Le président centrafricains Touadera à l’école de Vladimir Poutine

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Le président centrafricains Touadera à l’école de Vladimir Poutine

Les journalistes, la société civile et les partis d’opposition subissent du harcèlement des autorités à l’approche d’élections locales et nationales prévues pour plus tard en 2023, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Plus inquiétant encore,les mercenaires du groupe Wagner participent désormais à la gestion brutale des opposants qu’ils cherchent, forts de leur réputation de brutes, à intimider de toutes sortes de façons

Les institutions gouvernementales, y compris la police, ont menacé des activistes de la société civile, les accusant de collaborer avec les groupes armés, et ont empêché des partis d’opposition d’organiser des manifestations politiques. Le gouvernement devrait mettre fin à ces violations et renforcer les entités gouvernementales – notamment en garantissant l’indépendance de la justice – pour s’assurer que les responsables qui attaquent les détracteurs du gouvernement soient amenés à rendre des comptes.

« Alors que des élections se profilent à l’horizon, le président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, devrait répondre aux personnes qui expriment des critiques et chercher un moyen de travailler avec elles, plutôt que les attaquer », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Au lieu de cela, les responsables du gouvernement harcèlent la société civile, les journalistes et les membres des partis d’opposition, anéantissant les espoirs qu’un État respectueux des droits apparaîtrait après la ratification en 2016 de la nouvelle constitution. »

Pressions exercées et menaces proférées

Les élections législatives, initialement prévues pour septembre 2022, doivent se tenir en juillet 2023. Le gouvernement et ses alliés du parti au pouvoir, le Mouvement Cœurs Unis (MCU), font aussi pression pour la tenue d’un référendum afin d’amender la constitution, et de permettre au président Touadéra de briguer un troisième mandat en 2025.

Alors que le débat sur le référendum constitutionnel s’intensifiait, le gouvernement a empêché les partis d’opposition de manifester publiquement leur hostilité au changement proposé, tout en autorisant les partisans du camp pro-référendum à organiser des rassemblements, parfois sous protection policière. Il s’agit-là d’une violation du droit de manifester pacifiquement, qui est protégé à la fois par la Constitution centrafricaine et par le droit international, a déclaré Human Rights Watch.

En janvier et février 2023, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 30 journalistes, activistes de la société civile, opposants politiques et responsables diplomatiques et gouvernementaux à Bangui, la capitale.

Les journalistes et les activistes ont déclaré qu’ils étaient réticents à critiquer le gouvernement afin d’éviter d’être désignés comme des opposants politiques et menacés. Deux associations pro-MCU qui mobilisent des jeunes, les Requins et Galaxie Nationale, font campagne en faveur du référendum et harcèlent les opposants, aussi bien en ligne que dans les rues.

En mars 2022, le gouvernement s’est servi d’un dialogue, instauré afin de créer une feuille de route en vue d’une réconciliation avec l’opposition après les élections de 2020, pour promouvoir un changement constitutionnel qui rendrait possible un troisième mandat présidentiel. Les opposants au changement constitutionnel ont condamné cette manœuvre, et certains ont même boycotté le dialogue.

Pressions russes

Malgré ces protestations et des déclarations d’inquiétude de la part de certains membres de la communauté internationale, le président Touadéra et son parti ont continué de plaider en faveur d’un amendement de la constitution, proposant qu’un comité technique recommande des changements. La Cour constitutionnelle a statué qu’un tel comité serait inconstitutionnel. En réaction, Touadéra a révoqué la présidente de cette Cour, déclenchant une crise juridique qui continue de menacer la légitimité de la Cour.

L’ancienne présidente de la Cour, Danièle Darlan, a déclaré à Human Rights Watch que le 7 mars 2022, des responsables de l’ambassade de Russie lui avaient rendu visite et demandé conseil sur la procédure à suivre afin de modifier la constitution et permettre à Touadéra de rester au pouvoir. « Il n’était pas normal pour un diplomate d’approcher la présidence de la Cour pour examiner comment maintenir le président au pouvoir », a déclaré Danièle Darlan.

Des forces du groupe Wagner, une société privée russe de sécurité militaire apparemment liée au gouvernement russe, sont actives dans le pays depuis 2018, opérant aux termes d’obscurs accords de formation militaire passés avec le gouvernement centrafricain. Human Rights Watch a documenté que des forces russes, vraisemblablement liées au groupe Wagner, ont passé à tabac, torturé et sommairement exécuté des civils depuis 2019. Les groupes de jeunes pro-MCU, en particulier Galaxie Nationale, ont également organisé des manifestations en soutien d’une intervention russe en République centrafricaine et ailleurs dans le monde. Des informations issues de la presse indiquent que Wagner a fourni un appui financier à Galaxie Nationale.

Des responsables gouvernementaux centrafricains ont menacé et harcelé des personnes qui ne sont pas favorables au référendum. Trois opposants politiques ont déclaré à Human Rights Watch que des procureurs, des fonctionnaires de justice ou des policiers les avaient récemment convoqués pour répondre à de fausses allégations selon lesquelles ils étaient liés à des groupes armés.

Les mercenaires de Wagner omniprésents

Au moins une fois, en octobre, des Russes, membres présumés du groupe Wagner, étaient présents lorsque la police a convoqué un dirigeant de l’opposition. « C’est conçu comme une menace et comme de l’intimidation », a déclaré cet opposant à Human Rights Watch. Ces opposants politiques ont été menacés d’arrestation et sont de plus en plus souvent désignés par Touadéra comme des ennemis du pays, des criminels et des terroristes.

Ces déclarations du président sont répétées en ligne par les associations de jeunesse pro-gouvernementales dont les membres menacent ouvertement des personnes perçues comme des opposants, ce qui semble faire partie d’une stratégie plus large visant à semer la peur, restreindre la participation politique et ainsi étouffer toute dissidence, a déclaré Human Rights Watch.

Le 22 novembre 2022, l’expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits humains en République centrafricaine, Yao Agbetse, a averti que la situation politique risquait d’éroder le processus de paix et de réconciliation. « Les spéculations et les arguments interprétant la loi, y compris sur les réseaux sociaux … sont susceptibles de créer un climat de méfiance à l’égard des politiciens et de semer la confusion ».

Des défenseurs des droits humains ont déclaré que les organisations pro-gouvernementales créaient un climat de peur. « Les victimes ne veulent plus nous parler maintenant », a affirmé un activiste. « Les médecins ne veulent plus partager leurs informations avec nous, ils ne veulent même pas nous donner les certificats médicaux des victimes d’attaques et de violations des droits humains, parce qu’ils ont peur. C’est difficile pour nous de faire notre travail. »

Le réveil des groupes armés

Les tensions politiques au sujet du référendum surviennent dans un contexte de regain d’activité des groupes armés dans le nord et dans le sud-est.

Des diplomates à Bangui ont déclaré qu’ils encourageaient les responsables centrafricains à respecter les droits des opposants politiques, des journalistes et des activistes. Les institutions régionales, comme la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) et la Conférence internationale sur la région des Grands lacs (CIRGL), pourraient encourager le pays à honorer ses engagements à bâtir des mécanismes institutionnels plus solides pour protéger les droits humains. Toutefois, la responsabilité d’enrayer réellement les discours de haine et le recours à la rhétorique menaçante incombe à Touadéra personnellement, a déclaré Human Rights Watch.

Le Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC), une coalition de partis d’opposition, a annoncé qu’il boycotterait les prochaines élections locales.

« La perspective d’un État-parti unique de facto devrait susciter de graves préoccupations au sujet du potentiel que cela représente en termes de violations des droits humains et de réduction de l’espace démocratique et de la libre expression », a affirmé Lewis Mudge. « Les partenaires internationaux, notamment les organismes régionaux, devraient dénoncer publiquement les abus du parti au pouvoir en République centrafricaine et l’exhorter à travailler avec les personnes qui expriment des avis critiques, plutôt que les réduire au silence. »

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