Les dessous d’une guerre entre Embalo et ses ex-camarades du PAIGC

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Le président Bissau-Guinéen, Umaro Sissoco Embaló, a dissous l’Assemblée nationale de son pays, la semaine dernière, par décret présidentiel. Il concentre ainsi désormais tous les pouvoirs entre ses mains.

Une décision qui serait consécutive aux récents troubles qui ont eu lieu marqués notamment l’attaque d’un commissariat de police dans la capitale par des éléments de la Garde nationale pour libérer deux ministres proches de l’opposition.

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Pour rappel, des informations rapportées par la presse internationale avaient indiqué que des éléments de la Garde nationale avaient tenté nuitamment de soustraire d’un interrogatoire deux ministres, en l’occurrence Suleimane Seidi, ministre de l’Économie et des Finances, et Antonio Monteiro, le Secrétaire d’État au Trésor, placés en détention par le procureur général, le 30 novembre dernier. D’après Le Témoin, il est reproché aux deux responsables d’avoir effectué un retrait d’une somme de dix millions de dollars(cinq milliards CFA) des caisses de l’État sans aucune justification. Souleiman Seidi avait été interpellé, le lundi 27 novembre, par des députés sur ce retrait lors d’une séance à l’Assemblée nationale. Il avait indiqué que ce retrait était légal et était destiné à soutenir le secteur privé national.

D’après de bonnes sources du journal, le président bissau-guinéen a dissous le Parlement après avoir eu une longue entrevue avec les hauts chefs militaires pour évaluer la situation sécuritaire du pays suite aux fusillades qui ont secoué la capitale quelques jours auparavant alors qu’il assistait à la COP28 à Dubaï. On apprend qu’à l’occasion, Embalo, vêtu d’un uniforme militaire — il se présente régulièrement comme un général de l’Armée —, a durci le ton, promettant l’enfer à ceux qui parlent de Commission de réconciliation nationale.

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Les perspectives de la présidentielle de 2024 à l’origine du bras de fer

Mais selon une source contactée à Bissau, les perspectives de l’élection présidentielle de l’année prochaine sont à l’origine de tout ce branle-bas. En fait, les sondages sont loin d’être favorables au président Embalo qui avait déjà été battu à plate couture lors des législatives du 4 juin dernier par la coalition politique PAI – Terra Ranka, dirigée par son principal opposant, Domingos Simoes Pereira. Lequel n’est autre que l’ancien président de la République.

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Gagné par la hantise de subir un nouveau revers, et donc de perdre le pouvoir, car continuant d’être affaibli politiquement, le président Embalo veut éliminer son principal adversaire Domingos Pereira. Le prétexte de l’attaque du commissariat qui a opposé deux composantes de l’armée à Bissau (une frange de la Garde nationale favorable à Domingos Pereira) et une frange de la garde présidentielle (qui est lui favorable) pour dissoudre le Parlement n’est qu’un premier acte de cette entreprise. ‘’Ce qui se passe sous nos yeux actuellement, n’est rien d’autre qu’un plan machiavélique savamment ourdi pour éliminer Domingos Pereira de la course pour la présidentielle de l’année prochaine.

Cette décision a été prise depuis plusieurs mois. Et le processus a donc bien commencé. D’autres actes tendant à jeter en pâture Domingos et sa formation vont suivre’’, affirme un interlocuteur qui jure la main sur le cœur que le sort du leader du PAIGC est quasiment scellé. Cette information a été confirmée par le site ‘’lejournaldelinformation.com’’ qui a écrit que : ‘’D’après une source policière jointe…, le plan de la dissolution du Parlement a été bien préparé depuis plusieurs mois avant son exécution. Selon elle, même le décret présidentiel numéro 70 /2023 de la dissolution de l’Assemblée Populaire de Guinée Bissau a été rédigé plusieurs jours avant le voyage de Embaló à Dubaï pour la Conférence internationale sur le climat’’.

Et de poursuivre : ‘’Sachant qu’il ne pourra pas gagner les élections présidentielles qui auront lieu l’année prochaine, le président, en perte de popularité, cherche à dérouler son plan machiavélique. Il fallait pour le camp présidentiel provoquer la fusillade du week-end en instrumentalisant la justice pour ensuite dissoudre l’Assemblée Populaire de la Guinée-Bissau dont Domingos Simao Pereira est le Président’’.

‘’L’un des objectifs du Président Sissoco Embalò est de profiter d’une erreur politique et administrative du gouvernement pour dissoudre le Parlement et ensuite chercher à arrêter et emprisonner son principal opposant Domingos Simao Pereira pour empêcher sa candidature à la prochaine élection présidentielle’’.

La suite des évènements semble donner raison à ceux qui soutiennent cette thèse. En effet, le siège du PAIGC, qui fait face au palais présidentiel, a été pris d’assaut mardi dernier par un détachement des forces de l’ordre. Ces dernières ont effectué des fouilles dans plusieurs maisons de ce quartier résidentiel qui abrite le domicile privé de Domingos Pereira et ceux de plusieurs caciques du PAIGC. Les motifs de cette descente musclée ? On y aurait signalé la présence de caches d’armes.

Ces allégations sont également confirmées par nos confrères de lejournaldelinformation.com selon qui ‘’La deuxième raison qui a surtout poussé le président de la République à dissoudre le Parlement Populaire est le fait que celui-ci s’apprêtait à voter une loi pour demander la fin et le départ immédiat des forces de la CEDEAO qui assurent sa sécurité’’

L’on dit qu’il y avait aussi une commission parlementaire qui serait sur le point de se pencher sur le dossier dit du « faux coup d’Etat » de février 2022 que le président Embalo aurait fomenté contre sa propre personne et qui avait occasionné des pertes en vies humaines et l’arrestation de plusieurs hauts officiers et des civils parmi lesquels figure le controversé contre-amiral Bubo Na Tchuto, qui constituerait un véritable danger pour le président bissau-guinéen si jamais il venait à être innocenté et donc libéré par la justice.

Selon une autre source, une forte tension existerait entre le Parlement dissous et le président parce que les députés avaient décidé de réduire le maximum possible les privilèges de ce dernier. Les parlementaires avaient décidé notamment de mettre fin aux voyages privés coûteux de M. Embalo.

Pour un de nos interlocuteurs, les armes présentées à la presse, le mercredi, par Biague Na Ntam, le chef d’état-major, et composées de fusils, de lance-roquettes et de matériel de communication, ne viseraient en réalité qu’à discréditer le PAIGC. D’ailleurs, les déclarations du président de la République qui affirme, au sujet de cette affaire, que cette saisie prouve qu’il y a une tentative de coup d’Etat fomenté par l’opposition atteste cette assertion, souligne notre interlocuteur.

https://www.senenews.com/

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