Le néocolonialisme ecclésiastique se porte bien en RCA: encore un prêtre missionnaire expatrié nommé évêque au pays de Boganda

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C’est l’abbé Nestor N’zokonga, de la paroisse saint Tite et Timothée à Combattant dans le 8è arrondissement de Bangui, qui a été le premier à donner la nouvelle le vendredi 23 février à 18h sur son compte Facebook à travers ce message laconique, je cite: “Le père Aurelio Gazzera de la congrégation des missionnaires carmes, ancien directeur du séminaire de la Yolé dans le diocèse de Bouar, ancien curé de la paroisse Saint Michel de Bozoum où il a passé 17 ans, actuel secrétaire diocésain de la Caritas, est nommé évêque coadjuteur de Bangassou”. Fin de citation.
Renseignements pris à bon endroit, un évêque coadjuteur est celui qui jouit du droit de succession immédiate à l’évêque titulaire auprès de qui il est nommé. Si celui-ci meurt, démissionne ou part à la retraite, le coadjuteur le remplace immédiatement.
Cela revient donc à dire que le successeur de Mgr Juan Aguiré, l’évêque titulaire de Bangassou, est déjà connu. Et le titulaire irait bientôt à la retraite à l’âge canonique de 75 ans.
Cette nouvelle est diversement appréciée dans les milieu catholiques, protestants, musulmans, laïcs et sociaux du pays. La question qui a émergé partout est la suivante: “N’y a-t-il pas un prêtre centrafricain d’origine pour assumer cette charge?”.
Cette seule question suffit pour comprendre la déception générale des Centrafricains en général, cathos ou pas, qui ne comprennent pas pourquoi, alors que le pays a célébré depuis 30 ans le centenaire de l’église catholique en Centrafrique, cette église continue d’être dirigée par des missionnaires expatriés notamment les Blancs.
Ngomo Zanda enfonce le clou en disant: “Est-ce que les Centrafricains ne peuvent pas remplir cette tâche? Sur les 10 évêques que compte la Centrafrique, 6 sont des étrangers. On appelle cela la recolonisation”.
D’aucuns lui retorqueront en disant que cette église est, par essence et définition, universelle. Ce qui veut dire que des étrangers peuvent aussi être nommés évêques en Centrafrique. Si tel est le cas, pourquoi des prêtres centrafricains, missionnaires ou séculiers (diocésains) ne sont-ils jamais nommés aussi évêques à l’étranger ou Nonces apostoliques (ambassadeurs du pape auprès d’un Etat)? N’auraient-ils pas les aptitudes? L’Esprit Saint aurait-il abandonné définitivement les prêtres centrafricains?
Michel Ziambine Ngozo ne dit pas autre chose lorsqu’il déclare: “Je suis de Bangassou et je ne trouve pas ça normal puisqu’il y a des Centrafricains qui peuvent assumer cette fonction”.
Ornella Yenne révèle ceci: “C’est seulement en Centrafrique qu’on parle de l’universel .En Côte d’Ivoire il n’y a pas un évêque étranger. Le fondateur des Comboniens disait: “L’Afrique doit être évangélisée par les Africains”».
Ce plan de Vatican de faire remplacer un évêque Blanc (occidental en l’occurrence) par un autre Blanc européen énerve déjà plusieurs cathos centrafricains. Comme Vatican et ses comploteurs négrophophes et centrafricanophobes n’aiment pas que les prêtres Centrafricains d’origine et diocésains soient nommés évêques, ils verront tôt ou tard ce qu’ils ont déjà vu au Cameroun, aux 2 Congos, au Kenya, en Zambie, en Angola et ailleurs. Ce néocolonialisme ecclésiastique en RCA doit cesser. 130 ans après l’implantation de l’église catho en Centrafrique et 40 ans après l’existence du Grand séminaire du pays, l’église particulière de Centrafrique ne devait plus être dirigée par la légion étrangère missionnaire. L’Esprit Saint n’est pas la propriété exclusive des Blancs et nous ne sommes pas des grands enfants.
Voyons un peu: sur les 10 évêques de Centrafrique, 6 sont des expatriés et missionnaires. Et sur les 4 évêques nationaux, 1 seul est diocésain, les 3 autres sont tous des missionnaires. C’est trop ! Cela n’existe nulle part en Afrique ni dans le monde.
Et bizarrement, les principales zones des ministères du pays sont entre les mains des évêques étrangers:
-le diocèse de Bangassou qui compte les préfectures du Mbomou et le Haut Mbomou, est entre les mains des missionnaires européens depuis la création dudit diocèse dans les années 60. L’uranium de Bakouma, l’or et de diamant de Nzako (Bakouma), aiguisent aussi les appétits des missionnaires occidentaux;
-les diocèses de Bouar, Berbérati et M’Baïki, qui regorgent diamant, or, bois, mercure…, sont confiés à des missionnaires expats;
-depuis la découverte des gisements d’or et de diamant à Ndélé et Birao, le diocèse de Kaga-Bandoro, qui a juridiction sur les deux préfectures précitées, ne peut plus être dirigé par des Nègres comme Mgr Mathos (RIP) ou Yomgbandjé. L’église catholique de la Centrafrique est devenue le champ de manioc ou de vin des missionnaires expatriés?
Nous n’avons rien contre Mgr Gazzera qui a été un grand défenseur des intérêts du pays face à des prédateurs miniers étrangers à Bozoum où par ailleurs il a été le promoteur de la foire agropastorale qui se tient chaque année et qui soulage socialement et économiquement les paysans des préfectures de l’Ouham-Pendé, Lim-Pendé, Mambéré et Nana-Mambéré. Mais ce que nous dénonçons est cette infantilisation des prêtres séculiers autochtones de l’église centrafricaine.
Et lorsqu’on sait que parmi les prêtres missionnaires expatriés privilégiés il y a des pères de famille et des vautours miniers, il y a de quoi dénoncer cette injustice faite aux Centrafricains. Au Cameroun, ce genre de nomination ne passe pas tant que l’évêque n’est pas un ressortissant du diocèse et un Camerounais pur sang bon teint. Mais ailleurs aussi.
Que cela ne se répète plus. Sinon…suivez mon regard.
Dieubéni Prosper Ndaks

– Médias Plus N°3161 du Lundi 26 Février 2024 –

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