LE PREMIER MINISTRE MALIEN A LA TRIBUNE DE L’ONU : Ce discours martial suffira-t-il à faire bouger les lignes ?

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LE PREMIER MINISTRE MALIEN A LA TRIBUNE DE L’ONU : Ce discours martial suffira-t-il à faire bouger les lignes ?

LE PREMIER MINISTRE MALIEN A LA TRIBUNE DE L’ONU : Ce discours martial suffira-t-il à faire bouger les lignes ?

Le samedi 24 septembre dernier, le Premier ministre malien par intérim, le colonel Abdoulaye Maïga, a prononcé un discours à la tribune des Nations unies. Outrepassant largement  son temps de parole qui est de 15 minutes, l’homme s’est accordé 45 minutes au cours desquelles il a ouvert le feu, si on peut s’exprimer ainsi, sur 4 cibles : Paris, Abidjan, Niamey et Bissau. Ainsi, le numéro 1 de Guinée-Bissau et par ailleurs président en exercice de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), Umaro Sissoco Embalo, a été invité à ne pas confondre « le principe de subsidiarité » qui existe entre la CEDEAO et les Nations unies et le principe de mimétisme. Il est fait référence ici au fait que le président Embalo s’est aligné sur la lecture du patron de l’ONU, selon laquelle les 49 soldats ivoiriens détenus au Mali, ne sont pas des mercenaires. Le colonel Maïga a également signifié à Embalo, la nécessité de ne pas briser « la dynamique ayant fait la grandeur de la CEDEAO ». Au président nigérien, le colonel Maïga a adressé des mots qui font froid dans le dos. Parlant en effet de lui, il a utilisé le vocable « d’étranger qui se réclame du Niger ».

 Seul Sekou Touré a employé le même champ lexical

A Embalo comme à Bazoum, le successeur de Choguel Maïga, n’a pas eu besoin de circonlocutions  diplomatiques pour dire tout le mal qu’il pense d’eux. Il s’est même autorisé une sortie de route en ce qui concerne le président nigérien. Mais, le Premier ministre a décoché ses flèches les plus létales à l’endroit de la France de Emmanuel Macron et de la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara. A Jupiter, c’est-à-dire Macron, Abdoulaye Maïga a fait observer que c’est la France qui « soutient et arme les terroristes ». En somme, pour le Premier ministre, le comportement de l’ancienne puissance coloniale à l’endroit de son pays, est une trahison « du lourd héritage humaniste des philosophes des lumières… » Les mots choisis sont durs et l’on peut se risquer à dire que seul Sékou Touré a employé le même champ lexical pour décrire l’attitude de la France vis-à-vis de son pays. Et cela s’est passé dans un contexte où la France était en rupture totale avec la Guinée à cause du « Non » de Sékou Touré lors du référendum instituant la communauté franco-africaine proposée par De Gaulle en 1958 à ses anciennes colonies. Touré, à l’époque, avait associé à ses diatribes anti-françaises, Senghor et Houphouët Boigny, considérés alors comme des valets locaux de l’impérialisme de l’ancienne puissance coloniale. Aujourd’hui, Assimi Goïta et ses camarades sont dans la même posture. Et c’est l’Ivoirien Alassane Ouattara qui fait office, à leurs yeux, de suppôt de l’impérialisme français. En tout cas, les autorités maliennes voient derrière tout ce qui se trame contre leur pays ou ce qui se dit de mal contre le Mali, la main de l’enfant de Kong. Selon elles, Embalo et autre Bazoum ne sont que les garçons de courses ou les « bons petits » de ce dernier. Les récriminations des autorités du Mali sont d’autant plus virulentes à l’endroit de Ouattara que pour elles, le président ivoirien n’est pas moins putschiste qu’elles, lui qui s’est rendu coupable d’un coup d’état constitutionnel dans son pays pour s’octroyer une troisième mandat.

Le discours du Premier ministre peut amener les uns et les autres à se poser des questions

C’est cette réalité que le Premier ministre malien a décrite à la 77e Assemblée générale de l’ONU, quand il rappelle l’histoire « du chameau qui se moque du dromadaire ». En réalité, Abdoulaye Maïga a produit du Choguel Maïga bonifié. En effet, son prédécesseur, il y a un an à la même tribune, à propos du retrait de Barkhane décidé par Macron, a pu parler de « lâchage du Mali en plein vol par la France ». Aujourd’hui, Abdoulaye Maïga enfonce le clou en parlant d’une France qui « soutient et arme » les terroristes. Il reste à se demander si ce discours martial suffira à faire bouger les lignes. Ce long et virulent narratif du Premier ministre a certainement des aspects où on peut trouver à redire. Mais, par endroits, le Premier ministre a dit tout haut ce que beaucoup de citoyens africains pensent tout bas. Sa référence au troisième mandat de Ouattara, qu’il juge aussi condamnable que les coups d’état militaires, tient par exemple la route. D’ailleurs, en comparant le nombre de victimes occasionnées par les deux cas, on peut dire que le 3e mandat de Ouattara a fait plus de dégâts en termes de morts que ne l’a fait le coup d’Etat de Goïta au Mali. Certaines récriminations faites à la France peuvent paraître aux yeux de certains Africains, exagérées. Mais, elles peuvent amener Paris à revoir son approche de la question terroriste au Sahel. La France doit d’autant plus la revoir que les opinions publiques africaines, de plus en plus, sont critiques vis-à-vis de nos ancêtres Les Gaulois. Même au sein de l’hexagone, des voix sont en train de s’élever pour inviter les autorités à revoir leur copie en matière de lutte contre le terrorisme au Sahel.  Le Conseil de sécurité de l’ONU, auprès duquel le pays de Soundijata Keïta a sollicité une réunion pour, dit-il, présenter des preuves que la France soutient des groupes terroristes au Sahel, en a aussi pris pour son grade. Bamako dénonce la lenteur observée par l’institution que dirige Antonio Cuterres pour répondre à sa sollicitation. Pour le colonel Abdoulaye Maïga, cette attitude de l’ONU n’est pas innocente, ce d’autant plus que le Mali détient des preuves qu’il est prêt à lui présenter. Si la volonté de Bamako était de mettre cette organisation onusienne face à ses responsabilités, le Mali aura réussi. De ce point de vue, on peut dire que le discours du Premier ministre peut amener les uns et les autres à se poser des questions, les vraies. Car, ce qui est en jeu ici, c’est la survie même des pays du Sahel.  

« Le Pays »

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