« MapenziGate » : quand le feu sort de l’eau

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Quand le feu sort de l’eau….Ces mots, tirés d’un proverbe peulh, avaient été prononcés par le général Amadou Toumani Touré, dépêché dans la capitale centrafricaine en 1996 et 1997 par la médiation africaine, pour tenter de trouver une solution définitive aux crises militaro – politiques auxquelles était durement et rudement confronté le régime démocratiquement élu du feu président Ange Félix Patassé.

En effet, après le début de la « troisième mutinerie », le 15 novembre 1996, cette médiation avait été confiée, lors du sommet franco-africain de Ouagadougou, les 5 et 6 décembre, aux chefs d’Etat du Gabon, du Mali, du Burkina Faso et du Tchad, qui s’étaient aussitôt rendus à Bangui. Au lendemain de la conclusion d’une trêve, le 8 décembre, ils avaient créé un comité de suivi dirigé par le général Touré. Ce dernier est revenu, le mardi 8 janvier 1997, à Bangui. Dès son arrivée, il a rencontré le président Ange-Félix Patassé, le premier ministre, Jean-Paul Ngoupandé, et l’un des dirigeants de l’opposition, Abel Goumba. Il aurait dû achever son tour d’horizon, mardi soir, par une rencontre avec le capitaine Anicet Saulet, un des chefs des rebelles, mais ce dernier n’a pu aller au rendez-vous. Des militaires français auraient tenté d’empêcher le capitaine de sortir de son repaire, le camp Kasaï, avec une escorte, alors qu’il refusait toute protection française. Les militaires français, présents à tous les points névralgiques de Bangui, se chargeaient de l’organisation matérielle de la médiation africaine, parrainée par Paris.

C’est en assurant, samedi, la sécurité de deux médiateurs tchadien et burkinabé auprès des mutins que le capitaine Patrick-René Devos et l’adjudant Gérard Giraldo avaient été tués. Se considérant « en état de légitime défense » après ce « lâche assassinat », les forces françaises avaient lancé, les heures suivantes, une vaste opération qui a abouti à l’occupation de toutes les positions tenues par les mutins dans le quartier de Petevo, à la périphérie sud-ouest de Bangui.

C’est dans ce contexte extrêmement tendu que face à la presse, l’ancien tombeur du président malien Moussa Traoré avait lâché ce proverbe dont se souviendront à jamais les acteurs de cette crise et qui aura eu le mérite d’avoir eu raison de la détermination de deux parties en présence à continuer les hostilités : « Quand le feu sort de l’eau avec quoi peut – on l’éteindre ? » Autrement dit, c’est à l’armée que revient le droit du recours légal et légitime à la force pour assurer la défense de l’intégrité du territoire national, la protection des biens et des personnes et la préservation des intérêts fondamentaux de l’Etat. Et quand elle se rebelle, comme tel a été le cas des crises militaro – politique de 1995 à 1997, contre les institutions démocratiquement élus et établies, à quelle autre institution devra –t- on faire appel aux fins de rétablir l’ordre et la sécurité publique et nationale ?

Aussi difficile à percevoir et extravagante que puisse laisser transparaître de prime abord l’analogie que nous voulons supputer entre les mutineries qui avaient dangereusement secoué la gouvernance du feu président Patassé et les épisodes de la « MapenziGate » en cours de publications depuis plusieurs jours, nous pouvons néanmoins affirmer et soutenir sans risque de nous tromper que les deux événements sont incontestablement des mouvements de contestation du pouvoir établi, non pas extra – muros, mais plutôt intra – muros. A la seule différence que le premier est armé et le deuxième pendant  non armé.

Mais, alors que des mécanismes de règlements pacifiques des conflits ont été mis en place, dans un délai relativement court, pour trouver des solutions politiques au premier cas, rien n’est fait actuellement pour cerner les causes réelles de la « MapenziGate », en identifier les auteurs en vue d’éventuelles sanctions, et rassurer in fine l’opinion tant nationale qu’internationale. Et c’est ce qui ne peut qu’être fort étonnement  incompréhensible et inacceptable de la part de certains professionnels des médias et qui leur fait tout simplement dire que le régime de Bangui et le parti – Etat dénommé  MCU dont il est question de la gouvernance dans ces bandes sonores dont les diffusions par épisode sont devenues virales sur les réseaux sociaux, n’ont visiblement pas les moyens de monter au front pour éteindre les flammes étincelantes qui y jaillissent tous les jours et qui continuent d’emporter tout sur leur passage,  décrédibilisant, enlaidissant et embaumant le régime en place d’un parfum dégageant les senteurs du rejet, de la mort et de l’enfer.

De ce fait, la vérité que nous nous devons hic et nunc de crier sans ambage  à la figure de ce régime de Bangui et du MCU, c’est toute simplement de leur dire qu’ils ont gravement tort d’avoir opté pour le silence et choisi par la même occasion  de demander à l’auteur présumé de ces bandes sonores de se taire, lui aussi. Si cette communication semble indubitablement judicieuse pour eux, histoire de jouer au pourrissement et d’éviter que ne puissent être dévoilés d’autres faits plus compromettants et plus indigestes, elle est plutôt perçue par l’opinion nationale et internationale comme une décision irresponsable, coupable et suicidaire à court, moyen et long terme.

Pour la simple raison que les croustillantes et fracassantes révélations qui y sont balancées, telles des boules puantes, portent essentiellement sur les maux qui caractérisent leur gestion des affaires de la cité, depuis le 30 mars 2016 à ce jour, et qui ont pour noms mal-gouvernance politique, institutionnelle, administrative et financière, népotisme, favoritisme, clientélisme, malversations financières, syphonnages des crédits de l’Etat, corruption, parjure, compromissions avec les groupes armés et des mercenaires, haute trahison, instrumentalisation de la justice et des institutions républicaines à des fins personnelles, égoïstes, et partisanes, refus de doter les FDSI des moyens militaires, empoisonnement de l’environnement, etc. De graves confidences qui font très mal dans l’opinion, dérangent, gênent, mécontentent et s’imposent à tous comme de redoutables armes à utiliser impérativement contre eux, le moment venu.

Du coup, même s’ils peuvent reprocher au député de Bimbo 4 Jean Symphorien Mapenzi, 1er vice – président de l’assemblée nationale et l’un des meilleurs stratèges connus du MCU, une certaine imprudence et une non – maîtrise de soi, lors de cette rencontre, organisée pourtant  entre des militants et cadres de ce parti, ils doivent cependant ne pas ignorer qu’au – delà des responsabilités individuelles qui découleront de ces gênantes et gentilles indiscrétions , c’est le président Touadéra, en sa qualité de garant de la République, et son régime dont le MCU constitue la principale branche politique, institutionnelle, administrative et financière qui y sont accusés et appelés à la barre. Ce sont, à n’en point douter, leurs méthodes de gouverner, à savoir notamment celles de procéder systématiquement et systémiquement par la corruption, les achats de conscience, les actes de débauchages, les cabales politiques, l’instrumentalisation de la justice et des institutions républicaines à des fins politiques, les campagnes de dénigrements, le bâillonnement de la presse, les restrictions des libertés individuelles et collectives, qui y sont dénoncées et mises sur la place publique, tels des déchets des égouts dégageant des odeurs nauséabondes et celles des cadavres en décomposition. Et dans cette pièce de théâtre dont les acteurs sont tous connus, selon certaines indiscrétions proches de l’enfant terrible de « Gbénguéwé », parvenues à notre rédaction, ce dernier aura incontestablement été l’acteur des acteurs et le stratège des  stratèges de la mise en oeuvre de cette politique de la honte pour notre démocratie.

C’est lui, comme il l’a déclaré  lui – même dans ces bandes sonores, qui a décidé de descendre dans l’arène à la manière d’un gladiateur et a été mandaté par le président Touadéra et le MCU pour organiser, planifier, financer et exécuter les opérations de trucages des votes du projet de la déclaration de politique générale du gouvernement Ngrébada et du projet de la loi de finances 2020. C’est lui, encore et toujours lui, qui avait élaboré et accompli, avec l’accord de ses supérieurs hiérarchiques les plus immédiats, toutes les manœuvres de destitution de l’ancien président de l’assemblée nationale Abdoul Karim Méckassoua. C’est lui, encore et toujours lui, qui était derrière les nominations de Dondra et Ngrébada à leurs différents postes de responsabilité. Que peut – on dire de plus si ce n’est que l’homme aura joué dans la gouvernance du président Touadéra et du MCU, le rôle combien trop vital qui incombe dans l’organisme humain au cœur ? A ce titre, n’avaient – ils pas plus intérêt à communiquer dès les premières heures sur cette affaire très embarrassante  qu’à balbutier, tergiverser, marmonner et finalement se résoudre à observer l’omerta ? En décidant, par contre, de se taire, n’ont – ils aidé de manière significative à l’acceptation de ces confessions comme des vérités absolues et irréfutables ? Et comment devront – ils se prendre pour apaiser le tsunami politique qui en est découlé entretemps et qui consume tout sur son passage ? Peut – on éteindre aussi facilement le feu quand il sort de l’eau ?

Dans tous les cas, ce qui est sûr c’est que c’est par la corruption et le banditisme d’Etat, érigés en mode de gouvernance, que Touadéra et les siens ont régné depuis mars 2016. Par conséquent, le gouvernement Ngrébada est manifestement illégal, illégitime et donc appelé à rendre son tablier dans les meilleurs délais, au regard des dispositions de la constitution. De la même manière, c’est dans une totalité illégalité que l’argent du contribuable centrafricain est extrait tous les jours de la caisse de l’Etat, les élus de la nation n’ayant jamais adopté le projet de la loi de finances 2020.

Aux eux donc de trouver de quoi à éteindre cette tempête de flammes qui s’est abattue sur toute la République et d’user de leurs responsabilités constitutionnelles pour leur demander des comptes et  mettre un terme à ce régime de la prédation et des prédateurs professionnels !

Jean – Paul Naïba

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