M23 en RDC : ce que contient la lettre de protestation de Kinshasa à Kigali

0
224

M23 en RDC : ce que contient la lettre de protestation de Kinshasa à Kigali

En plein bras de fer diplomatique entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, le gouvernement
congolais accuse et met en garde le Rwanda, qu’il soupçonne de soutenir le M23. Un courrier que Jeune Afrique a pu consulter.

1 juin 2022 à 16:48


Le président rwandais Paul Kagame et son homologue congolais, Félix Tshisekedi, en septembre 2019. © Village Urugwiro

La bataille diplomatique se poursuit entre la RDC et le Rwanda. Après plusieurs jours d’invectives, c’est devant le Conseil de sécurité des Nations unies que le ministre congolais des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, a réitéré le 31 mai ses accusations contre
Kigali qui, selon Kinshasa, soutient les actions militaires des rebelles
du M23. Quelques heures plus tôt, son homologue rwandais,Vincent Biruta, avait mis en avant le « droit » du Rwanda à répondre aux attaques de la RDC, accusée par Kigali de collaborer avec les
Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Après s’être entretenu les 28 et 29 mai avec Macky Sall et Paul Kagame, Félix Tshisekedi s’est rendu en Angola le 31, où il a rencontré João Lourenço, par ailleurs président de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Les tensions entre Kigali et Kinshasa ont bien sûr été au cœur des discussions. Le président angolais doit d’ailleurs, selon nos sources, échanger à ce sujet avec Paul Kagame. Mais la RDC ne s’est pas contentée de solliciter l’ONU et ses voisins. Le 31 mai, Eve Bazaiba, vice-Première ministre chargée de l’Environnement et du développement durable, a transmis une lettre
de protestation signée du ministère des Affaires étrangères à l’ambassadeur rwandais en RDC, Vincent Karega.

« L’ennemi s’est enfui vers le Rwanda »

Dans cette lettre, que Jeune Afrique a pu consulter, les autorités congolaises s’étonnent que, « l’ennemi » [le M23], poursuivi par les Forces armées de la RDC (FARDC) en réaction aux attaques du 23 mars, du 8 avril et du 22 mai contre les positions de l’armée congolaise et de la Monusco, « s’est enfui curieusement vers les frontières avec le Rwanda, sans être inquiété ».

La RDC accuse également les Rwandais d’avoir « pilonné » son territoire, « larguant des bombes le 23 mai de 11 à 17 heures sur les localités congolaises de Katale, Bavunga et Rumangabo », en « prétextant que des villages de leur pays auraient été atteints par
des bombardements venant du territoire congolais ». Le ministère des Affaires étrangères écrit par ailleurs que les FARDC ainsi qu’un convoi de la Monusco ont été attaqués, du 24 au 25 mai à Kibumba (à 25 km de Goma), par les M23, épaulés par des éléments de
l’armée rwandaise.

Preuves et témoignages

Les autorités congolaises assurent en outre détenir des preuves que le M23, qu’elles considèrent aujourd’hui comme un mouvement terroriste, est lourdement équipé en armes et munitions, en dépit de l’embargo sur les armes imposé à la RDC. « Les effets militaires
retrouvés par les FARDC dans les lieux reconquis, les images détenues, ainsi que les divers témoignages recueillis démontrent que le M23 est bel et bien soutenu par l’armée rwandaise », assurent- elles. Par conséquent, Kinshasa met en garde Kigali, « dont l’attitude est de nature à perturber le processus de paix qui arrive pratiquement à son terme avec les discussions de Nairobi ». Le M23 avait été exclu de ce dialogue après la reprise des combats.

Ces derniers jours, plusieurs autres mesures conservatoires avaient déjà été adoptées par les autorités congolaises. Kinshasa a notamment décidé de la suspension immédiate des vols de la compagnie aérienne Rwandair à destination de la RDC. Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a également déclaré que « toutes les options », même celle de la « rupture des relations
diplomatiques », sont sur la table. Sur le terrain, le calme est revenu depuis le week-end dernier à Kibumba et Buhumba, dans le territoire de Nyiragongo, ainsi qu’à Rumangabo et Kabaya, dans le territoire de Rutshuru.

Jeune Afrique

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here