Meckassoua et les 140 députés, responsables de l’état de délitement actuel de la République

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«  Odi immortales ! Ubinam gentium sumus ? Quam rem publicam habemus ? In qua urbe vivimus ? »  « Dieux immortels !  Dans quel peuple sommes – nous ? Quelle République avons – nous ? Dans quelle ville vivons – nous ? »

 Ainsi s’exclamait le consul  Cicéron, de son vrai nom Marcus Tullius Cicero (106 – 43 avant J.C),  en novembre 63, devant le sénat, pour dévoiler et  dénoncer dans les moindres détails les secrets de la conjuration de Catilina contre la ville de Rome, les institutions et le peuple romain.

 Dans une République en crise des valeurs où les vertus républicaines appartiennent à un passé mythique et le régime s’acheminant vers sa fin, de scandale en scandale et de coups de force en guerres civiles, Lucius Sergius Catilina, battu aux élections consulaires, de vieillesse noblesse, mais ruiné, apparait comme le réformateur dont a besoin la plèbe.

Pour atteindre son objectif, c’est – à – dire renverser les consuls et prendre le pouvoir, dans une société fondée sur l’argent, comptant beaucoup d’exclus, y compris parmi les membres de l’ancienne noblesse, Catilina décide alors  de recruter des conjurés et de former des troupes en rébellion dans les gorges de l’Etrurie.

Informé de ce projet funeste en préparation et personnellement menacé, Cicéron, en sa qualité de consul, résiste, monte au sénat et interpelle les représentants du peuple sur leur devoir, leur responsabilité, leur hypocrisie, leurs compromissions avec les ennemis de la République et leur silence coupable sur le plan diabolique de  l’incendie de Rome et celui de la liquidation de la République tout entière, prévus dans la nuit du 28 novembre 63.

Après avoir fait adopter par le sénat la procédure du senatus consultum ultimum qui confère aux consuls les pleins pouvoirs, il fait face héroïquement au danger. C’est donc du haut de la tribune de l’assemblée du peuple que Cicéron va combattre Catilina avec pour armes principales, son éloquence et son sens du devoir élevé pour la patrie. Mis à découvert, Catilina quitte Rome et justifie une répression impitoyable. Arrêtés, ses complices  sont exécutés sans jugement sur ordre du consul. Les maigres troupes des conjurés seront écrasées à Pistoia le 5 janvier 62 par l’armée du consul M. Antonius, et Catilina mourra courageusement dans la bataille.

Plus de 2.000 ans  plus tard, c’est – à – dire depuis le 15 mars 2003 à ce jour, l’histoire de la vie politique centrafricaine est étrangement semblable à celle de Rome antique comme ci – dessus évoquée. Pis,  toute  si laide, si dépravée et si immorale en esprit qu’était à l’époque la capitale de l’Empire romain, depuis le 30 mars 2016 jusqu’ au moment où nous sommes en train de tracer avec la plume  ces lignes, la République centrafricaine sous le règne de Touadéra et de son cher aîné Sarandji, accompagnés douillettement par Méckassoua et les cent quarante députés de la nation, l’est aujourd’hui davantage. 

Une République en crise des valeurs où les vertus essentiellement républicaines, morales et humaines, fondées sur l’amour de la patrie, la dignité, l’honnêteté, l’esprit d’initiative, le sens élevé du devoir national, le respect des institutions et la défense de l’intérêt général qui fondent toute nation digne de ce nom, et socles indestructibles de tout développement socio économique, ont pratiquement disparu. Elles sont curieusement supplantées par la dépravation des mœurs, la course à la cupidité, aux honneurs et à la gloire, la propension outrancière à la prédation, au clanisme, au clientélisme, au favoritisme et la lutte de positionnements pour des intérêts particuliers et personnels.

C’est indubitablement pour ces raisons que le candidat indépendant Faustin Archange Touadéra, en bon théoricien de la science de la démagogie, pendant la campagne électorale de 2015, a été démocratiquement et massivement élu, pour avoir  promis au peuple le changement, à travers son projet de la politique de  rupture, n’en déplaise à tous ceux qui continuent d’ergoter sur la rumeur publique persistante faisant croire qu’il a été imposé à la tête de ce pays par des impérialistes.

Il avait donc en tant qu’élu de la nation  l’entière responsabilité de donner forme et de  traduire en actes toutes ces mielleuses et alléchantes promesses, celles de la sécurisation, de la restructuration de l’armée, de la restauration de l’autorité de l’Etat, du retour des milliers des personnes déplacées dans leurs villages, quartiers et communes, de la réconciliation nationale, de la cohésion sociale et de la renaissance de la République.

Il se devait alors à tout prix de trouver des solutions idoines à toutes ces laideurs, ces tares et ces  indignités telles que soulignées un peu auparavant, qui caractérisent l’homme moderne et notre société actuelle,  avilissante et puante, et dont les conséquences de l’agencement étaient et demeurent à l’origine du coup d’état du 23 mars 2013 avec tous ses macabres corollaires, inhumains et dégradants.

Fort malheureusement, à quelques quarante cinq jours de la célébration de son deuxième anniversaire à la tête de la République centrafricaine, non tantum le candidat des pauvres, comme il se faisait pompeusement appelé dans l’entre – deux tours, ne cesse de se révéler in dies singulos un véritable oligarque défendant inlassablement et  « inguibus rostris » ou avec becs et ongles  des intérêts étrangers à ceux de ses électeurs, sed etiam ce dernier à qui tout un peuple meurtri à placer son espoir passe aux yeux de tous pour un collaborateur privilégié des hommes de moralité douteuse, des baroudeurs politiques de petit calibre ayant obtenu 0% aux dernières présidentielles, des criminels dont les mains sont pleines du sang des centrafricains, des courtisans de tout acabit et des marchands d’illusions.

Obnubilé par les délices du pouvoir et pris en otage par sa famille politique, son clan et ses amis, il ne peut pas donner la paix, le pain et le travail au peuple centrafricain. Comme à l’époque de Cicéron, ceux qui, ici ou là, se distinguaient par leur turpitude ou leur insolence, et ceux qui avaient honteusement dissipé des patrimoines publics, enfin tous ceux qui  trainaient derrière eux de vieilles casseroles de scandale ou forfait, tous ces bourreaux du peuple ont repris, depuis la prise de pouvoir de Touadéra et sous le gouvernement de son cher aîné Sarandji, du poil de la bête. Ce retour aux affaires des liquidateurs de la République, devenus certains conseillers ou ministres, d’autres si riches, si puissants et si intouchables du jour au lendemain qu’ils vivent dans un luxe royal, ne peut qu’aiguiser l’appétit et susciter l’élan d’une jeunesse déboussolée, dépravée et sans espoirs, vers le métier d’armes.

 En moins de deux ans d’exercice du pouvoir, Touadéra et ses amis ont réussi à faire pire que tous les régimes qui se sont succédé à la tête de ce pays. Ils ont même réussi l’exploit d’inoculer dans l’âme de la République les germes de sa liquéfaction et de sa disparition de la carte du monde. Il ne saurait en être autrement tant la RCA, occupée à plus de 70% par des bandes armées qui tuent tous les jours que Dieu fait sur cette terre des hommes, pillent, volent, incendient des villages et greniers contraignant de milliers de personnes à de permanents déplacements, rackettent la population et  lèvent l’impôt, n’existe plus que de nom.

Comme à  Rome en juin 64 avant J.C, la vie politique nationale est rythmée tous les jours par des histoires de violation de la constitution en violation de la constitution, de  scandale en scandale, de sextape en sextape, d’orgies sexuelles en orgies sexuelles, de mariage pompeux en mariage pompeux, d’affaires de détournement en affaires de détournement, de soupçon de coups d’état en soupçon de coup d’état, de corruption en corruption, de braquage en braquage, de réception de la pègre locale en réception de la pègre locale, de don généreux de prodigalités en don généreux de prodigalité, de signature de convention en signature de convention, de réception d’opérateurs économiques véreux en réception d’opérateurs économiques véreux, d’octroi de juteux marchés d’état en octroi de juteux marchés d’état, etc.

 

Des chefs d’accusation aussi graves que variés qui ont pour noms débauchages des cadres et militants des partis politiques, achats de conscience et entretiens des députés à grand coup de l’oseille sur le dos du trésor public, nominations des criminels de la pire espèce dans le gouvernement et à des postes de conseillers à la présidence et à la primature, nominations des parents, amis et connaissances à des postes de préfets et sous – préfets, non – assistance à un peuple en danger, refus de doter les Facas d’équipements militaires, absence des crédits dans la loi de finances 2018 pour leur redéploiement, augmentation des fonds spéciaux de plus de 500%, gestion opaque et douteuse de la Mairie de Bangui dont dossier Benafrique et Autres, affaire ICS/CCS, dossiers de signature de plusieurs conventions d’exploration et d’exploitation minière et forestière, affaire de scandales sexuels des membres du gouvernement, dossier de l’Ex- personnel de la Sogesca, affaire de multiples signatures de coopération militaire avec Israël, Afrique du Sud, Rwanda, Guinée – Equatoriale, Burkina – Faso, Sénégal et Russie, affaire des armes russes, occupation de la villa de Bérengo par des soldats ou mercenaires russes, affaire coup d’état en Guinée Equatoriale, dossier Barc, pour ne citer que ceux – là, auraient du susciter une vive réaction de la part des élus de la nation, en session ordinaire ou extraodinaire.

A l’exemple de Cicéron en novembre 63, ils auraient dû résister, monter à la tribune de l’assemblée nationale et interpeller courageusement  le gouvernement de Sarandji, sur ces brûlants dossiers touchant à la vie de la nation. A l’exemple de Cicéron, ils auraient dû s’auto – octroyer, au nom de la défense de la patrie et des institutions de la République, la procédure du senatus consultum ultimum, pour dévoiler cette grande conspiration internationale, régionale, sous – régionale et nationale dont le peuple centrafricain est victime innocente aujourd’hui, dénoncer les conjurés et forcer leurs laquais tapis dans l’ombre de la République à  se livrer eux – mêmes comme Catilina et ses lieutenants l’avaient fait in illo tempore. Mais hélas, curieusement rien n’a été fait et rien ne se fera de la part de Méckassoua et des cent quarante députés  du haut de cette tribune de l’assemblée du peuple.

Ainsi donc, au vu et au su des hommes politiques, des  représentants du peuple et des  toutes les forces vives de la nation, avec leur silence, leur hypocrisie, leur esprit de roublardise, leur lutte de positionnement pour des intérêts particuliers, égoïstes et catégoriels, leur cupidité et leur soif effrénée du pouvoir personnel, la République se meurt et s’enfonce dans l’abîme de la puanteur, de la honte et du déshonneur.

Abandonné à lui – même, livré à la merci des bandes armées et bandits de grand chemin sur sa propre terre, celle de ses ancêtres et de ses aïeux, affamé, sans domicile fixe, sans travail, anxieux et prostré, le peuple ne sait plus à quel saint se vouer, pour porter sa voix, exprimer ses cris de détresse, enterrer ses cadavres, essuyer ses torrents de larmes et le consoler. Personne.

 Pour les professeurs de morale et les guerriers de la plume, tout aujourd’hui n’est que pourriture, où qu’ils regardent devant, derrière et autour d’eux. Ils le savent parce que l’acteur de l’énergie ne sent les mauvaises odeurs que lorsque le parfum des âmes fortes telles que Patassé, Goumba, Blagué, Rolland, Ballet, n’est plus là pour les masquer. Si notre temps sent mauvais, c’est qu’il est franchement misérable en hommes : en hommes politiques,  en chefs religieux, en militaires, en forces vives de la nation, en combattants de la liberté et en éveilleurs de conscience jusqu’au sacrifice suprême. Ce temps n’est pas plus corrompu que l’Empire de Rome ou l’Athènes de Périclès, le treizième, le seizième ou le dix-septième siècle français, l’Angleterre de Shakespeare, la Prusse de Frédéric, temps renommés pour leur grandeur et qui, s’ils n’eussent été grands, eussent puisé leur renom dans l’orgie sexuelle dont leur histoire, comme toute celle des hommes, est faite du commencement à la fin. Notre temps actuel n’est pas aussi laid que celui du Ghana, avant l’accession de Jerry Rawlings au pouvoir en 1981, celui de la Haute – Volta qui deviendra plus tard Burkina – Faso, lorsque Thomas Sankara  fut arrivé aux affaires en Août 1983, et celui du Rwanda de Paul Kagamé en 1994. Ce temps est laid et bas parce que, parmi tous les bas intérêts, il n’est pas un seul haut dessein.

Mais, Méckassoua et les cent quarante députés de la nation, prenez garde. Le peuple centrafricain  comme tous les autres peuples n’est pas immobile. Détenteur du pouvoir souverain qu’il est appelé à exercer tous les cinq ans  au suffrage universel direct par la voie des urnes, il peut élever et abaisser. Comme la vie éternelle s’agit et ne se fixe pas, à travers l’esprit révolutionnaire qui agit, monte et persiste dans l’univers, le peuple est évanescent et insaisissable. Il vous observe, n’ a pas encore dit son dernier mot  et jouera très certainement le match – retour, celui de sa vie pour sa liberté sur cette terre des hommes. Peut – être que le dernier mouvement intervenu à l’assemble nationale est – il un début de solution aux cris d’exclusion du peuple de la gestion de son pays par Touadéra et son cher aîné ?

Wait and see.

Jean – Paul Naïba

 

 

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