M. Ziguélé : où en sommes – nous avec l’affaire de détournement de plus de 180 millions de FCFA au Trésor Public ?

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 » Je mènerai une lutte implacable contre la fraude, la corruption, le détournement des deniers publics et la concussion », avait annoncé le président Faustin Archange Touadéra, dans son adresse  le 30 mars 2016 au stade 20.000 places, lors de la cérémonie de sa prestation de prise de pouvoir, au peuple centrafricain, à la nation toute entière et à la communauté internationale.

De si fort belles promesses qui sont depuis lors enfouies dans les placards de la présidence de la République, couvertes tant par des monticules de poussière que par des rideaux denses de toiles d’araignées. Et pour cause.

Il y a aujourd’hui quelques semaines déjà, nous avons bien voulu tenir  informés, dans un article paru dans les colonnes du journal « Le Démocrate », les responsables du ministère des finances et du budget, le président de la République, le premier ministre, les membres de leur gouvernement et les partenaires financiers sous – régionaux, régionaux et  internationaux de la République centrafricaine, de l’affaire du détournement de plus de 180 millions de FCFA, au trésor public.

A part le droit de réponse verbal du directeur de trésorerie, M. Kpengaï, enregistré le même jour à la rédaction et visant à souligner que ces graves irrégularités et ces actes de malversations financières étaient antérieures à sa gestion, il n’y a eu aucune réaction officielle de la part des responsables en charge de la gestion du ministère des finances et du budget, d’une part, et du président de la République et du premier ministre, d’autre part. Même le ministère de la justice, par l’entremise du procureur de la République, qui a l’obligation de s’auto – saisir immédiatement, devant la gravité de l’acte incriminé, est étonnement resté jusqu’à ce jour silencieux.

 L’intéressée qui assumait au moment des faits les fonctions de la caissière principale,  a certes été relevée mais aucune poursuite n’a été engagée à son encontre, selon des informations dignes de foi en notre possession. Elle continue de percevoir son salaire mensuellement et n’est pas du tout inquiétée. N’ayant aucun poste de responsabilité, elle ne se présente que de temps en temps, au trésor public, et  dans la plupart des cas, pour se rendre à la banque et retirer son salaire.

Un cas d’impunité totale consacrée qui agace certains fonctionnaires et agents de l’État relevant de la direction générale du trésor et de la comptabilité publique qui ne cessent de s’interroger sur les raisons de ce silence de la part de leur hiérarchie. De la complicité au clientélisme en passant par le régionalisme, tous se perdent en des conjectures pour tenter de trouver des motifs à cette attitude, pourtant contraire aux dispositions de la loi portant code de transparence et de la bonne gouvernance qui a été votée tout récemment par les représentants de la nation à grands coups de moyens financiers et de tapages médiatiques.

 Un cas d’impunité totale consacrée qui passe aussi mal dans le milieu des opérateurs économiques et des fournisseurs de l’État. En effet, alors que pour des sommes minables, certains agents du trésor public de l’État sont immédiatement arrêtés, suspendus de fonction et de solde et transférés à la SERD pour nécessité d’enquête, ils ne peuvent pas comprendre pour quelles raisons cette caissière est toujours en liberté. Pourquoi cette politique de deux poids deux mesures ? 180 millions de FCFA ? Cette si importante somme d’argent ne pouvait – elle être utilisée pour commencer à apurer leurs arriérés de  créances nettes et exigibles, dues à l’État ? Quel gage de crédit les plus hautes autorités de la République peuvent – elles donner à nos partenaires financiers qui portent à bout de bras la République centrafricaine, sous perfusions depuis des années, quand elles ne peuvent pas traduire leurs bonnes volontés annoncée couramment dans les discours, par des actes concrets et une lutte implacable contre la fraude, la corruption, le détournement des deniers publics et la concussion ? Leur silence en l’espèce n’est – il pas, au contraire, de nature à soutenir la thèse selon laquelle le régime actuel ne serait régi que par des oligarques, des kleptocrates, par la mal gouvernance et la corruption ? Où en sommes – nous avec la lutte devant être menée sans merci  contre la fraude, la corruption, les détournements de deniers publics et la concussion, promise par le président Touadéra ?

 Aux responsables du ministère des finances et du budget, au président de la République et au premier ministre de répondre à toutes ces interrogations légales, légitimes et citoyennes qui ne cessent de fuser de toutes parts, à propos de cette sombre et indélicate affaire.

Rappelons que pour les experts du droit budgétaire cette affaire est tout simplement une affaire de crime économique, lequel crime est prévu et puni par les dispositions de la loi n°03.010 du 01 mars 2003 portant répression des détournements des biens publics, de la corruption, de la concussion, des trafics d’influence et des infractions assimilées.

Au regard des dispositions de cette loi, l’inspection générale des finances qui a révélé au grand jour cette affaire, lors d’une mission d’arrêt de caisse ou d’écritures, aurait déjà dû saisir le ministre des finances et du budget d’une note aux fins d’enclencher la procédure de la saisine du procureur de la République pour une enquête en arrestation.  Sous d’autres cieux, à défaut de la mise en route de cette procédure, le procureur de la République, garant de l’ordre public et des biens publics, aurait dû déjà s’auto- saisir non seulement pour rechercher, identifier et arrêter l’auteur de ce crime et tous ses complices, mais surtout pour faire toute la lumière et toute la vérité sur ses réseaux mafieux, leur modus operandi et leur impact réel sur les finances de l’État.

Malheureusement, nous sommes en Centrafrique, le pays de tous les paradoxes et de tous les records négatifs, comme aimait si bien le dire de son vivant, feu Me Zarambaud Assingambi.

Affaire à suivre…..

La rédaction

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