massacres a choqué l’opinion publique centrafricaine et donné lieu à de nombreuses accusations. Dès 2016, des organisations de la société civile ont protesté contre les Casques bleus17. D’après certains, cette passivité s’explique par une volonté délibérée de déstabiliser le pays, le désir de ne pas prendre de risques ou la partialité de certains contingents envers des groupes armés. Sont régulièrement et
publiquement mis en cause les contingents musulmans (pakistanais,marocains, mauritaniens, égyptiens, etc.) qui sont parfois accusés de complicité avec les groupes armés majoritairement musulmans, comme lors des affrontements à Tagbara en mars 201818. Le renvoi de ces contingents est régulièrement demandé par des politiciens et des leaders d’opinion centrafricains19.

Source : IFRI « La MINUSCA en Centrafrique : Les Casques bleus impopulaires », mars 2022

 

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