Le régime du pire et du grotesque

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J’ai longtemps hésité à consacrer mon éditorial du jour au désormais « baipogate » du nom de la ministre des Affaires étrangères qui a manifestement délivré un vrai-faux passeport diplomatique à l’une de ses connaissances, prétendant que cette dernière serait son attachée de protocole afin de lui faciliter l’obtention du visa Schengen.

D’abord, parce que, sans être son intime, je la connais bien et que parmi ses proches figurent certains de mes amis. Tout naturellement, le premier réflexe a été de la protéger. On reste des humains.

Ensuite, je me suis fixé comme règle de conduite de ne rien faire qui puisse fragiliser ceux de ma génération appelés à gérer les affaires de l’État. J’ai moi-même tant souffert de la calomnie pour ajouter ma voix à celles des loups, prompts à vitupérer ceux dont le seul tort est d’être jeunes et parfois brillants. C’est pourquoi, même quand Sylvie Baipo Taimo a refusé, elle aussi, de renouveler mon passeport diplomatique demandant à ses services d’adresser une note « pour avis » à Faustin Archange Touadéra, j’ai préféré me faire.

Enfin, celle par qui le scandale est arrivé est une mère. Ma relation est si fusionnelle avec ma mère ainsi qu’avec mes sœurs que j’ai du mal à jeter en pâture une brave dame de cet âge, mère de l’humanité, porteuse d’espoir et puis, sert-il à quelque chose de brocarder une ambulance aux quatre roues déjà crevées ?
En effet, imagine-t-on le ministre des Affaires étrangères du Cameroun à côté ou du Togo en Afrique de l’Ouest, faire ainsi usage de faux pour obtenir un simple visa ? C’est la preuve que nous sommes tombés plus bas que terre avec ce régime de kleptomanes.

En tout cas, qu’un ministre de la République pourtant réputée être une pro-russe fieffée se croit obligé d’user du faux pour obtenir un simple visa d’entrée de court séjour en France, cela relève du pire manque d’éthique et de la déchéance morale que nous évoquions ici même la semaine dernière.

Mieux, la situation devient grotesque lorsque l’on apprend que cette connaissance de la ministre ne figure nullement parmi les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Quand bien même qu’elle serait l’attachée de protocole de la ministre, elle n’a aucunement droit à un passeport diplomatique.

Au fond, on ne peut pas reprocher à madame Baipo d’avoir voulu aider sa tante ou sa nourrice, c’est selon, a obtenir le visa d’entrée en France. C’est même louable. Ce qu’on lui reproche en réalité, c’est de s’être affaiblie et d’avoir achevé une République déliquescente en se rendant coupable du faux et usage de faux. En sa qualité de Ministre des Affaires étrangères, donc d’interlocutrice privilégiée des ambassades et autres représentations diplomatiques accréditées dans notre pays, elle n’avait pas besoin de se comporter comme une vulgaire faussaire. Il lui suffisait simplement de peser de tout son poids auprès des services consulaires de la France à Bangui afin d’obtenir un visa de long séjour à cette personne si tant est qu’elle était réellement entrée dans les meubles de son ministère.

Dans ces conditions, Sylvie Baipo doit tirer toutes les conséquences qui s’imposent et rendre son tablier. Surtout elle qui affichait l’image d’une sainte ni toute. Madame la ministre, Jean-Baptiste Placca a écrit dans l’une de ses chroniques à RFI que le respect, vous n’avez pas à l’exiger. Il suffit juste de l’inspirer. Ce que vous faites de votre pays détermine la façon dont on vous parle. Et dont on parle de votre pays. Or, votre parole n’a plus aucune valeur pour les diplomates accrédités dans notre pays. Et si demain, pour une raison ou une autre, l’ambassade de France venait à refuser le visa à un haut fonctionnaire centrafricain, auriez vous la légitimité nécessaire pour agir en sa faveur ? Nous craignons que non, trois fois non!

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L’ÉDITO DE BANGUI FM DU 27.08.19

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