Le jeu trouble du président Touadera face au Soudan

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La dernière rencontre entre la ministre des Affaires étrangères de la République centrafricaine, Sylvie Baïpo-Témon et son homologue à Alger le 19 mai dernier a permis aux deux diplomates d’évoquer le conflit au Soudan, l’Algérie plus proche du chef des armées soudanaises, Abdel Fattah al-Burhan, à la tète de l’État de facto depuis 2019 et la Centrafrique qui, elle, flirte avec les Forces de Soutien Rapide  de son ennemi mortel, le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti »

La ministre des Affaires étrangères de la République centrafricaine, Sylvie Baïpo-Témon avec son homologue à Alger le 19 mai

L’occasion pour Mondafrique de décrire le positionnement des autorités centrafricaine face à la guerre civile qui fait rage dans ce pays voisin.

Un accord conclu avec les FSR de Hemedti en 2023.

En décembre 2022, alors qu’elles viennent de prendre leur indépendance vis-à-vis des Forces armées soudanaises (SAF), les Forces de Soutien Rapide (FSR) menées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », concluent un accord dans localité frontalière d’Am Dafok avec le sulfureux ministre centrafricain de l’élevage et de la santé animale, Hassan Bouba. Le régime centrafricain veut alors – avec l’appui des FSR et du Groupe Wagner – prendre en tenaille les groupes armés du FPRC de Noureddine Adam et de l’UPC d’Ali Darassa, deux groupes armés combattus par le régime centrafricain.

Les FSR se voient ainsi accorder la promesse de pouvoir exploiter les mines d’or situées autour de la localité de Gordil, dans la Vakaga. Ce soutien va être évident lors du conflit entre les FSR et les SAF qui explose en avril 2023. C’est par le nord du pays que les éléments de lamilice russe Wagner présents en Centrafrique font transiter des armes vers le Soudan pour appuyer les forces de Hemedti.

De son côté, les forces loyalistes de Khartoum instrumentalisent en réaction Noureddine Adam qui nuit aux RSF et continue de mener des opérations de déstabilisation en Centrafrique.

Un rééquilibrage diplomatique amorcé par Bangui en 2024.

2024 marque un changement pour la RCA vis-à-vis de la crise au Soudan. Dès le mois de février, Touadéra et certains de ses conseillers rencontrent des hauts cadres du General Intelligence Service (GIS) soudanais. Bangui cherche à afficher une forme de neutralité en se rapprochant de l’Algérie qui s’implique pour contribuer à la résolution du conflit soudanais.

Abdelmadjid Tebboune, le chef d’état algérien qui préside le Conseil de la Ligue arabe, utilise le mandat de l’Algérie comme membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour coordonner une initiative de paix basée sur une médiation entre les belligérants. C’est dans ce contexte que la ministre des Affaires étrangères de la République centrafricaine, Sylvie Baïpo-Témon a été reçue le 19 mai 2024 à Alger par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf.

Les réseaux de Hemedti encore actifs en Centrafrique.

La famille du général soudanais rebelle Hamdan Dagalo est issue du clan Mahamid de la tribu arabe bédouine Rizeigat, connue pour son commerce et son élevage. En Centrafrique, de nombreux transporteurs soudanais travaillant pour Abdul Rahim Dagalo – le frère aîné de Hemedti – en acheminant les bœufs volés au Soudan jusqu’à Bangui via Am Dafock et Bambari. Sur le chemin du retour, ils repartent avec du café acheté à Bambari avec l’argent de la vente des bœufs.

Ce trafic opéré au grand jour en Centrafrique depuis des mois génère une manne financière non négligeable sert de soupape au clan Hemedti et aux RSF à l’heure où les principales sociétés qu’ils détiennent ont été mises sous sanctions du département du Trésor américain.

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