Mali, Somalie, Centrafrique… le tour des trois missions EUTM de l’UE

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Mali, Somalie, Centrafrique… le tour des trois missions EUTM de l’UE (Hervé Bléjean)
18 novembre 2020 Nicolas Gros-V.
(B2) Les trois missions militaires de formation déployées en Afrique font face à des défis différents. Mais ils restent de taille selon l’amiral Hervé Bléjean, leur commandant d’opération
(crédit : flux PE – sélection B2)
L’amiral Hervé Bléjean était participait, par videoconférence, à la séance de la sous-commission défense et sécurité du Parlement européen lundi (16.11).
Le défi du Covid
Le Covid-19 est présent sur les trois théâtres. Mais « ce qui avait obligé à geler les activités » au printemps est « aujourd’hui devenu gérable. Nous avons « appris à gérer en ambiance Covid ». Et, pour « répondre à la demande des États que nous soutenons, […] j’ai pris fin juillet de pleinement réengager dans la situation avant pandémie » (lire : Comment les missions EUTM vont se redéployer ? La MPCC se prépare au grand saut).
Deux missions sur trois en pleine capacité
Résultat : « deux missions sur trois [EUTM Somalia et EUTM RCA] sont aujourd’hui revenues à leur pleine capacité opérationnelle ». « Nous ne pouvons pas attendre d’être dans une situation où il n’y aura plus d’épidémie » a-t-il répondu à un eurodéputé qui s’inquiétait. « Les groupes terroristes continuent d’agir. [Le rôle de l’UE], ce n’est pas d’attendre la lumière à la fin du tunnel, il s’agit d’équiper le tunnel avec de la lumière. »
EUTM Mali : Utiliser l’opportunité de la période après coup d’état pour agir
Dans tout le Sahel, la situation reste « complexe et volatile ». Et particulièrement au Mali, la situation sécuritaire est « instable avec les affrontements interethniques et l’activité des groupes anti-terroristes ». Ceux-ci « représentent encore des défis importants pour le gouvernement central et les organisations internationales ».
L’opportunité du coup d’état
La mission EUTM a désormais « surmonté la suspension des activités liées au coup d’état ». Et elle devrait retrouver sa pleine capacité opérationnelle « d’ici décembre ». L’amiral se veut « franc » : « il faut utiliser » les 18 mois de la période de transition, négociée avec la CEDEAO, « comme une réelle opportunité » d’avancer. Pour le Mali, il s’agit « de procéder aux réformes socioéconomiques et de défense » qui n’ont jamais réellement été accomplies. Pour l’Europe, il s’agit « d’être plus exigeants dans notre partenariat avec les autorités ». Cela doit se traduire dans le domaine de la défense en particulier par la « mise en place d’un système informatisé des forces armées pour le paiement des salaires, mais également pour avoir une véritable lutte contre l’impunité ». Les nouvelles autorités « semblent compétentes, réceptives à notre approche et nous en demandent davantage. C’est bon signe. »
Une planification en cours pour préparer le mandat 5
Pendant la phase de neutralisation liée au coup d’état, la mission EUTM n’a pas chômé. La période a été « mise à profit pour mener les reconnaissances, et planifier l’extension régionale définie pour le ‘mandat 5’ », et faire certaines formations pour le G5 Sahel. Un mandat « établi pour quatre ans, une première pour une mission de l’UE ». Et un signe de la volonté européenne d’investir dans le Sahel. La priorité est désormais « d’utiliser tout le cadre du mandat 5 pour renforcer l’action de conseil et de mentoring des forces armées maliennes, les accompagner dans une réforme de la défense robuste, et vérifier leurs capacités sur le terrain ».
Au plus près du terrain
La mission va ainsi « développer son action au centre du Mali (Sévaré, Gao Tombouctou), former au plus près ceux qui luttent contre le terrorisme ». Il ne s’agit pas de les accompagner au combat. Mais bel est bien de « vérifier la qualité et la pertinence de l’entrainement fourni aux Maliens sur le terrain, que l’entrainement des forces maliens est bien adéquat à lutte contre terrorisme et bandes criminelles armées ». L’amiral se garde bien de jauger l’efficicaté des FAMA. « Elles sont engagées et paient le prix du sang chaque semaine ». Ce qui est sûr c’est que leur « niveau est encore insuffisant pour être autonomes. D’où la présence des forces internationales à la demande des autorités maliennes. »
La régionalisation
EUTM pourra aussi « développer la formation et les entraînements au profit du G5 Sahel, et mettre en oeuvre la régionalisation du mandat en priorité au Burkina Faso et au Niger avec des actions d’entrainement délocalisées dans ces pays. » Ce mandat 5 est « plus ambitieux et plus robuste » nécessitera un « appui permanent des États membres pour les effectifs ».
� lire aussi : En route vers une EUTM Mali II en attendant une EUTM Burkina ou une EUTM Sahel
EUTM RCA : un effort pour avoir des FACA qui sortent de Bangui
Des groupes armés encore très actifs
Les principaux défis en Centrafrique restent « inchangés ». Les conditions demeurent « précaires dans un pays les plus pauvres du monde ». La situation est caractérisée par un « maintien encore trop élevé de l’activité des groupes armés à l’échelle du pays ». Et le gouvernement est « davantage concentré sur la préparation des élections ». Les progrès « concernant la mise en oeuvre de l’accord de paix et du plan de défense nationale ont été plutôt limités ».
Opérationnaliser le modèle dit de garnison
Du côté des forces armées centrafricaines, les FACA, Il y a eu de « progrès réels. Mais il y a aussi beaucoup chemin à parcourir ». Il est « crucial d’opérationnaliser le modèle dit de garnison. Les FACA doivent occuper le terrain de façon importante plutôt que se déployer depuis Bangui en cas de coup dur et revenir à la maison ensuite. » Cela se « met en place dans le Nord Ouest du pays, à Bouar », avec l’établissement d’un état-major de défense. Dès que Bouar sera consolidé, il faudra « développer le même concept au Centre Nord et au Sud Est ». Le ‘mandat 3’ de la mission, qui « étend la zone d’opération à l’ensemble du territoire » doit permettre à EUTM de « jouer pleinement son rôle d’entraînement et d’accompagnement ».
Consolider la colonne vertébrale des FACA
Il est vital aussi de « consolider la colonne vertébrale des FACA », c’est-à-dire ses cadres. « Leur éducation et formation doit constituer une priorité pour les autorités politiques qui ont une confiance modérée dans leur propre armée. » C’est « en bonne voie pour les officiers. Cela reste à consolider pour les sous officiers. »
Une armée qui manque de tout et qu’il faut aider
L’armée centrafricaine « manque de tout, de tout y compris des armements basiques et des munitions ». Et « si nous refusons de fournir des armes, d’autres s’en chargent ». C’est la « raison principale » de la présence russe en RCA d’ailleurs. « Ils sont venus livrer ce que nous avons été incapables de fournir. » Du point de vue militaire, la future facilité européenne de paix permettrait de résoudre ce hiatus. « C’est exactement l’instrument qu’il nous faut ». Il permettrait « d’aider de façon concrète les armées des pays que nous soutenons ». Car, une armée « chargée d’assurer la sécurité des citoyens sans armement, parce que nous avons des scrupules idéologiques, n’a pas de sens ».
EUTM n’est pas une cible, mais attention à la Russie
En Centrafrique, la perception d’EUTM est « positive ». Elle n’est « pas considérée comme une cible pour les groupes armés ». Mais cette image peut changer vite. Elle « peut être affectée par des opérations de désinformation provenant de la Russie » (lire article à suivre). Face à l’engagement « accru de la Russie, y compris par des livraisons d’équipements létaux et non létaux, il est essentiel que EUTM se présente comme un partenaire prévisible et solide » avertit l’amiral. C’est « une condition préalable pour protéger la crédibilité européenne et maintenir le rôle principal mission dans la réforme du secteur de défense de la RCA. »
EUTM Somalia : 2021 une année cruciale pour la Somalie
L’année 2021 en Somalie sera « cruciale » avec la transition prévue des responsabilités en matière de sécurité vers les services de sécurité somaliens.
Des capacités somaliennes insuffisantes
Les capacités somaliennes restent cependant « limitées. Et on peut se demander s’ils seront en mesure de faire face aux défis à venir ». Al Shabab reste la « principale menace » et « conserve clairement la capacité de mener des attaques complexes. Ils jouissent de la liberté de mouvement dans de nombreuses régions du pays y compris à Mogadiscio. » La période électorale qui prendra fin en 2021 avec l’élection présidentielle se « déroule dans un contexte de détérioration de la situation sécuritaire ».
Un environnement à risque, EUTM est une cible
Dans ce contexte, nul besoin de préciser que la mission EUTM opère dans un « environnement à très haut risque ». « Tout mouvement à l’extérieur de la zone internationale sécurisée de l’aéroport de Mogadiscio est planifiée comme une véritable opération militaire. » Des attaques « directes ou accidentes ne peuvent être exclues. Car EUTM Somalia est une cible très visible. »
Une génération de forces déficiente
La mission revient « progressivement dans une situation avant Covid. » Mais elle continue de souffrir d’un défaut de personnel. EUTM Somalia a « toujours manqué de personnel suffisant ». Après la dernière conférence de génération de forces en juin cette année, la mission « souffrait toujours d’un déficit de 30% des effectifs ».
Un mandat 7 centré sur le renforcement des institutions de défense
Le septième mandat de la mission  en cours de discussion au sein des États membres à l’issue de la revue stratégique se concentrera pour 2021-2022 sur « le renforcement des institutions de défense », mais aussi les synergies entre les missions militaire et civiles de la PSDC et autres initiatives européennes et internationales. « De façon très opportune », le premier ministre somalien a d’ailleurs annoncé son accord pour la signature du SOMA, le statut de forces, qui « offrira la protection juridique à nos forces ».
(Nicolas Gros-Verheyde)
Lu Pour Vous
La rédaction

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